Paris 13 : 8 étudiants suspectés d’injures antisémites risquent l’exclusion
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Paris 13 : 8 étudiants suspectés d’injures antisémites risquent l’exclusion

Ils seront jugés par l'instance disciplinaire de l'université en janvier. Une étudiante avait porté plainte contre eux en octobre pour injures antisémites et harcèlements

Entrée de la faculté de médecine de Créteil en 2012 (Crédit: capture d'écran facdemedecinecreteil/Youtube)
Entrée de la faculté de médecine de Créteil en 2012 (Crédit: capture d'écran facdemedecinecreteil/Youtube)

Huit étudiants en médecine ont été entendus une première fois par la section disciplinaire de l’université Paris 13 après qu’une étudiante a porté plainte pour injures antisémites et harcèlements.

Ils seront entendus une deuxième fois en janvier par la section « en session plénière » qui devra alors « prononcer un jugement » indique la présidence de Paris 13, citée par Le Parisien.

Ces étudiants risquent l’exclusion de l’université.

Au-delà des sanctions disciplinaires, les 8 étudiants font l’objet d’une enquête, confiée à la sûreté départementale de Seine-Saint-Denis.

Le 20 octobre dernier, l’étudiante de deuxième année de médecine a porté plainte pour injures antisémites proférées par d’autres étudiants de son université Paris-13 Villetaneuse – Bobigny – Saint-Denis.

La jeune fille de 20 ans a raconté avoir fait l’objet de harcèlements à caractère antisémite de la part d’un groupe d’élèves de l’université, notamment dans le cadre de la préparation du week-end d’intégration de la fac de médecine, selon des informations révélées par Europe 1.

« Dès le début, j’ai expliqué que ça me blessait, j’ai dit qu’on ne pouvait pas rire de la Shoah, mais on est passé des blagues sur la Shoah à des saluts hitlériens, puis on invente un jeu qui s’appelle le ‘freespa’ [contraction de frisbee et kippa], le lancer de kippa qu’on jette par terre ».

Devant ses protestations, la jeune étudiante se retrouve ostracisée, et menacée d’être « trashée » lors du prochain week-end d’intégration.

Dans la même veine, ces étudiants proposent de baptiser ce week-end d’intégration « ‘bob Auschwitz 2019’ (bob désignant le week-end d’intégration, explique Europe 1), ‘bob-rafle 2019’, ‘bob [nom de famille de l’étudiante] 2019’, ‘beau juif et boboche’, ‘les nazis contre les juifs’, avec une photo d’un étudiant juif brûlant dans les flammes ».

Soutenue par « une poignée d’amis » et la direction, elle est désormais vue comme « traître » et « cancer » de la promotion par d’autres.

Elle affirme avoir eu « besoin de dénoncer cette banalisation de l’antisémitisme et cette acceptation sous couvert du second degré et de l’humour noir, comme si c’était normal ».

Ces faits « sont profondément inacceptables », avait réagi la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, dans un communiqué publié le 29 octobre.

Elle avait « salué le fait que l’université Paris-13 ait pris les décisions qui s’imposaient dès que les faits ont été connus ».

Le sociologue Daniel Verba, vice-président de l’université basée à Villetaneuse, a été nommé, à la rentrée, référent « racisme, antisémitisme et homophobie ». C’est lui qui suit le dossier de l’étudiante victime d’injures et de harcèlements.

Daniel Verba, Paris. Daniel Verba, vice-président de l’Université Paris-13 et référent racisme antisémitisme et homophobie (Crédit: capture d’écran Bobigny Egalité/Youtube)

Il explique dans les colonnes du Parisien que le problème de l’antisémitisme n’est pas plus ancré à Paris 13 que dans d’autres universités : « Il faut se garder de corréler la surreprésentation d’étudiants musulmans à Paris 13 avec l’affaire de Bobigny. Il m’arrive en effet de croiser des étudiants portant la kippa dans les couloirs de la fac de médecine. A ma connaissance, cela ne pose pas de problème particulier ».

Selon lui, « Jusqu’à la fin des années 1970, ‘le Juif’ était la figure emblématique de l’opprimé. Depuis le conflit israélo-palestinien, les juifs, par amalgame, sont passés, dans les représentations collectives, du côté des oppresseurs et des colons. Etre juif, dans le discours antisémite, c’est être riche, puissant et conspirateur… »

Ces faits de harcèlement présumés viennent allonger la liste des délits similaires commis depuis le début d’année dans des établissements d’enseignements supérieurs, et à propos desquels la ministre de l’Enseignement supérieur Fréderique Vidal a déclaré récemment qu’il « n’y a rien d’anodin sur la question du racisme et de l’antisémitisme ».

Devant la recrudescence des actes racistes et antisémites Frédérique Vidal avait décidé le 23 octobre dernier de faire un bilan d’étape du plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme lancé en mars dernier, aux côtés des principaux acteurs de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Et ce, suite « à la multiplication des tags, graffitis, et expressions antisémites ces dernières semaines dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur ».

Le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme prévoit le renforcement du réseau des référents racisme antisémitisme dans les établissements d’enseignement supérieur. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, un référent est désormais présent depuis la rentrée dans chaque université.

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