Netanyahu : L’acceptation du jugement de la cour ne fera « pas de doute », mais…
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Netanyahu : L’acceptation du jugement de la cour ne fera « pas de doute », mais…

Mais le Premier ministre clame que seul le public décidera de son sort par les urnes et réclame une enquête sur ses enquêteurs

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle à ses partisans dans une vidéo, le 22 novembre 2019 (Capture d'écran/Facebook)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle à ses partisans dans une vidéo, le 22 novembre 2019 (Capture d'écran/Facebook)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a clamé, vendredi, qu’il accepterait en fin de compte la décision prise par les tribunaux dans les dossiers de corruption contre lui, tout en continuant à tenter de saper la légitimité des accusations lancées et retenues à son encontre.

« Bien entendu, je veux établir clairement que l’issue de cette procédure toute entière se décidera devant les tribunaux. Nous accepterons les décisions de la cour – en ce qui concerne cela, il n’y a aucun doute », a dit Netanyahu dans un clip posté sur sa page Facebook, vingt-quatre heures après avoir affirmé que la police et les procureurs avaient fomenté un « coup d’Etat » visant à lui faire quitter ses fonctions par le biais d’inculpations montées de toutes pièces.

Netanyahu a toutefois répété son assertion selon laquelle la décision de sa mise en examen avait été prise grâce à des moyens sortant de la légalité.

« Nous agirons toujours dans les limites de la loi mais cela signifie également que ceux qui ne l’ont pas fait pour leur part – dans les rangs de la police ou au bureau du procureur de l’Etat – doivent faire l’objet d’une enquête. Il faut s’occuper d’eux et leur demander des comptes », a poursuivi le Premier ministre.

Les partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu scandent des slogans et brandissent des panneaux pour le soutenir lors d’une contre-manifestation organisée aux abords du siège du parti du Likud à Tel Aviv, alors que des Travaillistes se sont rassemblés à proximité contre lui, le 22 novembre 2019 (Crédit : Jack Guez/AFP)

« Je veux le dire clairement : Ceux qui ont choisi le Premier ministre d’Israël, ce sont les citoyens », a ajouté Netanyahu, remerciant ses partisans qui continuent à le défendre tout en leur recommandant vivement de se rendre à un rassemblement qui aura lieu mardi à Tel Aviv et qui, selon ses organisateurs, sera pour les participants l’occasion d’afficher leur soutien au Premier ministre.

« Nous avons devant nous des opportunités historiques telles que l’annexion de la vallée du Jourdain, le maintien de notre sécurité, la construction d’alliances avec nos voisins et de nombreuses choses que nous ne devons pas manquer », a-t-il continué.

Et pourtant, sa reconnaissance en public du fait qu’il acceptera finalement le jugement du tribunal semble être un pas en arrière.

Vendredi dans la matinée, citant des propos tenus par les responsables du Likud, le site d’information Ynet avait indiqué que Netanyahu avait décidé « d’entrer en guerre » contre les inculpations le mettant en cause et qu’il chercherait à ôter sa légitimité au système judiciaire.

Le site avait également repris les propos émanant de sources politiques disant que Netanyahu se préparait à placer ces accusations au centre de la campagne des prochaines élections attendues, qui devraient avoir lieu au mois de mars.

Dans un discours féroce prononcé jeudi après l’annonce de la décision du procureur-général Avichai Mandelblit de l’inculper dans trois affaires de corruption, le Premier ministre avait clamé que l’enquête toute entière menée à son encontre avait été « entachée ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu durant une réunion de faction élargie de son bloc de droite/ultra-orthodoxe à la Knesset, le 20 novembre 2019 (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

« Ce processus entaché de toute part soulève, pour le public, des questions au sujet des enquêtes de la police et des procureurs. Le public a perdu confiance en ces institutions. C’est un processus qui s’est déroulé sur plusieurs années ».

« C’est une application sélective de la loi. C’est une application de la loi qui ne joue que pour moi », a-t-il ajouté.

