Israël en guerre - Jour 198

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Plus de 40 000 Israéliens manifestent pendant les débats sur la réforme judiciaire

Les manifestants ont bloqué des routes dans tout le pays ; les dirigeants de l'opposition refusent de négocier tant que la coalition n'aura pas interrompu le processus législatif

Des Israéliens participant à une manifestation de grande ampleur contre le projet de réforme du système judiciaire, près de la Knesset à Jérusalem, le 20 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des Israéliens participant à une manifestation de grande ampleur contre le projet de réforme du système judiciaire, près de la Knesset à Jérusalem, le 20 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des dizaines de milliers de manifestants opposés au projet du gouvernement de remanier radicalement le système judiciaire se sont rassemblés devant la Knesset lundi, alors que la coalition s’apprêtait à procéder à un premier vote sur un texte de loi essentiel pour étayer ce projet.

Des foules  se sont rassemblées à l’extérieur du Parlement en agitant des drapeaux bleus et blancs et en scandant « Dé-mo-cra-tie » pour demander au gouvernement de mettre fin à ses efforts visant à supprimer la plupart des contrôles judiciaires sur la législation et à affirmer un contrôle politique total sur la sélection des juges.

Près de deux mois d’âpres querelles entre partisans et adversaires de la réforme ont atteint leur paroxysme alors que les législateurs se préparaient à faire passer un élément central du projet de loi controversé – cimenter le contrôle du gouvernement sur les nominations judiciaires et limiter le contrôle de la Cour suprême sur les lois fondamentales – par un premier obstacle majeur à la Knesset.

S’adressant aux manifestants devant la Knesset, l’ancien ministre de la Justice et membre du Likud, Dan Meridor, a déclaré que son parti de toujours avait perdu sa voie.

« Au parti Likud, je dis : où êtes-vous allés ? » a demandé Meridor.

« Arrêtez avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il plaidé, avertissant le Premier ministre Benjamin Netanyahu qu’on se souviendrait de lui pour avoir « détruit » la démocratie israélienne.

Des Israéliens participent à une manifestation de grande ampleur contre le projet de réforme judiciaire, près de la Knesset à Jérusalem, le 20 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le vote et les protestations marquent le jour le plus fatidique à ce jour pour le projet controversé de refonte du système judiciaire poursuivi par le gouvernement de Netanyahu, le plus à droite de l’Histoire d’Israël.

S’exprimant lors d’une réunion de faction alors que le rassemblement se poursuivait, Netanyahu a dénoncé les leaders de la protestation mais a insisté sur le fait qu’un accord pouvait être trouvé sur le paquet de réformes judiciaires du gouvernement.

« Nous avons tous dit il y a six semaines qu’il était possible de dialoguer, mais il est impossible d’accepter les voyous », a déclaré Netanyahu au début d’une réunion de faction du Likud.

Néanmoins, Netanyahu a souligné que les votes de lundi devaient se dérouler comme prévu, malgré la demande du président Isaac Herzog d’arrêter le processus législatif afin que les parties puissent négocier sur la proposition de compromis qu’il a présentée la semaine dernière.

« Aujourd’hui, on votera, et j’espère que demain, la voie sera ouverte au dialogue. »

« Le peuple a fait son choix lors des élections et ceux qui les représentent ici à la Knesset exerceront leur droit de vote. C’est ce que l’on appelle la démocratie », a-t-il conclu.

Lundi matin, des manifestants ont bloqué des routes importantes dans tout le pays. Des milliers de parents et d’étudiants ont manifesté dans la matinée devant des écoles et des établissements d’enseignement dans tout le pays.

Des milliers d’Israéliens tiennent des pancartes et agitent le drapeau israélien alors qu’ils marchent dans les rues de Tel Aviv, pour protester contre le remaniement judiciaire prévu par le gouvernement israélien, le 20 février 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

Certains ont encerclé les maisons de plusieurs membres de la Knesset et ont tenté de les empêcher de partir, suscitant des condamnations non seulement du Premier ministre Benjamin Netanyahu et des membres de sa coalition – qui ont cherché à qualifier les manifestants d' »anarchistes » – mais aussi du chef de l’opposition Yair Lapid.

