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Analyse

Netanyahu, conscient de ses difficultés, n’est pas encore prêt à aller aux urnes

Le leader de l'opposition n'a pas encore décidé de tenter de dissoudre la Knesset la semaine prochaine et tente de créer un parti satellite avec Chikli et d'autres membres du Likud

Shalom Yerushalmi

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le leader de l'opposition Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 13 juin 2022. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader de l'opposition Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 13 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Personne, au sein du parti du Likud à la Knesset, ne sait encore si l’opposition présentera un projet de loi de dissolution du Parlement mercredi prochain – une initiative susceptible de rapprocher le pays d’un nouveau cycle électoral.

Les rumeurs contradictoires vont bon train concernant la présentation au vote d’un projet de loi de ce type et la décision finale se trouve entre les mains du leader Benjamin Netanyahu et du chef de sa faction du Likud, Yariv Levin.

L’avis général, au Likud, est que Netanyahu ne veut pas d’un cycle électoral maintenant – et ce malgré ses nombreuses affirmations du contraire lors des réunions de faction et devant les caméras. L’ex-Premier ministre comprend bien que s’il est dans l’incapacité de former un gouvernement après un éventuel prochain scrutin – comme cela avait déjà été le cas lors des précédents – il perdra l’appui de son parti.

« Netanyahu sait très bien que les prochaines élections qui auront lieu représenteront sa dernière chance. S’il ne parvient pas à former un gouvernement la prochaine fois, personne au Likud n’acceptera plus de se ranger à ses côtés – pas après tout ce que nous avons traversé », a déclaré mardi une source proche de Netanyahu.

« Netanyahu avait espéré former un gouvernement à partir des députés qui siègent au sein de la Knesset actuelle. C’était l’idéal pour lui. Mais il a très vite réalisé que ce ne serait pas possible avec [le ministre de la Justice Gideon] Saar et qui que ce soit d’autre au sein de la coalition actuelle », a ajouté la source.

Elle a fait remarquer que le procès pour corruption en cours du chef de l’opposition jouerait un rôle déterminant dans les réflexions du leader de l’opposition.

La députée Idit Silman et le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 13 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Netanyahu pense constamment à la trace, à la place qu’il laissera dans l’Histoire et à son procès », a ajouté la source.

« Il doit impérativement redevenir Premier ministre pendant son procès pour mieux contrôler les événements dans le pays et pour renforcer son statut, même si tout ça se termine par une négociation de peine. Il ne peut pas passer à l’attaque, cette fois-ci », a poursuivi la source.

Il a précisé que Netanyahu examinait la possibilité de former un parti dit « satellite » qui serait susceptible d’attirer les électeurs qui hésitent à voter pour le Likud mais qui finiront par le rejoindre quand le moment viendra de former une coalition après une élection – ce qui lui permettrait de garantir qu’il obtiendra la majorité de 61 sièges dont il a besoin.

« Je sais qu’il fait des sondages et qu’il tente de mettre en place une liste partisane avec Amichai Chikli et d’autres membres déterminants de la faction du Likud, des membres qui pourraient séduire les électeurs… Mais ça prend du temps », a indiqué la source.

Chikli, fraîchement élu à la Knesset après s’être présenté sous l’étiquette du parti Yamina, s’est rebellé contre son parti immédiatement après le scrutin de 2021, votant contre la formation du gouvernement actuel, au mois de juillet, et rejetant ses propositions de loi de manière répétée depuis. Il a finalement été exclu de sa formation d’origine au mois d’avril dernier. Sa désignation en tant que transfuge a des conséquences politiques, l’empêchant notamment de se présenter lors du prochain vote parlementaire dans une faction siégeant déjà à la Knesset. Chikli a fait appel.

Le député Amichai Chikli lors d’une réunion de la commission de la Chambre de la Knesset concernant la demande du parti Yamina de le déclarer  » transfuge « , le 25 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que les nouvelles manœuvres de Netanyahu sont encore balbutiantes, force est de reconnaître que ses intérêts actuels et ceux du Premier ministre Naftali Bennett sont assez étrangement alignés et qu’aucun d’entre eux ne souhaite, au fond, une dissolution immédiate de la Knesset qui serait suivie par l’organisation rapide d’un scrutin.

Même si le Likud décide de voter en faveur d’une dissolution, rien ne garantit que l’opposition sera en mesure de réunir la majorité nécessaire pour la faire approuver. Si la formation présente la motion en séance plénière et qu’elle échoue, il lui sera interdit de représenter une mesure similaire pendant six mois.

Et il est encore difficile de dire comment le député Yamina Nir Orbach, qui a quitté la coalition lundi, voterait sur un projet de loi portant sur la dissolution de la Knesset. Certaines personnalités de la communauté sioniste religieuse pensent qu’il a pris ses récentes initiatives en coordination avec Bennett, qui reste un bon ami à lui.

Le député Yamina Nir Orbach quitte le bureau du Premier ministre à Jérusalem, où il a rencontré le Premier ministre Naftali Bennett, le 12 juin 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Si le projet de loi sur la dissolution devait être adopté lors d’un vote préliminaire, il serait ensuite présenté devant une commission pour de nouvelles mises au point avant d’être renvoyé à la Knesset pour trois lectures. S’il devait être approuvé en troisième lecture, le Parlement serait alors dissous et de nouvelles élections seraient organisées.

Il est aussi difficile de dire si Orbach et la Liste arabe unie, qui siège aussi dans l’opposition mais qui ne fait pas partie du bloc de droite de Netanyahu soutiendraient aujourd’hui une dissolution, en pleine session estivale du Parlement, tout au long des trois lectures traditionnelles – peut-être seulement à l’occasion de la session d’hiver, qui commence à la fin du mois d’octobre.

Il y a aussi un facteur supplémentaire à prendre en compte : si un vote d’Orbach devait être à l’origine de l’effondrement du gouvernement, il confierait ainsi le mandat de Premier ministre au ministre des Affaires étrangères Yair Lapid. Selon l’accord de coalition, si le vote décisif faisant s’écrouler le gouvernement provient du parti Yamina de Bennett ou de Tikva Hadasha, la formation du ministre de la Justice Gideon Saar, c’est Lapid qui deviendrait Premier ministre par intérim jusqu’à l’investiture d’un nouveau gouvernement. En revanche, Bennett est autorisé à rester en poste si le vote fatal provient d’un membre du bloc dirigé par Lapid, un bloc qui réunit Yesh Atid, Kakhol lavan, Yisrael Beytenu, le parti Travailliste, le Meretz et Raam.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, au centre, préside la réunion du cabinet à Jérusalem, le 12 juin 2022. (Crédit : Maya Alleruzzo / POOL / AFP)

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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