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Plagiat de Fillon : Le Pen “assume totalement”

La candidate du FN avait repris mot pour mot de larges pans d'un discours de son ancien rival - sauf pour "le nazisme et le stalinisme"

Marine Le Pen, candidate du FN, pendant son grand meeting de l'entre-deux tours au Parc des Expositions de Villepinte, le 1er mai 2017. (Crédit : Alain Jocard/AFP)
Marine Le Pen, candidate du FN, pendant son grand meeting de l'entre-deux tours au Parc des Expositions de Villepinte, le 1er mai 2017. (Crédit : Alain Jocard/AFP)

La candidate d’extrême droite à la présidentielle française, Marine Le Pen, assume « totalement » d’avoir repris lundi, sans le citer, de larges pans d’un discours du conservateur François Fillon, évoquant un « clin d’œil » aux électeurs du candidat de la droite éliminé au premier tour.

« J’assume totalement ce clin d’œil et puis ce buzz, disons-le, puisqu’il n’y a que ça qui vous fait courir », a déclaré mardi Le Pen sur TF1. « Du coup, c’est pas mal, parce que ce discours, il a été entendu des centaines de fois », a-t-elle ironisé.

« Nous avons avec les électeurs de François Fillon, c’est vrai, en partie la même vision de la France, de sa grandeur, du rôle qu’elle doit avoir dans le monde », a ajouté la candidate, donnée perdante dimanche face au centriste Emmanuel Macron et qui cherche en cette fin de campagne à convaincre les déçus du premier tour, les indécis et les abstentionnistes.

Lors d’un discours devant des milliers de personnes lundi, la candidate a repris pratiquement mot pour mot de larges pans d’un discours de François Fillon (20 % de voix au premier tour) datant de la mi-avril, un plagiat dénoncé par le parti de droite Les Républicains comme une « grossière » tentative d’ « acheter » les électeurs.

Interrogée sur TF1 sur le côté « un peu cavalier » du procédé, Le Pen a répondu : « si je ne l’avais pas fait, vous n’en auriez pas parlé. On vous connaît tellement bien, on sait comment ça marche », a-t-elle ajouté dans une critique des médias.

Le discours de Villepinte du 1er mai de la candidate d’extrême droite, « c’est pas un plagiat », c’est « un clin d’œil assumé, un petit emprunt », a assuré le secrétaire général du FN Nicolas Bay, tentant de retourner la situation dont se gaussent nombre d’internautes depuis lundi soir.

Vice-président du FN, Louis Aliot a également évoqué un « clin d’œil » envers les électeurs de François Fillon car « avec une partie de la droite, on a exactement la même vision de l’identité de la nation et de l’indépendance nationale ».

Une vidéo a été diffusée lundi soir par le compte Twitter @ridiculetv montrant de manière simultanée 90 secondes quasi identiques des deux discours, mais il y a au moins quatre passages similaires, ce qui semble être du jamais vu à l’occasion d’une présidentielle. @ridiculetv est, selon le site BuzzFeed News, un compte pro-Fillon.

Marine Le Pen a prononcé les mêmes mots que le candidat LR dans son discours du Puy-en-Velay le 15 avril sur les « frontières terrestres » de la France, la vigueur de la langue française et une troisième voie « française » pour le XXIe siècle, « la voie de la culture, du doute, de la discussion, du compromis, du dialogue, la voie de l’équilibre, de la liberté des individus et des peuples ». Petite nuance : pour Fillon, c’est une alternative au nazisme et au stalinisme quand Le Pen y voit une alternative au « mondialisme » et à « l’idéologie islamiste ».

François Fillon, député français et candidat à la primaire de la droite et du centre pour les élections présidentielles françaises de 2017, sort de l'isoloir d'un bureau de vote de Paris, pour le second tour de l'élection, le 27 novembre 2016. (Crédit : Eric Feferberg/Pool/AFP)
François Fillon, député français et candidat à la primaire de la droite et du centre pour les élections présidentielles françaises de 2017, sort de l’isoloir d’un bureau de vote de Paris, pour le second tour de l’élection, le 27 novembre 2016. (Crédit : Eric Feferberg/Pool/AFP)

Enfin, Marine Le Pen cite, comme l’avait fait François Fillon il y a quinze jours, deux mêmes phrases de Georges Clemenceau et d’André Malraux.

D’après le porte-parole de Le Pen, David Rachline, « ce clin d’œil, je crois, était apprécié, y compris par les électeurs de M. Fillon ».

Mais Damien Abad, ancien porte-parole du candidat de la droite, s’est inscrit en faux mardi sur BFMTV : « Les électeurs de François Fillon ne sont pas dupes, ils ne se feront pas acheter parce qu’on copie des parties du discours de leur candidat. »

De la part de Le Pen, « ce n’est absolument pas un hommage, c’est du pillage grossier, c’est grotesque, et c’est la preuve que le Front national n’a pas de colonne vertébrale », a critiqué le député.

L’ex-député européen et essayiste Paul-Marie Coûteaux, ancien allié de Marine Le Pen, a affirmé être l’inspirateur de l’origine commune de ces passages.

« Il est bien (et significatif) que Marine Le Pen et François Fillon s’exprimant sur la vocation universelle de la France le fassent dans les mêmes termes » et « ces termes, d’inspiration gaulliste, sont ceux de mon ouvrage L’Europe vers la Guerre (1997) Nécessaire #UniondesDroites », a tweeté Coûteaux, qui avait soutenu le candidat de la droite au premier tour.

D’après RTL, il figure parmi les personnes qui ont « fourni des notes » à Marine Le Pen pour son discours de Villepinte.

Interrogé ensuite sur France Info, il a confirmé avoir livré des éléments à François Fillon mais pas à Marine Le Pen. « Je pensais que François Fillon avait un programme un peu difficile à avaler, pour cela je lui avais envoyé des éléments de discours il y a plusieurs mois, sans doute ces éléments ont-ils plu aux équipes de Marine Le Pen pour les avoir repris », a-t-il dit.

Sur BFMTV, Coûteaux a ensuite estimé que parler de plagiat était « excessif » car « les discours font partie du patrimoine commun », citant « Churchill qui a repris Clémenceau ». Il a dit qu’il n’avait « pas vu Marine Le Pen depuis plusieurs années ».

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