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Mort de Henry Rosovsky, pilier de l’université de Harvard, qui avait fui les nazis

L'économiste, mort à 95 ans, avait dirigé une commission chargée de mieux intégrer les étudiants afro-américains à Harvard et il avait encouragé la vie juive sur le campus

Henry Rosovsky. (Crédit : Jim Harrison/Courtesy of Harvard Hillel via JTA)
Henry Rosovsky. (Crédit : Jim Harrison/Courtesy of Harvard Hillel via JTA)

BOSTON (JTA) — Quand le rabbin de l’université de Harvard avait décidé de déplacer l’organisation Hillel, qui se trouvait alors aux abords du campus, pour la placer au coeur de l’établissement, Henry Rosovsky s’était d’abord montré sceptique.

« Il avait absolument raison et j’avais tort », avait confié Rosovsky à JTA en 2017 lors du 25e anniversaire de l’inauguration du bâtiment Hillel qui porte son nom : Rosovsky Hall.

L’événement avait aussi été l’occasion de célébrer les 90 ans de Rosovsky, économiste qui avait passé presque toute sa carrière à Harvard – des décennies au cours desquelles il avait influencé le programme de l’école, dirigé une commission chargée de l’amélioration de la situation des étudiants afro-américains dans cette prestigieuse institution et renforcé la vie juive sur le campus.

Rosovsky s’est éteint le 11 novembre à Cambridge, dans le Massachusetts, là où il vivait et là où il travaillait depuis qu’il avait rejoint la faculté en 1965. Il avait 95 ans.

« Ce qu’il a laissé derrière lui continue à avoir une influence sur la vie menée aujourd’hui sur le campus par tous ceux qui s’y trouvent », a commenté le président de Harvard, Lawrence Bacow, qui est Juif, auprès de la JTA. « Avec sa mort, Harvard a perdu l’un de ses plus grands défenseurs et l’un de ses plus grands citoyens ».

Lors de ses funérailles organisées au Temple Israel à Boston, Rosovsky a été salué par sa famille, ses collègues et ses amis pour son esprit brillant, son humour, son amour du tennis et du jazz, pour ses conseils avisés et son esprit de leadership.

Sa fille, Leah Rosovsky, a expliqué que son père avait pris un plaisir immense en établissant, avec d’autres, ce qui est devenu le programme d’études africain et afro-américain de Harvard et en y recrutant celui qui est devenu son président de longue date, l’historien Henry Louis Gates Jr., qui a assisté aux funérailles de Rosovsky.

Né dans une famille juive, le 1er septembre 1927, dans ce qui est aujourd’hui Gdansk, en Pologne, Rosovsky avait immigré en 1940 en compagnie de ses parents et de son frère aux États-Unis après avoir échappé aux nazis en traversant la France, l’Espagne et la Belgique. Il était entré volontairement dans l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale et il avait aussi servi dans la guerre de Corée, selon un communiqué émis par Harvard qui avait annoncé sa mort. Après avoir été diplômé au sein du College of William and Mary, il était arrivé à Harvard pour la toute première fois en 1949 pour y obtenir un doctorat d’économie.

Il était revenu à Harvard pour y enseigner lui-même l’économie en 1965, avec une spécialisation en développement économique japonais et asiatique. Il devait rester à l’université pour le restant de sa carrière, formant non seulement le fameux Collège de l’Ivy League mais aussi la communauté juive de Boston.

En tant que doyen du Collège des Arts et des Sciences de Harvard, de 1973 à 1991, Rosovsky avait aidé à mettre en oeuvre le programme innovant de l’école. Il avait été président de Harvard pendant deux mandats ; il avait été nommé membre de la Harvard Corporation – il avait été le premier Juif au sein de l’instance – et il avait supervisé l’établissement du Centre d’études juives de Harvard.

En 1969, alors que le mouvement de protestation étudiant entraînait des changements dans de nombreuses universités, Rosovsky avait dirigé une commission chargée d’étudier la vie vécue par les Afro-Américains à Harvard. Le « rapport Rosovsky » qui avait suivi avait vivement recommandé la création d’un département autonome d’études africaines et afro-américaines, ainsi que d’autres initiatives permettent de mieux intégrer les étudiants afro-américains. Rosovsky avait quitté la commission quand les étudiants avaient obtenu un droit à la parole à égalité avec ses membres – une décision qui, selon lui, aurait nécessité une étude minutieuse. Il était revenu au sein de l’instance peu avant sa retraite, dans les années 1990 – recrutant des spécialistes de haut-rang, dont Gates, qui avaient été chargés de transformer le département en bastion universitaire.

L’ouvrage écrit par Rosovsky en 1990, The University: An Owner’s Manual avait présenté aux non-initiés les opérations complexes d’une université de recherche. Mais l’ancien doyen avait aussi aidé les initiés de Harvard en conseillant les différents présidents de Harvard. Parmi ces derniers, Drew Gilpin Faust, Lawrence H. Summers et Neil Rudenstine qui étaient venus lui rendre hommage et le remercier pour ses conseils avisés à l’occasion de son 90e anniversaire.

Mais il ne s’était pas arrêté à Harvard. Président de la commission de planification stratégique de la fédération juive de Boston dans les années 1990, Rosovsky avait partagé son expertise analytique et sa capacité à rassembler pour aider à fixer un cap à atteindre pour la communauté juive de Boston, selon Barry Shrage qui, pendant des décennies, a dirigé l’organisation Combined Jewish Philanthropies du Grand Boston.

« Cela a été un tournant en matière d’apprentissage, d’enseignement pour les adultes ; un travail de construction de la communauté à sa base en y engageant les synagogues », a confié Shrage à JTA dans une conversation organisée lors des funérailles. « Tout a émergé dans le plan stratégique ».

« C’était un Juif laïc mais son identité juive influençait profondément sa vision du monde », a-t-il ajouté.

Rosovsky laisse derrière lui épouse Nitza – il était marié à cette ancienne curatrice du Semitic Museum à Harvard depuis 66 ans – des enfants, Leah, Judy et Michael et leurs conjoints ; quatre petits-enfants et une arrière-petite fille.

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