« Nous avons crié leurs noms, personne n’a répondu » – un ado raconte la tragédie
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Nahal Tzafit

« Nous avons crié leurs noms, personne n’a répondu » – un ado raconte la tragédie

Un membre du groupe a décrit le moment où ses amis ont été balayés : "c'était une vague puissante, je n'avais jamais vu quelque chose comme ça"

Les services d'urgence israéliens participent à une opération de recherche et de secours à proximité de la mer Morte, le 26 avril 2018 (Crédit : AFP/Menahem Kahana)
Les services d'urgence israéliens participent à une opération de recherche et de secours à proximité de la mer Morte, le 26 avril 2018 (Crédit : AFP/Menahem Kahana)

Dans un nouveau témoignage livré vendredi, un survivant des inondations survenues dans le désert et qui ont ôté la vie à dix adolescents a raconté ces instants d’horreur durant lesquels le groupe a réalisé être en grave danger et le moment où ses amies ont été emportées par une puissante vague.

Le jeune homme âgé de 18 ans, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a déclaré au site d’information Ynet que jeudi matin, lui et ses amis – qui devaient commencer leurs études à l’académie prémilitaire Bnei Zion à la fin de l’année – ne se doutaient absolument pas du danger qu’ils encouraient lorsqu’ils se sont lancés dans cette randonnée organisée dans le lit de la rivière Tzafit, une excursion qui devait les aider à tisser les premiers liens avec leurs futurs camarades.

« Le temps était clair et il n’avait pas plu pendant la nuit. C’était vraiment agréable et il faisait même chaud, comme lors d’une randonnée normale », a-t-il raconté.

« Nous sommes allés dans le lit de la rivière. Il a commencé à bruiner et certains ont enfilé leur manteau de pluies, ils ont mis des housses sur les sacs. Certaines filles avaient des difficultés donc je suis resté derrière, avec elles, pour les aider à s’occuper de leurs sacs ».

Des hélicoptères militaires à la recherche d’adolescents disparus emportés par l’inondation du ruisseau Tzafit près de la mer Morte dans le sud d’Israël, le 26 avril 2018 (Crédit : Maor Kinsbursky / Flash90)

La pluie a alors commencé à se renforcer. « L’une des filles a dit que son sac était en train de se mouiller et qu’elle n’aurait rien pour dormir, alors je l’ai aidée à couvrir son sac avec des sacs en plastique. Ça a pris du temps et nous nous sommes retrouvés en arrière. Derrière nous, il y avait encore quatre autres personnes, notamment le guide et le médecin… Quand ils se sont rapprochés, je suis allé poser une question au guide. J’étais à quelques mètres des filles ».

L’adolescent a précisé qu’il estimait que sa décision de rester à l’arrière puis d’aller vers le guide a bien pu lui sauver la vie.

« Nous avons alors entendu ce bruit de pierres qui s’effondrent et quelque chose qui ressemblait à un gros tuyau d’arrosage en fonctionnement mais en huit fois plus fort », s’est-il souvenu.

Le médecin du groupe a alors crié qu’une crue était sur le point d’envahir le lit de la rivière et tout le monde a alors grimpé en hauteur.

Capture d’écran d’une vidéo montrant le lit de la rivière Nahal Tzafit (Crédit : Twitter)

« Des pierres d’une taille de la moitié d’un homme ont volé en éclat contre le mur qui borde la rivière, elles ont explosé et cela a fait un grand boum », a continué le jeune témoin. « Tout le monde l’a entendu. Le mur a commencé à s’effondrer, des morceaux sont tombés et tout le monde s’est mis sur le côté. Ça a duré quelques secondes et j’ai sauté sur une saillie, et quand je me suis retourné pour voir ce qu’il se passait pour les filles, l’eau atteignait déjà mes genoux ».

« Puis une vague d’un mètre et demi de haut a simplement frappé les filles et les a happées. C’était une vague puissante, je n’avais jamais vu quelque chose comme ça. Elles n’avaient aucune chance de survivre. L’eau est arrivée à mes pieds, même si j’étais sur une saillie. Le guide et le médecin m’ont crié de grimper immédiatement et ils ont dit à ceux qui étaient au-dessous de courir ».

Selon lui, il était « impossible » de rattraper ceux qui ont été emportés par le courant. « Si j’étais resté plus bas un peu plus longtemps, j’aurais été balayé moi aussi », a-t-il affirmé.

