Netanyahu force un vote et nomme Akunis à la Justice ; illégal selon Mandelblit
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Netanyahu force un vote et nomme Akunis à la Justice ; illégal selon Mandelblit

Gantz a d'abord exigé un vote du cabinet sur sa propre candidature. Il a été rejeté par 17 voix contre 10. Netanyahu a ensuite proposé Akunis, malgré l'opposition de Gantz

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset le 20 novembre 2019 (gauche), l'avocat général Avichai Mandelblit s'adresse lors d'une conférence de presse à Jérusalem le 21 novembre 2019. (Gali Tibon, Menahem Kahana / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset le 20 novembre 2019 (gauche), l'avocat général Avichai Mandelblit s'adresse lors d'une conférence de presse à Jérusalem le 21 novembre 2019. (Gali Tibon, Menahem Kahana / AFP)

Après avoir prétendument accepté de retarder de 48 heures la décision de nommer un ministre de la Justice, le Premier ministre Benjamin Netanyahu vient de forcer un vote illégal pour nommer Ofir Akunis, du Likud, à ce poste.

Gantz a d’abord exigé un vote du cabinet sur sa propre candidature au poste. Il a été rejeté par 17 voix contre 10. Ensuite, Netanyahu a proposé Akunis et a demandé un vote sur la question, malgré l’opposition de Gantz.

Cette action est illégale selon les termes du gouvernement actuel, car Gantz doit approuver un candidat pour le poste. Le procureur général a informé Netanyahu qu’il ne pouvait pas le faire.

Le ministre de la Coopération régionale Ofir Akunis à la Knesset à Jérusalem, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon/POOL)

Le vote a quand même eu lieu et la candidature d’Akunis a été approuvée.

Mandelblit a informé les membres du cabinet qu’Ofir Akunis n’est pas ministre de la Justice en dépit de leur vote en sa faveur, selon les médias israéliens.

« Vous avez effectué un vote contre [la position du] procureur général, un événement sans précédent », leur a-t-il dit.

Selon le radiodiffuseur Kan, Mandelblit a interpellé les ministres du Likud alors que le vote avait lieu : « Ne pensez pas que ce vote va passer. C’est un vote organisé au mépris de la loi ».

Quelques heures plus tard, Netanyahu a demandé au procureur général de demander un sursis de 48 heures sur une décision de la Haute Cour concernant la nomination d’un ministre de la justice, comme cela aurait été convenu avec Benny Gantz avant que la situation ne dégénère au sein du cabinet.

Bien qu’il affirme que « la décision de nommer Akunis ministre a été prise au cabinet légalement et avec une majorité » – une affirmation que le procureur général a déclaré fausse – le Premier ministre a demandé « 48 heures supplémentaires pour essayer de parvenir à un accord entre les parties ».

Dans une lettre adressée à Netanyahu et Gantz, le procureur général a déclaré que le cabinet a aujourd’hui « agi sciemment et délibérément de manière illégale » en votant la nomination d’Ofir Akunis au poste de ministre de la Justice.

Il a souligné que le gouvernement a été formé en 2020 sur un principe de processus décisionnel partagé basé sur l’accord entre les deux blocs.

Parallèlement, Gantz a adressé une lettre à la Haute Cour de Justice avant ses discussions ultérieures, dans laquelle il déclare que Netanyahu « procède à la destruction de la démocratie. » Il a également ajouté qu’un ministre de la Justice doit être nommé immédiatement, conformément à la loi.

Réagissant aux évènements sur Twitter, le parti Kakhol lavan de Benny Gantz a déclaré que Netanyahu et le Likud « ont tenté de mener une nouvelle attaque terroriste contre la démocratie – et Kakhol lavan les en a empêchés ».

Le parti a ajouté que le Likud tente de démanteler les institutions judiciaires d’Israël et « nous ne les laisserons pas faire ».

La ministre du Tourisme, Orit Farkash-Hacohen, du parti Kakhol lavan, a déclaré que les derniers événements survenus au sein du cabinet devraient servir de rappel à tout partenaire potentiel du Premier ministre dans sa tentative de former une coalition.

Orit Farkash Hacohen, membre du parti Kakhol Lavan, vote lors de la réunion du Comité des arrangements à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 13 janvier 2020. (Hadas Parush / Flash90)

« Quiconque se voit proposer une rotation [du poste de Premier ministre] par le Likud et le Premier ministre devrait observer attentivement la conduite du cabinet aujourd’hui, et se demander à quoi ressemblerait un tel gouvernement et ce que vaudront les accords [avec Netanyahu] », a-t-elle tweeté.

Gideon Saar, chef du parti Tikva Hadasha, a tweeté : « La saga entourant la (non) nomination d’un ministre de la Justice, qui vient d’atteindre son paroxysme lors d’une réunion bizarre du cabinet, est une preuve supplémentaire de la nécessité urgente de remplacer les dirigeants. »

Le leader de l’opposition Yair Lapid a déclaré : « Quiconque a pensé, ne serait-ce qu’un instant, à conclure un accord avec Netanyahu vient de recevoir un rappel qu’il n’y a aucune chance qu’il respecte sa part du contrat.

