La police enquête sur les failles dans l’organisation de la randonnée meurtrière
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Tragédie de Nahal Tzafit

La police enquête sur les failles dans l’organisation de la randonnée meurtrière

Le principal et un instructeur de l'académie prémilitaire affirment avoir consulté l'agence météorologique et auraient dit aux parents que l'excursion avait été autorisée

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Les amis et la familles près de la tombe d'Ella Or au cours de ses funérailles à Mishor Adumim après sa mort, aux côtés de neuf autres adolescents, causée par une crue soudaine. Photo prise le 27 avril 2018 (Crédit :   Yonatan Sindel/Flash90)
Les amis et la familles près de la tombe d'Ella Or au cours de ses funérailles à Mishor Adumim après sa mort, aux côtés de neuf autres adolescents, causée par une crue soudaine. Photo prise le 27 avril 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La police israélienne enquête pour établir si les organisateurs d’une randonnée qui a entraîné la mort de 10 adolescents jeudi, lors d’une crue soudaine, auraient menti aux participants sur la sécurité de ce parcours dans le désert qu’ils voulaient emprunter ainsi que sur la coordination – ou l’absence de coordination – avec les autorités concernées, a appris le Times of Israel.

La police a arrêté vendredi le directeur de l’académie prémilitaire de Bnei Zion et le guide de l’excursion qui sont accusés d’homicide par négligence, après qu’une randonnée arrangée par cette institution de Tel Aviv a tourné au drame à cause des pluies torrentielles.

Les deux hommes ont été interrogés dans la nuit de jeudi à vendredi, après qu’il n’ont pas tenu compte des mises en garde faisant état de potentielles inondations au sud de la mer Morte et n’ont pas annulé l’excursion, a indiqué la police. Un troisième suspect a également été placé en détention puis assigné à résidence.

En prolongeant de cinq jours la détention provisoire du principal Yuval Kahan et du guide Aviv Bradichiv dans l’après-midi de vendredi, le juge de la cour des magistrats de Eitan Gonen a fait allusion aux tentatives de dissimuler des informations portant sur la planification de la randonnée, disant qu’il y a eu des « contradictions dans les versions des événements » données par les deux hommes.

Des gens à l’entrée de l’académie prémilitaire Bnei Tzion de Tel Aviv après la mort de dix jeunes entraînée par des inondations lors d’une randonnée organisée par l’institution dans le désert de Judée, le 26 avril 2018 (Crédit : Tomar Neudberg/Flash90)

Selon un reportage de Hadashot diffusé vendredi soir, les deux responsables avaient indiqué à la police avoir consulté une agence de prévisions météo avant de mettre en place l’excursion. Ils ont également pris conseil, de manière informelle, auprès d’un ancien élève de l’académie devenu météorologue au sein des forces aériennes israéliennes.

Les deux suspects étaient apparemment bien conscients de la météo problématique dans les jours qui ont précédé la randonnée et avaient changé l’itinéraire de l’excursion à deux occasions en raison des prévisions de pluies et d’inondation. Ils avaient évalué que le chemin que le groupe devait emprunter resterait sûr jusqu’à jeudi 15 heures.

Les 10 personnes mortes lors de ces inondations faisaient partie d’un groupe de 25 lycéens qui participaient à une randonnée organisée par l’académie. Ils devaient commencer le programme l’année prochaine et cette excursion avait pour objectif de leur permettre de tisser les premiers liens. Neuf des dix dépouilles des adolescents ont été retrouvées dans l’après-midi et dans la soirée de jeudi et la dixième a été découverte vendredi aux premières heures de la matinée.

Montage photo des 9 des 10 victimes d’une inondation soudaine dans le sud d’Israël le 27 avril 2018 : Ilan Bar Shalom (en haut à gauche), Shani Shamir (en haut, au centre), Agam Levy (en haut à droite), Romi Cohen ( milieu, gauche), Tzur Alfi (milieu, centre), Ella Or (milieu, droite), Gali Balali (bas, gauche), Maayan Barhum (bas, centre), Yael Sadan (bas, droite) (Crédit : Autorisation Facebook)

S’adressant vendredi après-midi au Times of Israel, le parent d’un lycéen, qui, à la dernière minute, n’a pas pris part à l’excursion, a expliqué que la police s’efforçait de déterminer pourquoi les organisateurs avaient envoyé un message avant l’excursion disant que cette dernière avait été autorisée « avec les autorités concernées ».

Cette randonnée dans la rivière Tzafit, un lit de rivière situé dans le sud du secteur de la mer Morte, a eu lieu malgré les mises en garde contre des conditions météorologiques menaçantes.

Mais dans un message envoyé aux participants via WhatsApp avant le voyage, les organisateurs avaient assuré aux participants qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.

Ils avaient insisté sur le fait que la randonnée serait « amusante et pluvieuse, une expérience ». Ils avaient recommandé aux lycéens d’amener « un manteau de pluie », une « housse étanche pour vos sacs » et des « vêtements secs si vous devez vous changer ».

« Ne vous inquiétez pas », disait encore le message. « Nous sommes bien préparés pour cette excursion et l’académie a fait les vérifications préalables auprès des autorités concernées ».

