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Netanyahu exploite les propos de l’ex-conseillère de Bennett sur les partis arabes

Pour le chef de l’opposition, les propos de Shimrit Meir prouvent que Lapid ne pourra pas réunir de coalition sans être « inféodé » aux partis arabes, qu'il a lui-même courtisés

Le président du Likud, Benjamin Netanyahu, dans une vidéo de campagne le 1er juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran/Twitter)
Le président du Likud, Benjamin Netanyahu, dans une vidéo de campagne le 1er juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran/Twitter)

Il aura fallu moins de 24 heures au chef du Likud, Benjamin Netanyahu, pour utiliser à des fins électorales les propos d’une ex-conseillère de Naftali Bennett, alors que la campagne bat d’ores et déjà son plein à l’approche d’un scrutin prévu dans quatre mois.

Une vidéo de campagne publiée vendredi donne à voir Shimrit Meir, ex-conseillère diplomatique de Bennett, et des extraits de l’interview qu’elle a donnée au journal Yedioth Ahronoth, au cours de laquelle elle évoque les mesures envisagées à l’époque par l’ex-Premier ministre et d’autres membres de la coalition pour s’assurer le soutien de partis politiques arabes et maintenir la coalition à flot.

Dans la vidéo, on voit Netanyahu s’exprimer avec, en fond d’écran, des citations de Meir évoquant les tensions à l’œuvre début mai, alors que tous attendaient de savoir si Raam quitterait ou non la coalition.

« Tout le monde attendait la décision du Conseil de la Choura ce soir-là », a rappelé Meir dans l’interview, faisant référence à l’organe clérical impliqué dans le processus de prise de décision du parti.

« De manière totalement inconsidérée, Yair Lapid a envoyé [sa cheffe d’Etat-major] Naama Shultz à Kafr Qasim avec un chèque en blanc », a-t-elle ajouté, suggérant que le ministre des Affaires étrangères devenu Premier ministre était prêt à faire d’énormes concessions à Raam en l’échange de sa fidélité a la coalition.

« Yair Lapid n’a pas de gouvernement sans le soutien de la Liste arabe unie et des Frères musulmans », a affirmé Netanyahu, faisant l’amalgame entre Raam et son cousin plus extrême, tactique décriée par certains comme un réflexe populiste et xénophobe. « Cela montre qu’il est prêt à tout leur donner à vos dépens. »

« Voilà la décision au cœur des prochaines élections : le choix entre un gouvernement Lapid soumis au chantage des Frères musulmans et de la Liste arabe unie, qui continuera à nous déshonorer tout en laissant les prix filer, et un gouvernement fort, que je dirigerai, capable de rendre force, fierté et espoir à tous les citoyens israéliens », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre par intérim Yair Lapid, au centre, s’entretient avec le chef du parti Raam, Mansour Abbas, avant le vote du projet de loi visant à dissoudre la Knesset, le 30 juin 2022. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Netanyahu lui-même se serait engagé à débloquer des millions de dollars pour les villes arabes d’Israël, longtemps négligées, lorsqu’il cherchait à convaincre Raam de rejoindre sa coalition l’an dernier. Pour autant, il a dénigré sans relâche ce qu’il considère être la dépendance de la coalition au parti arabe, décrit par certains comme un soutien du terrorisme. Le président de Raam, Mansour Abbas, s’est à plusieurs reprises fermement opposé au terrorisme et a publiquement déclaré qu’Israël était – et resterait – un État juif.

Le Likud a depuis nié avoir mené des négociations en vue d’un accord de coalition avec Raam, mais Abbas a menacé de publier des enregistrements et documents prouvant qu’elles avaient eu lieu si Netanyahu continuait à dénigrer le parti islamiste.

Meir était considérée comme l’un des plus proches collaboratrices de Bennett, avec laquelle il entretenait une relation de confiance sur des dossiers importants, dont celui des relations avec les États-Unis. À plusieurs reprises, elle s’est querellée avec d’autres hauts fonctionnaires du cabinet du Premier ministre et a fini par démissionner en mai de cette année. Mais si Bennett lui faisait confiance sur des questions de la plus haute importance, il semble que la relation de confiance ait été unilatérale car, moins de 24 heures après la démission de Bennett, Meir s’est empressée de tenir des propos dévastateurs sur la conduite politique de l’ex-Premier ministre.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett avec sa conseillère politique Shimrit Meir au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 26 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ses rivaux au sein du cabinet du Premier ministre lui reprochaient de pousser Bennett vers le centre, aussi a-t-elle fait valoir dans son interview au Yedioth qu’elle avait fait son possible pour éviter que l’ex-Premier ministre penche trop vers la gauche.

« Après Pessah, j’ai réalisé que le projet pour la prochaine session de la Knesset était de s’appuyer sur la Liste arabe unie, à savoir Osama Saadi et Ahmad Tibi [du parti Taal] », a déclaré Meir, ajoutant avoir averti Bennett que ce serait une « grave erreur ».

Après la publication, jeudi, d’un extrait de l’interview évoquant ce passage, Bennett a réagi en niant catégoriquement avoir eu l’intention de se lier à la Liste arabe unie. Il s’est refusé à prendre position par rapport aux propos virulents de Meir, se limitant à dire qu’elle avait « fait du très bon travail ».

Meir a également regretté que la coalition ait échoué à assurer la discipline parmi ses membres.

« Toute la gestion politique a été un échec, dès le premier jour. Si ma zone de responsabilité avait été tenue comme une zone politique, les Syriens seraient déjà à nos portes », a-t-elle déclaré.

Les députés Osama Saadi, à gauche et Ahmad Tibi après un vote sur un projet de loi sur l’augmentation du salaire minimum à la Knesset de Jérusalem, le 8 juin 2022. (Crédit :Yonatan Sindel/Flash90)

Elle a affirmé que « tout avait commencé à se déliter » lorsque la députée Yamina, Idit Silman, a quitté la coalition et que d’autres membres du parti de Bennett ont commencé à « faire chanter » l’ex-Premier ministre.

Meir a tout de même eu quelques mots positifs pour le Premier ministre sortant, assurant que « quand il était bon, c’était de loin le meilleur ». Elle a ainsi évoqué le cas du système de défense aérienne laser de Tsahal, dévoilé en avril après des tests concluants, fruit de la détermination sans relâche de Bennett à déployer la technologie le plus rapidement possible.

« Il voulait le laser, et il a mis une pression folle à tout le monde – le soir, le matin, il n’avait que le laser à la bouche. »

Meir a affirmé que la relation de Bennett avec la numéro 2 de Yamina, Ayelet Shaked, à qui il a remis la direction du parti mercredi, était difficile depuis plusieurs années. Elle a indiqué que Shaked n’avait aucune base politique, « qu’elle effrayait [les électeurs] » et que « pendant plusieurs mois, elle avait menacé Bennett avec une arme à feu non chargée ».

Meir confie avoir décidé de démissionner « après avoir compris qu’il ne m’écoutait pas. Qu’il refusait d’écouter. Que ses décisions n’avaient pas de sens. »

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