Le dirigeant politique avait énuméré une série de plaintes concernant la conduite de l’enquête, accusant : « Ces faits soulignent à quel point ce processus est entaché. Il est destiné à renverser un Premier ministre de droite, moi ».

« Moi qui, contrairement à la gauche et aux médias entravés, désire instaurer la liberté de marché, non seulement dans l’économie, mais également dans le marché des idées. Moi qui souhaite voir un pays fort, pas un pays faible, étriqué, abattu, » avait-il ajouté.

Il avait également demandé la formation d’une commission indépendante qui serait chargée de mener des investigations sur les enquêteurs en charge des dossiers de corruption.

« Il est temps d’enquêter sur les enquêteurs, d’enquêter sur les procureurs qui ont approuvé ces investigations souillées à mon encontre. Je respecte la police, je respecte les procureurs. Il y en a des centaines. Mais nous devons comprendre qu’ils ne sont pas au-dessus de la critique. Ce n’est pas seulement une question de transparence, c’est une question de responsabilité », avait-il clamé.

Le procureur-général Avichai Mandelblit lors d’une conférence de presse au ministère de la Justice de Jérusalem, annonçant sa décision de mettre en examen le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance dans les Affaires 1000, 2000 et 4000 (Crédit : Hadas Parush/FLASH90)

C’est la première fois de l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice doit répondre d’accusations criminelles.

L’annonce faite par Mandelblit ne signifie pas que les inculpations ont été officiellement déposées, la Knesset devant décider en premier lieu de la levée de l’immunité procédurale de Netanyahu, un processus qui, en raison de l’impasse actuelle et du manque de gouvernement en fonctionnement, pourrait durer des mois.

Mandelblit, dans un discours rare prononcé devant les médias lors de l’annonce de l’inculpation de Netanyahu, avait évoqué une « journée difficile et triste » et précisé que sa décision avait été prise « le cœur serré mais sans réserve ».

« L’application de la loi n’est pas optionnelle. Ce n’est pas une question de politique. C’est un devoir qui nous incombe… Nous ne nous sommes pas laissés troubler par les calomnies émanant de tous les côtés et nous n’avons agi que pour faire appliquer la loi », avait déclaré Mandelblit, répondant aux critiques proférées par les soutiens de Netanyahu qui avaient accusé les procureurs de chasse aux sorcières visant à déchoir le Premier ministre.

Il avait ajouté que les accusations lancées contre le système judiciaire étaient « dangereuses » et qu’elles « jouent avec le feu. Et tout cela doit cesser ».

« J’appelle tout un chacun, et avant tout les responsables de l’Etat, à prendre des distances face aux discours qui menacent les responsables chargés de l’application de la loi. Nous ne sommes ni infaillibles, ni au-dessus des critiques. Mais nous avons agi sans crainte et sans préjugés, en faveur de l’Etat de droit », avait-il poursuivi.

La loi israélienne n’exige la démission d’un Premier ministre qu’en cas de condamnation mais des experts ont suggéré que Netanyahu pourrait avoir un « problème » s’il devait chercher à se maintenir à ses fonctions après le dépôt officiel de l’acte d’inculpation.

Sous les termes de la loi et au regard d’un précédent établi par la Haute-cour, les ministres autres que le chef du gouvernement sont dans l’obligation de se retirer dans une telle situation. Il n’existe aucune règle claire en ce sens concernant le Premier ministre.

Les médias en hébreu ont toutefois fait savoir, jeudi, que Mandelblit pourrait rapidement être amené à statuer sur la capacité de Netanyahu à recevoir un mandat visant la formation d’un nouveau gouvernement.

Selon le journal Globes, le procureur de l’Etat, Shai Nitzan, estime que même si Netanyahu n’est pas dans l’obligation au niveau légal de quitter son poste – comme c’est le cas pour un ministre mis en examen – il ne pourra pas commencer un nouveau mandat avec les charges dont il doit répondre.

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