Ceux qui n’avaient pas été touchés par les eaux de la crue se sont alors mis en hauteur. Certains ont tenté d’appeler les secours avec leurs téléphones portables tandis que d’autres ont commencé à chercher ceux qui avaient disparu. « Peut-être qu’ils avaient pu s’accrocher à quelque chose », a raconté l’adolescent, se souvenant de la pensée qui lui avait alors traversé l’esprit.

les secouristes près de l’endroit où 10 jeunes Israéliens ont été emportés par les dans le lit de la rivière Tzafit, près de la mer Morte dans le sud d’Israël, le 26 avril 2018. (Maor Kinsbursky / Flash90)

« On a crié leurs noms parce qu’on pensait que peut-être, l’un d’entre eux était encore là, mais personne n’a répondu. Il n’y avait que ce courant d’eau immense qui transportait des pierres, avec ces vagues et ces tourbillons ».

Un important nombre de secouristes a été rapidement déployé sur les lieux pour venir en aide au groupe. Il était toutefois trop tard pour les dix jeunes portés-disparus.

Orgad Cohen, un ambulancier, a déclaré à Hadashot dans la nuit de vendredi que l’expérience de la prise en charge de ces victimes d’inondations avait été l’une des plus dures de toute son existence.

« Un autre hélicoptère se pose, et un autre hélicoptère se pose, et on commence à recevoir ces adolescentes de 18 ans sans aucun signe de vie. Ça a été une vision très, très difficile », a-t-il dit.

« En tant que professionnel, on connaît bien tout ça mais cette fois, ça a été réellement dur. En tant… qu’homme ayant une famille, voir des gamines dans un tel état. Je ne souhaite ceci à personne ».

Malgré les conséquences de l’excursion, que l’académie avait décidé de maintenir malgré de nombreuses mises en garde faisant état de crues soudaines dans la zone, le jeune survivant a recommandé d’attendre avant de désigner trop vite d’éventuels fautifs.

Il a expliqué que les personnels de l’académie avaient indiqué avoir fait les vérifications suffisantes auprès des autorités concernées. « On attendait la pluie seulement à partir de 15 heures et nous étions en train de faire le parcours à 13 heures. Les membres de l’académie avaient dit que s’il pleuvait, on irait ailleurs et sûrement pas au devant d’une inondation ».

Montage photo des 9 des 10 victimes d’une inondation soudaine dans le sud d’Israël le 27 avril 2018 : Ilan Bar Shalom (en haut à gauche), Shani Shamir (en haut, au centre), Agam Levy (en haut à droite), Romi Cohen ( milieu, gauche), Tzur Alfi (milieu, centre), Ella Or (milieu, droite), Gali Balali (bas, gauche), Maayan Barhum (bas, centre), Yael Sadan (bas, droite) (Crédit : Autorisation Facebook)

« On ne peut pas tirer encore de conclusion. On commence à faire des reproches à l’académie mais ce n’est pas juste et on devrait laisser la police faire son travail et enquêter. Je ne sais pas qui est à blâmer et personne ne le sait ».

La police a arrêté vendredi le principal de l’académie et le guide, soupçonnés d’homicide par négligence.

Un autre adolescent qui a survécu à la tragédie a déclaré à la Dixième chaîne depuis son lit d’hôpital du centre médical Soroka de Beer Sheva qu’il s’était accroché à une branche d’arbre et qu’il avait manqué être balayé.

Les responsables de l’hôpital ont déclaré à la chaîne que 13 des 25 jeunes de la randonnée avaient été pris en charge pour des blessures légères à modérées, notamment pour hypothermie.

Le vice-directeur de Soroka, le professeur Yochanan Pfizer, a expliqué que l’hôpital offrirait un soutien psychologique aux adolescents survivants.

« L’aspect psychologique d’un tel événement est significatif. Nous avons une équipe de travailleurs sociaux et de psychologues qui accompagnent ces blessés », a-t-il précisé.

Neuf jeunes filles et un jeune garçon ont été tués lors de ces inondations à la rivière Tzafit River, un chemin de randonnée prisé le long d’un lit de rivière au sud de la mer Morte.

Les dix victimes étaient Shani Shamir, de la ville de Shoham, dans le centre du pays ; Ella Or, originaire de Maale Adumim ; Maayan Barhum et Yael Sadan qui habitaient Jérusalem; Tzur Alfi, le seul garçon, de la ville de Mazkeret Batya, dans le centre d’Israël ; Agam Levy, de Hérout, également dans le centre d’Israël ; Romi Cohen de Maor, à proximité de Hadera; Gali Balali de Givatayim, un faubourg du sud de Tel Aviv ; Adi Raanan, de Mikhmoret, un moshav du nord du pays ; et Ilan Bar Shalom, originaire de Rishon Lezion.

Sept des neufs adolescents ont été enterrés vendredi et les trois derniers devraient être inhumés dimanche.

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