En réponse aux blocages routiers, notamment sur l’autoroute Jérusalem-Tel Aviv et près des tours Azrieli à Tel Aviv, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a procédé à une évaluation  » urgente  » de la situation dans un centre de commandement de la police à Jérusalem.

Une déclaration du cabinet de Ben Gvir a condamné les « anarchistes déchaînés » et de manifestations « hors de contrôle ».

« La liberté d’expression, oui ; l’anarchie, non », a asséné le ministre d’extrême droite. « Nous devons préserver ce qui fait la vie dans ce pays et ne pas permettre aux anarchistes de le paralyser. »

Les organisateurs de la manifestation avaient annoncé une « journée nationale de lutte », appelant à un grand rassemblement devant la Knesset et dans différentes villes.

Des Israéliens se pressent dans le train à Jérusalem pour se rendre à la manifestation, où des milliers de personnes sont attendues devant le parlement israélien pour protester contre les réformes juridiques prévues par le gouvernement israélien, le 20 février 2023. (Crédit : Flash90)

Pour cette deuxième semaine de mobilisation, des centaines de manifestants se pressés hors de la gare de Jérusalem.

Parmi eux se trouvent des réservistes et anciens réservistes, porteurs de banderoles revêtus de slogans tels que « frères d’armes ». C’est le cas de Yohanan Ittach, 69 ans, de Nirit.

« Je suis un guerrier. Face à mes ennemis. Pour mes valeurs. Et je me bats en ce moment pour mon pays », a-t-il confié à la sortie de la gare de Jérusalem, en route pour la manifestation.

« Je ne le fais pas pour moi, ma vie est terminée », adit le presque septuagénaire avec panache.

« C’est pour mes enfants et petits-enfants. »

Yohanan Ittach, un visage parmi les milliers de manifestants qui vont se rassembler devant la Knesset en signe d’opposition à la réforme judiciaire, en gare de Jérusalem, le 20 février 2023. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/Times of Israel)

Depuis les quais bondés des gares de Tel Aviv, des milliers de personnes ont afflué vers Jérusalem pour grossir les rangs des dizaines de milliers de manifestants.

L’une d’entre elles, Shiri, qui souhaite garder l’anonymat, a pris un nouveau jour de congé pour venir manifester, en ce jour de première lecture du projet de loi de réforme judiciaire par l’assemblée plénière de la Knesset.

« Non, je pense que cela ne changera rien », a dit Shiri à propos du projet destiné à donner le contrôle des nominations judiciaires au gouvernement et limiter l’examen par la Cour suprême des lois fondamentales, qui sera examiné par la Knesset aujourd’hui.

Néanmoins, « il faut continuer à manifester », a-t-elle ajouté, drapeau israélien à la main.

Comme tant d’autres parmi les manifestants, Shiri dit espérer que la pression de la rue aura pour effet d’assouplir les réformes, ou d’encourager « les forces modérées du Likud à élever la voix ».

Une dizaine de personnes, encerclées par une protection policière et chahutées par la majorité anti-réforme judiciaire près de la Knesset, ont tenu une contre-manifestation en face des foules.

« La Cour Suprême ne nous aide pas, elle nous piétine », a clamé l’un des manifestants dans un haut-parleur. « Elle détruit nos maisons. »

« Le peuple est souverain, le temps est venu pour vous d’arrêter de fouler aux pieds nos droits », a ajouté l’homme, affilié au mouvement nationaliste-religieux pro-implantation.

« La Cour Suprême est un dictateur, elle n’est en rien représentative de nos valeurs. »

Aux côtés des manifestants religieux se trouvent des laïcs, qui brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire : « La Cour Suprême est un dictateur ».

« Depuis la révolution judiciaire [dans les années 1990], en vertu de laquelle la Cour Suprême s’est mise à agir à sa guise, elle s’est érigée en souveraine non élue », explique Aharon, 37 ans, originaire de Tel Aviv.

