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Moscou réduit ses forces en Syrie et retire le système S-300 qui inquiétait Israël

Des responsables israéliens et occidentaux ont déclaré au NY Times que cette évolution pourrait affecter les calculs de Jérusalem concernant l'aide à apporter à Kiev

Sur cette photo prise le 27 août 2013, un système de défense antiaérienne  S-300 est présenté à l'ouverture du spectacle aérien MAKS à Zhukovsky, aux abords de Moscou, en Russie, le 27 août 2013 (Crédit : AP Photo/Ivan Sekretarev)
Sur cette photo prise le 27 août 2013, un système de défense antiaérienne S-300 est présenté à l'ouverture du spectacle aérien MAKS à Zhukovsky, aux abords de Moscou, en Russie, le 27 août 2013 (Crédit : AP Photo/Ivan Sekretarev)

Selon un reportage publié mercredi soir, la Russie a réduit ses forces en Syrie, notamment en retirant un système de défense aérienne sophistiqué qui constituait une menace majeure pour les opérations de l’armée de l’air israélienne dans le pays.

Selon le New York Times, cette évolution pourrait permettre à Jérusalem de renforcer son soutien à Kiev, la présence de la Russie en Syrie ayant été un facteur déterminant dans le positionnement d’Israël sur la question.

Le transfert du système anti-aérien S-300 hors de Syrie intervient dans le cadre d’un retrait plus important de la Russie dans le pays, qui cherche à renforcer son offensive chancelante contre l’Ukraine, selon un haut responsable israélien de la défense et deux hauts diplomates occidentaux cités par le Times.

En août, des images satellite capturées par la société israélienne ImageSat International semblaient indiquer qu’une batterie de S-300 était déplacée de Masyaf, dans le nord-ouest de la Syrie, vers un port de Tartous, puis vers Novorossiysk, un port russe situé sur la mer Noire, près de la Crimée.

Les responsables ont donné des estimations différentes sur le nombre de troupes retirées de Syrie. Deux d’entre eux ont évalué le nombre de bataillons, soit 1 200 à 1 600 soldats, tandis que le troisième a déclaré que ce nombre était beaucoup plus élevé. Le haut responsable de la défense israélienne a déclaré que les troupes retirées avaient été remplacées par des officiers de la police militaire.

Les trois responsables ont déclaré que le redéploiement réduirait l’influence de la Russie sur Israël, ce qui pourrait amener Jérusalem à reconsidérer son soutien à l’Ukraine.

Kiev a fait pression à plusieurs reprises sur Israël pour qu’il lui fournisse des systèmes de défense aérienne et des équipements militaires.

Bien qu’elle ait, à plusieurs reprises, sévèrement critiqué les actions de la Russie en Ukraine, Jérusalem a jusqu’à présent évité de fournir une aide militaire directe à Kiev – ni armes offensives ni technologies défensives avancées – afin d’éviter de déclencher une crise avec Moscou.

La position israélienne serait fondée sur le désir de maintenir la liberté des opérations en Syrie et d’éviter de causer des problèmes à l’importante communauté juive de Russie.

Moscou a déjà pris des mesures pour limiter la liberté des institutions juives dans le pays. Au cours de l’été, le ministère russe de la Justice a déposé une requête visant à liquider les bureaux russes de l’Agence juive pour Israël – une organisation semi-gouvernementale qui encourage et facilite l’immigration juive – dans ce que les analystes considèrent comme une réaction à la critique de l’invasion par Israël.

Un système de défense antiaérienne russe Antey 2500 ou S-300 VM est présenté à l’ouverture du spectacle aérien MAKS à Zhukovsky, aux abords de Moscou, en Russie, le 27 août 2013. (Crédit : AP Photo/Ivan Sekretarev/archives)

Mercredi, le ministre de la Défense, Benny Gantz, a souligné que si Israël continuera à soutenir l’Ukraine après l’invasion, « il ne livrera pas de systèmes d’armes à l’Ukraine, en raison de diverses considérations opérationnelles ».