« Le mépris suprême de l’État de droit, de tout accord qu’il a passé, les mensonges comme mode de vie – tout cela a explosé aujourd’hui autour de la nomination d’un ministre de la Justice. Il ne peut tout simplement pas ne pas tricher. »

Dans le camp de Netanyahu, la député du Likud May Golan a félicité, mardi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour son « positionnement ferme contre la dictature judiciaire ».

Elle a ajouté espérer que la première décision d’Ofir Akunis au poste de ministre de la Justice (même si le procureur-général a établi clairement qu’il n’était pas ministre de la Justice) « sera de renvoyer Mandelblit – le conseiller de la Haute cour et de la gauche ».

Le président de la coalition, Miki Zohar, a accusé le procureur général de « comportement belliqueux en totale coordination avec Kakhol lavan. C’est incroyable qu’ils n’essaient même pas de le cacher. Ils ont perdu toute inhibition tout en ignorant la volonté du peuple ».

« Je suggère que tous les chevaliers blancs gouvernementaux cessent de nous menacer avec la Cour suprême. L’État d’Israël est une démocratie qui fonctionne selon la volonté de la majorité et non selon les caprices du procureur général. »

Le chef de Yamina Naftali Bennett a réagi de façon assez vague au vote.

« L’État d’Israël s’approche d’un abîme d’anarchie. Nous n’avons pas d’autre pays. J’appelle tout le monde à comprendre l’énormité du moment, à se ressaisir et à faire preuve de responsabilité nationale », a-t-il déclaré.

« Israël a besoin de toute urgence d’un gouvernement stable et fonctionnel », a-t-il ajouté.

Rebondissant sur les propos de Bennett, Bezalel Smotrich, chef du Parti sioniste religieux a estimé qu’Israël se rapproche de l’anarchie à cause de « dirigeants de droite incapables de répondre aux besoins du moment, de surmonter les difficultés et les rancunes et de former un gouvernement de droite ».

Il a également blâmé « l’irresponsable Gantz qui tient en otage une nation entière et tente de la gouverner par l’intimidation avec huit sièges. »

Avant même que la Haute Cour ne se réunisse pour discuter de la crise autour de la nomination du ministre de la Justice, le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël a demandé aux juges de rejeter la nomination d’Ofir Akunis par le cabinet, affirmant que le vote était illégal.

L’organisation se fait l’écho de la position du procureur général, dont les protestations ont été ignorées par le Premier ministre lors de la tenue du vote.

L’organisation Darkenu a interpellé le procureur général pour qu’il déclare le Premier ministre inapte à exercer ses fonctions suite à son approbation d’un vote apparemment illégal pour nommer son allié du Likud Ofir Akunis au poste de ministre de la Justice.

Le premier ministre « passe en force sur notre démocratie », déclare l’organisation de la société civile de gauche. Elle affirme qu’il doit être démis de ses fonctions « à la lumière de sa conduite lors de la réunion du cabinet ».

Le groupe indique que si Mandelblit ne le fait pas, il fera appel devant la Haute Cour de justice.

La semaine dernière, la Cour et Mandelblit ont tous deux rejeté les efforts visant à empêcher Netanyahu d’exercer ses fonctions.

En fin de journée, alors que la Haute Cour de Justice se préparait à se réunir, une source judiciaire de haut niveau a déclaré à la Douzième chaîne que les événements au cabinet représentent « la pire crise constitutionnelle qu’Israël ait connue ».

Comme Kakhol lavan précédemment, la source anonyme a accusé Netanyahu de mener « une attaque terroriste contre la démocratie » et dit qu’il est « à deux doigts » d’être exclu du poste de Premier ministre.

Un haut responsable du Likud a déclaré au micro de la Douzième chaîne que Netanyahou avait « commis une grave erreur » en faisant élire son allié Ofir Akunis au poste de ministre de la Justice, alors que le procureur général lui avait dit que cette décision était illégale.

Il a ajouté qu’il ne comprenait pas pourquoi Netanyahu s’était comporté comme il l’avait fait, car les événements d’aujourd’hui ne font que l’éloigner de la possibilité de former un gouvernement.

Yohanan Plesner, le président de l’Institut israélien pour la démocratie, a déclaré que « le mépris affiché aujourd’hui pour la loi fondamentale du gouvernement, les accords de coalition signés par tous les partis, ainsi que la décision juridique du procureur général est inacceptable. »

Il a souligné que les événements au cabinet « sont un rappel à tous les dirigeants politiques de la nécessité de respecter à la fois nos institutions et l’État de droit, ou de risquer des dommages irrévocables au système démocratique d’Israël. »

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