« J’ai le sentiment, depuis des années déjà, que ce pays permet à des criminels de siéger à la Knesset », dit-il en parlant des députés arabes qui, selon lui, « agissent contre les dirigeants d’Israël ».

Aharon, qui est laïc et se dit de droite, ajoute que le processus de paix d’Oslo, le désengagement de Gaza et l’interdiction de l’expulsion des demandeurs d’asile africains illustrent également le pouvoir excessif de la Cour.

Lundi matin, un débat à la commission de la Constitution, du droit et de la justice de la Knesset a jeté les bases d’une journée tumultueuse. Les législateurs se sont livrés une fois de plus à des échanges virulents, à des récriminations, à des insultes et à des incivilités générales qui sont devenus la marque de fabrique des travaux de la commission ces dernières semaines, alors qu’elle passait en revue les différents éléments du plan de réforme judiciaire.

Le président de la commission de la Constitution, du Droit et de la Kustice de la Knesset, le député Simcha Rothman (au centre), lors d’une audience le lundi 19 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de la commission, le député Simcha Rothman, suivi plus tard par son adjoint, le député du Likud Hanoch Milwidsky, a expulsé de nombreux législateurs de l’audience au cours de ce débat de mauvaise humeur, y compris le député Hadash Ofer Cassif, qui a qualifié le député du Likud Ariel Kallner de « terroriste » après que Kallner ait qualifié Cassif d' »antisémite ».

Rothman a confirmé qu’une clause des projets de loi sur la réforme judiciaire stipulerait que la Haute Cour de justice ne serait habilitée à annuler une loi de la Knesset que si la loi en question viole « clairement » un ordre « inscrit » dans une loi fondamentale. Le conseiller juridique de la commission, Gur Blaï, a averti que cela laisserait certains droits fondamentaux non protégés, notamment l’égalité et la liberté d’expression, car ils ne sont pas spécifiquement ancrés dans une loi fondamentale.

Plus tôt dans l’audience de la commission, la députée du Likud Tally Gotliv, dont la maison avait été encerclée par des manifestants plus tôt lundi matin, a pris les manifestants à partie.

La députée Tali Gotliv lors d’une réunion de la Commission de la Constitution, du droit et de la justice, le 20 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ce sont des animaux ! Des prédateurs ! », a-t-elle hurlé. « On n’a pas le droit de venir à l’entrée d’une habitation, on n’a pas le droit de me dire que je ne suis pas autorisée à quitter ma maison – c’est le summum de l’anarchie. Vous ne toucherez pas au droit à la vie privée au nom d’un mouvement de protestation !  »

« Venir m’attendre chez moi, à 6 heures 10 du matin ! », a-t-elle répété, hors d’elle.

« S’il y avait eu des violences, je n’aurais pas pu me défendre », a-t-elle ajouté, les larmes aux yeux. « Les amis, détendez-vous ! »

Les membres de l’opposition qui ont assisté à la session de la communication ont également dénoncé la présence de manifestants aux abords de la maison de Gotliv – qui a été l’une des plus ferventes partisanes du projet de refonte du système judiciaire.

« Je condamne avec vigueur le blocage de la maison de la députée Tali Gotliv, dont la fille a des besoins particuliers et je condamne le fait que les manifestants ne l’ont pas laissée emmener sa fille à l’école », a écrit Lapid, dont la propre fille souffre de troubles du spectre autistique, sur Twitter.

« Ce n’est pas notre façon d’agir », a-t-il ajouté. « Ce n’est pas notre façon de mener notre mouvement de protestation. J’envoie de la force à Tali et j’embrasse sa fille ».

Netanyahu s’en est également pris avec fureur aux manifestants.

« Quand les manifestants empêchent les représentants publics de venir voter à la Knesset et qu’ils rendent malheureuse une enfant atteinte d’un trouble du spectre autistique, alors un mouvement de protestation n’est pas légitime », a-t-il déclaré.

« Les manifestants qui se gorgent du mot ‘Démocratie’ sont les mêmes qui mettent un point final à la démocratie en empêchant des représentants publics de bénéficier d’un droit fondamental dans une démocratie – le droit de vote », a ajouté Netanyahu.