Toutefois, il a déclaré que Jérusalem pourrait fournir un système d’alerte rapide à la nation assiégée pour l’avertir de l’arrivée de frappes, comme celui utilisé en Israël.

« Nous avons envoyé une demande aux Ukrainiens pour partager des informations sur leurs besoins en matière d’alertes de défense aérienne. Une fois que nous aurons obtenu ces informations, nous serons en mesure d’aider au développement d’un système civil d’alerte précoce qui sauvera des vies », a déclaré Gantz à un groupe d’ambassadeurs de l’Union européenne, un jour après que l’Ukraine a déclaré qu’elle soumettrait une demande officielle pour des systèmes de défense aérienne israéliens comme Dôme de fer.

La question de l’octroi d’une aide militaire aux Ukrainiens fait débat au sein du cabinet. Le ministre de la Diaspora, Nachman Shai, a tweeté dimanche que l’intensification récente des frappes russes sur des zones civiles avait levé « tout doute sur la position d’Israël dans ce conflit sanglant. Le temps est venu pour l’Ukraine de recevoir également une aide militaire, tout comme les États-Unis et les pays de l’OTAN. »

Lundi, Dmitri Medvedev, le chef adjoint du Conseil de sécurité russe, a averti Israël dans un message sur les réseaux sociaux que toute fourniture « irréfléchie » d’équipements militaires à l’Ukraine « détruira toutes les relations inter-étatiques entre nos pays ».

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, s’adresse aux ambassadeurs des pays de l’UE, le 19 octobre 2022. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Israël a mené des centaines de frappes en Syrie afin d’empêcher l’Iran de s’y implanter militairement et de mettre un terme à la fourniture d’armes de pointe au groupe terroriste libanais Hezbollah, supplétif de l’Iran. La Russie, quant à elle, a fourni des milliers de soldats et du matériel militaire à son allié syrien, alors que le régime se bat pour réprimer une guerre civile qui fait rage.

Israël et la Russie ont mis en place une ligne de communication directe entre leurs armées locales afin d’empêcher leurs forces respectives de s’affronter en Syrie. Une connexion téléphonique cryptée a été installée en 2017 entre une base aérienne russe dans l’ouest de la Syrie et le centre de commandement de l’armée de l’air israélienne à Tel Aviv.

Le système S-300 a été déplacé en Syrie en 2018. Le contrôle des batteries n’a jamais été remis au gouvernement syrien. Selon le NY Times, la menace que représente le système S-300 pour les opérations israéliennes en Syrie est l’une des principales raisons pour lesquelles Israël a refusé les demandes ukrainiennes de systèmes de défense aérienne tels que Dôme de fer, qu’Israël a utilisé pour intercepter les attaques de roquettes depuis la bande de Gaza.

En mai de cette année, les forces russes ont ouvert le feu sur des avions à réaction israéliens utilisant le système avancé à la fin d’une attaque de l’armée de l’air israélienne contre des cibles dans la région de Masyaf.

L’incident a été rapporté pour la première fois par la Treizième chaîne une semaine après la frappe, le 13 mai, puis confirmé en juillet par le ministre de la Défense Gantz, qui a déclaré qu’il s’agissait d’un « incident isolé ».

La Russie maintient toujours son système de défense aérienne S-400 plus avancé en Syrie, mais les missiles ne seraient chargés que de la défense des actifs russes.

Le système antimissile Dôme de fer tirant des missiles d’interception sur des roquettes tirées depuis la bande de Gaza vers Israël, à Ashkelon, le 7 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Malgré les avantages, Israël craint également que le retrait de la présence militaire russe en Syrie permette à l’Iran d’accroître son influence, selon le reportage.

Par le passé, Israël a fourni une aide humanitaire à l’Ukraine, au moyen d’un hôpital de campagne qui a été exploité pendant plusieurs semaines aux premiers jours du conflit, et en envoyant des équipements militaires de protection tels que des casques et des gilets pare-balles. Plus récemment, cependant, il a également fourni aux Ukrainiens des renseignements sur les drones iraniens, selon des responsables ukrainiens et israéliens, qui affirment qu’Israël a également proposé d’examiner les restes des drones qui se sont écrasés.

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