Netanyahu bloque le débat sur le génocide arménien pour éviter « d’aider Erdogan »
Rechercher

Netanyahu bloque le débat sur le génocide arménien pour éviter « d’aider Erdogan »

Le ministère des Affaires étrangères a dit avoir indiqué au Premier ministre que reconnaître le massacre pourrait renforcer l’homme fort turc dans les prochaines élections

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une cérémonie marquant le 70e anniversaire de l'armée israélienne, au mémorial du Corps blindé à Latroun, le 7 mai 2018. (Capture d'écran : YouTube)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une cérémonie marquant le 70e anniversaire de l'armée israélienne, au mémorial du Corps blindé à Latroun, le 7 mai 2018. (Capture d'écran : YouTube)

Samedi soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a décalé un débat ministériel sur la reconnaissance officielle par Israël du génocide arménien.

Faire avancer une telle initiative pourrait aider l’actuelle campagne de réélection du président turc Recep Tayyip Erdogan, a ensuite affirmé dimanche le ministère des Affaires étrangères, dirigé aussi par le Premier ministre.

Dans un communiqué, le ministère a dit que Netanyahu avait accepté une recommandation pour déplacer le débat législatif destiné à reconnaître le génocide après les élections turques du 24 juin, « car tenir le débat dans le calendrier original pourrait servir Erdogan dans sa campagne ».

Netanyahu a demandé à ce que le sujet soit retiré de l’ordre du jour du Comité ministériel de Législation, qui devait se retrouver dimanche pour examiner deux projets de loi avant leurs votes à la Knesset.

La reconnaissance du génocide arménien est profondément impopulaire en Turquie. Le conseil du ministère, qui est intervenu alors que les liens avec la Turquie sont très tendus après les affrontements mortels à la frontière de Gaza, a indiqué qu’en faisant avancer cette législation, Israël renforcerait le soutien pour Erdogan dans les rues turques.

Le président Turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un rassemblement de protestation à Istanbul, contre les morts récentes de manifestants palestiniens sur la frontière entre Gaza et Israël, le 18 mai 2018 (Crédit : AFP PHOTO / OZAN KOSE)

Les relations entre Israël et la Turquie se sont fortement dégradées après les récents affrontements à la frontière d’Israël et de Gaza au cours desquels des dizaines de Palestiniens ont été tués, entraînant une confrontation diplomatique qui a vu les ambassadeurs et les consuls généraux de deux pays être expulsés ou retirés de leurs pays respectifs.

Erdogan s’est lancé dans un échange amer avec Netanyahu. Il a accusé le Premier ministre israélien d’avoir du « sang de Palestiniens » sur les mains. Netanyahu l’a en retour accusé de soutenir le groupe terroriste palestinien du Hamas et d’être un soutien de « massacres et de terrorisme ».

Dans une tentative visant à agacer Erdogan, des députés de la Knesset ont déposé un projet de loi appelant Israël à reconnaître le génocide et à marquer officiellement le massacre chaque année.

Les Arméniens cherchent depuis longtemps la reconnaissance internationale pour les massacres de 1915-1917 à l’époque ottomane, qui selon eux ont tué 1,5 million de personnes. La Turquie – le successeur de l’Empire ottoman – rejette fermement la notion que les massacres, l’emprisonnement et les déportations forcées d’Arméniens de 1915 constituaient un génocide.

Pour Ankara, entre 300 000 et 500 000 Arméniens et autant de Turcs sont morts lorsque les Arméniens se sont révoltés contre le pouvoir ottoman dans une alliance avec les troupes russes.

Le député Yair Lapid, qui est à la tête du parti d’opposition Yesh Atid, a critiqué le gouvernement pour avoir fait machine arrière sur la législation.

« Il est temps d’arrêter de ramper devant Erdogan, a tweeté Lapid. Il est temps de faire la chose morale et juste de reconnaître le génocide du peuple arménien. Si le gouvernement a peur de présenter la loi, nous la présenterons au vote, dès que possible. J’en appelle à tous les membres de la coalition qui ont notifié et clarifié que le moment était venu de reconnaître le génocide du peuple arménien à passer la loi ensemble avec nous ».

De son côté, le député travailliste, Itzik Shmouli, a jugé « fausses et ridicules » les justifications du ministère des Affaires étrangères pour expliquer l’ajournement du vote.

« Si les ministères des Affaires étrangères dans le monde avaient agi d’une façon aussi lâche et intéressée sur la question de la reconnaissance de l’Holocauste, où en serions-nous aujourd’hui ? », a-t-il écrit sur Twitter.

Le mois dernier, la Turquie a dit qu’Israël se ferait seulement du tort à elle-même si elle reconnaissait le génocide puisqu’en faisant cela elle réduirait le statut spécial de l’Holocauste.

« Nous pensons que si Israël met les événements de 1915 au même niveau que l’Holocauste, cela ferait avant tout du mal à Israël lui-même », a déclaré Hami Aksoy, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères aux journalistes à Ankara à l’époque.

Les membres de la communauté arménienne défilent avec des drapeaux et des torches le 23 avril 2015 dans la Vieille Ville de Jérusalem, à la veille du 100e anniversaire du génocide arménien sous l’Empire ottoman en 1915. (Crédit : AFP / GALI TIBBON)

Des membres de la Knesset ont déjà voté le mois dernier pour débattre de la reconnaissance du génocide au Parlement. La date du débat en session plénière n’a pas été immédiatement annoncée.

La question de la reconnaissance du génocide arménien est soulevée chaque année à la Knesset en marge des commémorations du 24 avril, d’habitude sous la forme d’une législation proposée plutôt que sous la forme d’un débat, et a été rejetée par les gouvernements en place chaque année depuis 1989.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...