Nouvelle nuit de combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais, aucune trêve en vue
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Nouvelle nuit de combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais, aucune trêve en vue

À l'aube d'un cinquième jour d'affrontements, aucun camp ne semblait avoir gagné un avantage décisif sur l'autre

Une maison qui aurait été endommagée par de récents bombardements lors des combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet de la région séparatiste du Haut-Karabakh, à Zorocuq dans le district de Füzuli, en Azerbaïdjan, le 30 septembre 2020. (TOFIK BABAYEV / AFP)
Une maison qui aurait été endommagée par de récents bombardements lors des combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet de la région séparatiste du Haut-Karabakh, à Zorocuq dans le district de Füzuli, en Azerbaïdjan, le 30 septembre 2020. (TOFIK BABAYEV / AFP)

Arméniens et Azerbaïdjanais sont restés sourds à de nouveaux appels à la trêve, échangeant toute la nuit des tirs par-delà la ligne de front au Nagorny Karabakh, territoire azerbaïdjanais séparatiste soutenu par Erevan.

Stepanakert, capitale de cette république autoproclamée, est restée plongée dans le noir pour se rendre aussi invisible que possible aux drones azerbaïdjanais qui avaient frappé la ville dimanche. Située à une vingtaine de kilomètres des combats, deux explosions y ont retenti dans la nuit de mercredi à jeudi.

À l’aube d’un cinquième jour d’affrontements, aucun camp ne semblait avoir gagné un avantage décisif sur l’autre. Les forces azerbaïdjanaises disent cependant depuis plusieurs jours avoir pris des positions arméniennes qui étaient tenues depuis près de 30 ans.

Le Nagorny Karabakh, en majorité peuplé d’Arméniens, a fait sécession de l’Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30 000 morts. Le front est quasi-gelé depuis, malgré des heurts réguliers, notamment en 2016.

Sur cette image extraite d’une vidéo publiée par le ministère arménien de la Défense, les forces arméniennes détruisent un véhicule militaire azerbaïdjanais sur la ligne de contact de la République autoproclamée du Haut-Karabakh, en Azerbaïdjan, le 27 septembre 2020. (Ministère de la Défense arménien via AP)

« Tirs dévastateurs »

Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a indiqué jeudi « que toute la nuit, des tirs d’artillerie dévastateurs ont visé les forces arméniennes ».

L’armée du Karabakh affirme elle avoir empêché l’Azerbaïdjan « de regrouper ses troupes », ajoutant que « la situation tactique n’a pas changé ».

Depuis le début des hostilités dimanche, seuls des bilans partiels sont communiqués, faisant état au total de 127 morts.

Du côté arménien, on a annoncé 104 soldats et 8 civils tués, tandis que Bakou se refuse à communiquer des bilans militaires mais a annoncé la mort de 15 civils.

Les deux camps affirment avoir infligé à l’autre des centaines de pertes humaines. Et chacun diffuse des vidéos à cet effet, comme celle mercredi d’un drone azerbaïdjanais frappant un camion de transport de troupes chargeant des soldats, ou celles arméniennes montrant de nombreux corps allongés en rang en uniforme adverse.

Les appels à une trêve se sont multipliés jusque tard dans la nuit de mercredi à jeudi, à l’instar des présidents russe Vladimir Poutine et français Emmanuel Macron, deux des trois co-présidents avec les Etats-Unis du Groupe de Minsk de l’OSCE qui, depuis 1992, est le médiateur au Nagorny Karabakh.

Les deux dirigeants réclament de « cesser complètement le feu et, dès que possible, faire baisser les tensions », selon un communiqué du Kremlin.

Plus tôt, Moscou avait proposé d’accueillir « une rencontre des chefs des diplomaties de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie et de la Russie ».

Mais mercredi, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian ont réaffirmé leur détermination à combattre.

Après avoir rendu visite à des militaires blessés dans un hôpital, martial, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a ainsi juré de poursuivre la lutte jusqu’au « retrait total, inconditionnel et sans délai » des forces arméniennes.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a quant à lui fermé la porte à des négociations dans la matinée, jugeant « inapproprié » d’évoquer un éventuel sommet de la paix « alors que des combats intenses sont en cours ».

Dans leurs capitales respectives, c’était la ferveur devant les centres de mobilisation militaire, où les hommes en âge de combattre se pressaient pour aller au front.

La Russie, puissance régionale qui entretient des relations cordiales avec les deux républiques ex-soviétiques, s’est montrée de plus en plus inquiète du rôle de la Turquie, concurrent géopolitique mais avec qui elle a des relations pragmatiques.

Des soldats arméniens posent près d’une ligne de front dans le Haut-Karabakh, en Azerbaïdjan, le 6 avril 2016. (Karo Sahakyan / PAN via AP)

Longue guerre

Moscou a ainsi reproché Ankara de « jeter de l’huile sur le feu » en encourageant Bakou dans son offensive.

Et mercredi soir, sans pointer directement du doigt la Turquie, la diplomatie russe s’est dite « très préoccupée » du déploiement dans le conflit du Karabakh de « terroristes et de mercenaires étrangers » venant de « Syrie et de Libye », deux terrains où Ankara est actif militairement avec ses alliés locaux.

L’Arménie avait déjà accusé la Turquie, qui soutient Bakou, d’envoyer des « mercenaires » au Karabakh. L’Azerbaïdjan et la Turquie ont démenti, retournant l’accusation contre Erevan.

Pour le dirigeant du Nagorny Karabakh, Araïk Haroutiounian, les hostilités en cours diffèrent des années précédentes, du fait d’une participation turque au conflit.

L’ingérence militaire d’Ankara n’est pas établie, seule l’Arménie l’affirmant jusqu’ici, accusant la Turquie d’avoir déployé ses avions F-16, de fournir des pilotes de drones et des spécialistes militaires.

« La Turquie va être déçue et échouer. Notre peuple est héroïque et notre jeunesse est prête à se sacrifier pour protéger la mère patrie », a dit M. Haroutiounian, prédisant « une longue guerre ».

Une intervention militaire directe turque constituerait un tournant majeur et une internationalisation du conflit, un éventuel scénario catastrophe, dans une région où de nombreuses puissances sont en concurrence.

« Nous sommes près d’une guerre à grande échelle, peut-être même à l’échelle régionale », s’inquiète l’analyste Olesya Vartanyan, de l’International Crisis Group.

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