Négociations de la dernière chance pour une unité entre le Likud et Kakhol lavan
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Négociations de la dernière chance pour une unité entre le Likud et Kakhol lavan

Conclues tôt dans l'après-midi, les deux camps se sont mutuellement rejeté la responsabilité du manque de progrès et de la rupture apparente des négociations

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), le président Reuven Rivlin (C) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)
Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), le président Reuven Rivlin (C) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)

Les négociations de la dernière chance entre les représentants du parti du Likud et son rival, Kakhol lavan, sur la possibilité de former un gouvernement d’unité se sont terminées tôt ce dimanche après-midi. Les deux camps se sont mutuellement rejeté la responsabilité du manque de progrès et de la rupture apparente des négociations.

Immédiatement après la rencontre, Kakhol lavan a publié un communiqué déclarant que « malheureusement, le Likud campe sur sa pré-condition de ‘Netanyahu en premier’. Dans ce cadre de travail, le Likud persiste avec son bloc de 55 élus et lance en l’air des slogans dont l’unique but est de rassembler des soutiens pour entraîner Israël vers de nouvelles élections à la demande de Netanyahu ».

La parti a ajouté : « L’Etat d’Israël a besoin d’un large gouvernement d’unité, stable et libéral sous la direction de Benny Gantz – nous poursuivrons ce but et ce but uniquement. »

Dans son propre communiqué, le Likud a dit que le manque de progrès provenait du « refus de Kakhol lavan d’accepter le gouvernement d’unité [proposé par] le président de l’Etat – un gouvernement égal avec une rotation entre Netanyahu et Gantz ».

Le Likud a avancé que Kakhol lavan avait pris « une décision stratégique de claquer la porte au gouvernement d’unité et d’entraîner le pays vers de nouvelles élections ».

Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu doit maintenant annoncer au président Reuven Rivlin qu’il n’est pas en capacité de former un gouvernement de majorité, le Likud a dit qu’il « fera un dernier effort pour tenter de former un gouvernement, avant de rendre le mandat au président ».

Mercredi soir, Rivlin a chargé Netanyahu d’essayer de former un gouvernement basé sur la force de son accord avec les partis de droite et ultra-orthodoxes pour négocier comme un seul bloc, pendant les 28 jours dont il dispose pour le faire. Rivlin a proposé un gouvernement d’unité dans lequel le pouvoir serait équitablement réparti. Netanyahu et Gantz serviraient chacun comme Premier ministre pendant deux ans. Netanyahu prendrait un congé d’absence ouvert, si et quand il était mis en examen dans ses affaires judiciaires. Selon l’accord, Gantz, en tant que « Premier ministre d’intérim », assumerait alors toute l’autorité du Premier ministre.

Kakhol lavan de Gantz a remporté 33 sièges aux élections du 17 septembre, devant le Likud avec 32 sièges, sur les 120 sièges de la Knesset. Aucun parti n’a de perspective sérieuse pour former une coalition de majorité.

Samedi, le parti du Likud a déclaré dans un communiqué que Netanyahu avait donné l’instruction à son équipe de négociateurs « de faire tous les efforts possibles afin de faire avancer un large gouvernement d’unité » lors des négociations ce dimanche. Pourtant, si Kakhol lavan refusait d’accepter le cadre proposé par le président ou ne proposait pas d’alternative « réaliste », « Netanyahu rendrait très probablement le mandat ».

Le Likud a déclaré qu’il n’y avait « aucun intérêt à gâcher du temps et à entraîner l’Etat dans une paralysie continue ». Le parti a ajouté que si Netanyahu devait rendre son mandat à Rivlin, cela servirait à montrer que les « espoirs [de Kakhol lavan] d’un renversement de Netanyahu ou une scission n’ont aucun fondement réel ».

« Un large gouvernement d’unité comme celui proposé par le président est la seule solution pour empêcher des élections inutiles », a déclaré le Likud, en référence à un possible troisième scrutin.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le Président Reuven Rivlin à la résidence du président à Jérusalem, le 25 septembre 2019, quand Rivlin a chargé Netanyahu de former le prochain gouvernement israélien. (Yonatan Sindel/Flash 90

Les équipes de négociations se sont rencontrées à partir de 9h30 ce dimanche. Rosh Hashana, le Nouvel an juif, commence dans la soirée. Les négociateurs se sont rencontrées vendredi pendant environ 4 heures, mais ils n’ont pas fait beaucoup de progrès, et chaque camp semblait surtout préoccupé à ne pas apparaître comme le responsable de l’échec des négociations.

« Une bonne partie de la rencontre a traité du plan du président, mais les représentants de Kakhol lavan n’ont pas dit, au final, s’ils l’acceptaient », avait déclaré le Likud dans un communiqué après la rencontre de vendredi. De son côté, Kakhol lavan avait déclaré qu’il était préoccupé par des « principes et des valeurs » comme la « base de toute négociation » alors que le Likud voulait surtout que Netanyahu reste Premier ministre.

Kakhol lavan avait déjà affirmé qu’il était clair que la position du Likud « visait à entraîner l’Etat d’Israël vers une troisième élection, en lien avec les intérêts du Premier ministre ».

Si Netanyahu annonce à Rivlin qu’il n’a pas pu former un gouvernement de coalition, Rivlin proposerait probablement à Gantz de tenter de former une majorité, mais son parti Kakhol lavan considère qu’il est hautement improbable que des élus du Likud à la Knesset se révoltent contre leur chef. Il n’y aurait donc pas d’option très sérieuse pour que Gantz forme un gouvernement.