Le parent, qui a demandé à ne pas être identifié en raison du caractère sensible du dossier, a ajouté que la police avait demandé à son fils si les organisateurs avaient donné des détails concernant ces contrôles présumés de sécurité. L’excursion avait été programmée par les membres actuels du programme âgés de 19 ans et les enquêteurs veulent établir qui l’identité de la personne qui aurait contacté les autorités : Bradichiv, les organisateurs adolescents ou les membres du personnel de Bnei Zion, notamment Kahan.

Yuval Kahan (Crédit : Facebook)

« On lui a demandé s’il était possible que quelqu’un de plus haut-placé [dans l’académie] ait dit aux guides [de 19 ans] que les vérifications avaient été faites », a poursuivi le parent.

« Aucun contrôle n’a été effectué. Et la question est : Qui a menti ? », s’est interrogé le parent, ajoutant que la police avait demandé à voir tous les messages envoyés par les organisateurs avant la randonnée.

« Les messages semblent être un facteur essentiel de l’enquête », a estimé le parent.

La chaîne Hadashot a annoncé vendredi soir que les organisateurs de l’excursion ont affirmé avoir consulté des experts et notamment des météorologues. Ils auraient modifié le parcours prévu pour la randonnée conformément aux conseils reçus et il leur aurait été garanti que le groupe n’emprunterait aucune zone susceptible d’être dangereuse et saurait éviter des crues soudaines.

Les bénévoles du service de secours ZAKA transportent les corps des adolescents israéliens tués lors d’une crue subite à proximité de la mer Morte, le 26 avril 2018 (-Crédit : ZAKA)

Le père de Romi Cohen, l’une des victimes, a déclaré que la famille demanderait des réponses mais qu’elle se concentrait pour le moment sur son deuil.

« Il est manifeste que l’organisation [de la randonnée] a été un fiasco », a dit Ofer Cohen. « Il y a eu une catastrophe d’ampleur. Les vies de 10 familles ont été détruites. Les familles méritent des réponses face à cette débâcle. C’était écrit ».

Il a expliqué que lui et les autres parents n’avaient pas connaissance des plans exacts de l’excursion et que lorsqu’ils avaient entendu les prévisions météo, ils avaient tenté de faire annuler la randonnée – sans succès.

Suite à la tragédie, une querelle a éclaté entre les ministères de l’Education et de la Défense pour déterminer le responsable final de la supervision de l’excursion organisée par l’académie, les deux instances gouvernementales finançant cette dernière.

Le ministère de la Défense a insisté sur le fait que les activités de l’académie relevaient de la responsabilité du ministère de l’Education.

« Par la loi, le ministère de l’Education est responsable de l’approbation des programmes d’éducation pour les programmes préparatoires prémilitaires. Le ministère de la Défense n’est pas responsable des programmes d’enseignement, en particulier des randonnées », a indiqué le ministère dans un communiqué.

Le ministère de la Défense a déclaré qu’il était « attristé par le fait que l’instance responsable ne prenne pas ses responsabilités en les transférant à une autre ».

Le ministère de l’Education a annoncé ne pas avoir été informé de cette excursion en amont et ne pas l’avoir approuvée.

« Ce voyage ne nous a pas été rapporté, notre salle de situation n’a pas été avertie au préalable et nous n’avons accordé aucune permission à une telle excursion », a dit le ministère dans une déclaration.

La « salle de situation » du ministère est un bureau qui ne se consacre qu’au contrôle et à l’approbation des excursions scolaires. Toutefois, dans la mesure où Bnei Zion est une institution privée et qu’elle n’entre pas dans le cadre du système d’éducation d’Etat, elle n’est pas obligée d’obtenir d’une approbation du centre.

Une voiture traverse une piste inondée à travers une vallée le long de la mer Morte, à proximité de la forteresse du désert de Masada, suite aux pluies torrentielles du 25 avril 2018 (Crédit : AFP Photo/Menahem Kahana)

Dani Zamir, président du Conseil des académies prémilitaires, a déclaré pour sa part que la randonnée n’avait pas été placée sous les auspices du ministère de l’Education et du ministère de la Défense et qu’il n’était pas anormal qu’une telle excursion soit organisée sans autorisation préalable.

« Oui, il est possible de dire qu’une randonnée telle que celle-ci passe à travers des failles réglementaires », a expliqué vendredi Zamir. « C’est loin d’être idéal mais c’est la situation actuelle ».

La police a confirmé au Times of Israel que l’enquête se concentrait sur les personnes responsables de cette décision désastreuse de maintenir l’excursion malgré les avertissements météorologiques.

« Les enquêteurs s’intéressent à ceux qui ont coordonné l’excursion, à ceux qui étaient responsables et qui ont décidé dans quels secteurs ils allaient se rendre », a indiqué le porte-parole de la police Micky Rosenfeld. « En général, un certain nombre d’éléments différents sont explorés, notamment la manière de décider de la destination choisie pour la randonnée et des mesures de sécurité qui seront prises en compte ».

Rosenfeld a confirmé que les participants ont été interrogés par la police et a déclaré qu’il était probable que l’investigation s’étende à des parents de participants.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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