Rechercher

Pays-Bas: Les universités veulent connaître les liens entre leurs employés et Israël

Cette demande, qualifiée d'antisémite par les groupes juifs, survient suite à une requête d'un groupe propalestinien dans le cadre d'une loi sur la liberté de l'information

L'ex-Premier ministre Dries van Agt accueille un journaliste à son domicile de  Nijmegen, aux Pays-Bas, le 6 avril 2008. (Crédit : Cnaan Liphshiz)
L'ex-Premier ministre Dries van Agt accueille un journaliste à son domicile de Nijmegen, aux Pays-Bas, le 6 avril 2008. (Crédit : Cnaan Liphshiz)

JTA — Les administrateurs de plus d’une dizaine d’universités néerlandaises ont donné pour instruction à leurs personnels d’établir en toute transparence leurs interactions avec des organisations israéliennes et juives – une décision qui, selon les critiques, est antisémite.

Cet ordre donné aux employés suit une requête transmise le mois dernier par le Forum des droits, un groupe de défense pro-palestinien, qui a été transmise aux bureaux de multiples universités. Ces dernières ont fait savoir qu’elles étaient prêtes à rassembler ces informations dans la mesure où la demande du groupe a été certifiée en tant que requête WOB – une requête agréée par les procureurs du pays dans le cadre d’une loi sur la liberté de l’information qui a été adoptée en 2011 et dont le caractère est contraignant pour les organisations publiques ou financées par l’État.

Il est difficile de dire si les universités répondront pleinement à cette requête en transmettant ces informations au Forum des droits.

Dans la demande soumise, Gerard Jonkman, directeur du Forum, note qu’il réclame – conformément aux dispositions d’une requête WOB – tout document ou information sur « les liens institutionnels avec les universités, les institutions et les entreprises israéliennes, et avec les organisations qui prônent le soutien à l’État d’Israël ».

Parmi les dizaines d’entités citées par Jonkman figurent Elbit, fabricant d’armes et de systèmes de défense israélien, le groupe Chrétiens pour Israël et une association de droite pro-israélienne juive néerlandaise.

Toutefois, la liste comprend aussi des organisations juives mainstream des Pays-Bas et au-delà qui ne se définissent pourtant pas comme Israéliennes ou comme œuvrant exclusivement sur la question israélienne.

Ces groupes comprennent l’ADL (Anti-Defamation League), le bureau central Juif des Pays-Bas, l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance), Bnai Brith et même le bureau du coordinateur national dans la lutte contre l’antisémitisme du gouvernement – un bureau qui est dirigé par Edo Verdonner, qui est Juif.

Les informations diffusées par NIW, l’hebdomadaire juif néerlandais, et par d’autres publications au sujet de cette liste ont entraîné des condamnations fortes de la part des groupes juifs et des leaders communautaires qui se sont insurgés contre le Forum des droits. Le groupe avait été cofondé par Dries van Agt, ancien Premier ministre des Pays-Bas qui avait souvent été accusé d’aider à propager des idées antisémites (cela avait été notamment le cas en 2017 où il avait été mis en cause par le Bureau central juif des Pays-Bas), même s’il ne cesse d’affirmer que ces accusations n’ont pour seul objectif que de le dissuader de critiquer Israël.

« Il y a une interférence claire qui laisse entendre qu’une cabale opaque de la part des Juifs et des Sionistes est en cours dans les universités néerlandaises. Cela pue l’antisémitisme – mais ce n’est pas une surprise pour moi au vu de la réputation de ce groupe », a commenté dans une déclaration le grand rabbin des Pays-Bas, Binyomim Jacobs, dans la journée de mercredi.

« Ce qui m’inquiète réellement, c’est le nombre d’universités qui se sont conformées de cette manière à une demande si clairement, si nettement antisémite. Cela nous rappelle que la grande majorité des maires avaient coopéré, pendant l’occupation, en transmettant les noms des citoyens Juifs aux Allemands », a-t-il continué.

Le Forum des droits n’avait pas répondu à une demande de commentaire de JTA en réponse aux critiques au moment de l’écriture de cet article

Van Agt, avait récemment déclaré que les habitants israéliens d’implantations avaient « empoisonné » leurs voisins palestiniens en 2015. Les Juifs des Pays-Bas avaient été révoltés, affirmant qu’il ne faisait que perpétuer la dite « accusation de sang » antisémite, vieille de plusieurs siècles.

Il avait comparé Israël à l’Allemagne nazie en 2008 et pris la parole lors d’un rassemblement à Rotterdam au cours duquel un discours télévisé du leader du groupe terroriste palestinien du Hamas avait été diffusé.

Van Agt avait également dit que les Juifs auraient « dû avoir des terres » en Allemagne plutôt qu’en Israël. En 2017, il avait salué le Parti travailliste néerlandais qui « fait preuve de bonté à l’égard des Palestiniens malgré le fort lobby juif » dans ses rangs, selon le Bureau central juif des Pays-Bas, ou CJO. En tant que ministre de la Justice, dans les années 1970, il avait avancé ses racines « aryennes » pour expliquer sa décision de gracier quatre criminels de guerre nazis pour des raisons de santé.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...