Samedi, Israël Katz, le ministre des Affaires étrangères, a déclaré que le parti était fermement rassemblé derrière Netanyahu. « Il n’y a pas de gouvernement sans Likud, et il n’y a pas de Likud sans Netanyahu », a déclaré Katz dans un entretien à la Douzième chaîne.

Ceux qui essayent de mettre de côté Netanyahu et le Likud, « ne veulent pas un gouvernement », a-t-il ajouté, « ils sont intéressés par d’autres choses ».

Le ministre des Affaires étrangères Israël Katz arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 24 juin 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Katz a dit qu’il était « surpris et impressionné par la créativité du plan proposé par Rivlin », le qualifiant de seule option réaliste qui empêcherait la tenue d’un nouveau scrutin.

« Nous avons eu des élections, et il y a eu des résultats, et le président a chargé Netanyahu en premier de former un gouvernement parce qu’il disposait d’un bloc plus important », a déclaré Katz.

Netanyahu est actuellement à la tête d’un bloc de 55 élus de partis ultra-orthodoxes et de droite, dans le sillage des élections qui ont eu lieu plus tôt ce mois. Ce scrutin est intervenu cinq mois après le vote d’avril, quand le parti laïc Yisrael Beytenu d’Avidgor Liberman a refusé de rejoindre une coalition avec des élus ultra-orthodoxes.

Gantz compte un bloc de 54 politiciens centristes, de gauche et arabes. Trois politiciens arabes ont refusé de soutenir toute candidature au poste de Premier ministre et Liberman, qui affirme vouloir uniquement soutenir une coalition « nationaliste libérale » avec le Likud et Kakhol lavan, tient l’équilibre entre les blocs de Netanyahu et de Gantz.

Le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz (à droite) rencontre Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, le 23 septembre 2019. (Elad Malka)

Vendredi, deux reportages télévisés ont affirmé que certains des conseillers de Gantz l’avaient incité à accepter la proposition de Rivlin pour former un gouvernement d’unité avec Netanyahu, mais que son numéro 2, Yair Lapid, a été catégorique pour dire qu’il ne devrait pas accepter. Lapid, et un autre haut responsable de Kakhol lavan, Gabi Ashkenazi, ont très clairement dit que Gantz allait « tomber dans un piège », a annoncé la Douzième chaîne, et que, quel que soit l’accord, Netanyahu trouverait un moyen de ne pas rendre le poste de Premier ministre.

Samedi, Avi Nissenkorn de Kakhol lavan a démenti des informations selon lesquelles Lapid bloquait l’accord potentiel. Il a déclaré que Gantz demanderait le mandat pour tenter de former un gouvernement.

« Kakhol lavan a remporté les élections, les citoyens ont déclaré qu’ils voulaient du changement », a déclaré Nissenkorn dans un entretien à la Douzième chaîne. Il a appelé le Likud à abandonner les négociations en bloc avec les partis de droite et ultra-orthodoxe. Il a également dit que si Netanyahu devait « rendre le mandat », Kakhol lavan le demanderait et « travaillerait très durement avec tout le monde pour mettre en place un gouvernement stable ».

« Netanyahu n’a pas intégré les résultats des élections », a déclaré Nissenkorn, ajoutant que Kakhol lavan considère le projet proposé par le président pour un gouvernement d’unité comme un « plan de survie » pour Netanyahu.

« Nous ne voulons pas non plus d’un troisième scrutin, nous pensons que la bonne solution est un gouvernement d’unité dirigé par Benny Gantz, avec personne visé par de possibles inculpations », a déclaré Nissenkorn.

Kakhol lavan aurait demandé lors des négociations que tout nouveau gouvernement passe une loi pour s’assurer qu’aucun futur Premier ministre ne puisse servir alors qu’il serait mis en examen, et pour imposer une durée limitée pour occuper le poste de Premier ministre. Kakhol lavan appelle également à instituer un mariage civil en Israël.

Netanyahu, qui est impliqué dans trois affaires de fraude et d’abus de confiance, et de corruption dans une affaire, doit être entendu par le Procureur général mercredi. Il s’agira de sa dernière chance d’éviter des poursuites.

Jeudi, Netanyahu, qui dément toute malversation et qui affirme être la victime d’une chasse aux sorcières politique impliquant les médias, l’opposition, la police et les procureurs d’Etat, a demandé au Procureur général Avichai Mandelblit d’autoriser la diffusion en direct de son audience. Mandelblit a rejeté cette idée « sans précédent », la qualifiant de coup médiatique.

Netanyahu n’a pas dit qu’il démissionnerait s’il était inculpé, et, selon le droit israélien, il ne serait pas forcé de le faire. De nombreux juristes pensent qu’un Premier ministre pourrait rester au pouvoir même s’il était condamné, et il serait seulement contraint à la démission une fois que tous les recours auraient été épuisés.

Vendredi, Zvi Hauser, élu de Kakhol lavan, a déclaré que Netanyahu préfère « l’immunité à l’unité » en exigeant que son groupe entier de 55 élus participe à toute coalition future, empêchant ainsi toute perspective sérieuse d’un partenariat avec Kakhol lavan.

On pense très largement que Netanyahu chercherait à obtenir l’immunité des poursuites de la Knesset s’il parvenait à former une nouvelle coalition, et qu’il chercherait peut-être alors à faire voter une loi empêchant la Cour suprême de renverser son immunité. Son incapacité à rassembler une majorité claire en avril et son nouvel échec la semaine dernière ont compliqué cet effort.

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