« J’appelle la police à agir immédiatement et à permettre à tous les membres de la Knesset de venir au Parlement ».

Les manifestants ont aussi bloqué le logement du ministre de l’Éducation Yoav Kisch.

Huit personnes ont été arrêtées par la police aux abords des deux habitations.

La principale manifestation devant la Knesset devait être suivie d’une marche aux flambeaux depuis la place Agranat, les routes avoisinantes devant être fermées.

https://twitter.com/MatanGolanPhoto/status/1627526695539318784fc

Lapid a averti, lors de la réunion de sa faction Yesh Atid, qu’Israël ferait ses premiers pas vers un État non démocratique si la première partie du programme radical de réforme judiciaire du gouvernement était approuvée plus tard dans la journée.

« Le gouvernement soumet au vote deux lois visant à annuler la démocratie en Israël. Chaque tentative de dialogue, celle du président [Isaac] Herzog, de l’opposition, de la société civile et même des Américains, s’est heurtée à un refus total », poursuit Lapid, qualifiant de « mensongers » les appels au dialogue lancés par les responsables gouvernementaux.

Le député Yesh Atid Yair Lapid prend la parole lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 20 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lapid, qui s’exprimait lors d’une réunion de faction de son parti Yesh Atid, a décrit le ministre de la Justice Yariv Levin et le député HaTzionout HaDatit – les architectes de ces réformes judiciaires – comme des « extrémistes sans pareils » qui, selon lui, mènent le pays vers « un désastre économique, un désastre sécuritaire et un désastre sur le plan de l’unité du peuple juif ».

Lapid affirme que le mouvement de protestation populaire l’emportera, et que le gouvernement « ne peut l’ignorer ».

« Nous allons continuer à œuvrer sur tous les fronts, ici à la Knesset, dans les rues, dans les tribunaux… nous œuvrons pour l’avenir de nos enfants, pour l’avenir de notre pays et nous n’avons nulle intention d’abandonner », a-t-il ajouté.

Le leader de HaMahane HaMamlahti Benny Gantz s’exprime lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 20 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le leader du parti HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz a déclaré que l’adoption probable du projet de loi visant à donner au gouvernement le contrôle sur la sélection des juges en première lecture plus tard dans la journée, reviendrait à armer un fusil. Il affirme qu’il n’entamera pas de dialogue sur le projet de réforme judiciaire dans de telles circonstances.

« Je répète ‘arrêtez’, pour que nous puissions parler sérieusement, il n’est pas trop tard », déclare Gantz lors d’une réunion de la faction de HaMahane HaMamlahti à la Knesset.

« Les pères fondateurs [d’Israël] n’ont jamais envisagé un régime qui ne soit pas démocratique. Ils savaient que la démocratie ne consistait pas uniquement à compter les électeurs mais aussi à les écouter. Aujourd’hui, Premier ministre Benjamin Netanyahu, vous n’écoutez pas. Vous agissez contre la volonté du peuple, contre les principes fondateurs de notre pays ; c’est vous et vos amis contre les pères fondateurs. La coalition 2023 contre la Déclaration d’indépendance ».

Gantz a dit qu’il ne voit « aucune raison de dialoguer s’ils font avancer la législation », mais que si le processus était gelé « nous pourrions arriver à des accords. »

Des milliers d’Israéliens tiennent des pancartes et agitent le drapeau israélien alors qu’ils marchent dans les rues de Tel Aviv, pour protester contre le remaniement judiciaire prévu par le gouvernement israélien, le 20 février 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

Interrogé pour savoir s’il négociera sur les termes du programme de refonte judiciaire du gouvernement si la législation est approuvée en première lecture ce soir, Gantz a comparé la soumission du projet de loi au fait de placer une arme chargée sur la table.

« L’adopter en première lecture, c’est armer le pistolet et mettre une balle dans la chambre et je ne négocierai pas dans de telles circonstances », a-t-il insisté.

Néanmoins, Ynet a rapporté lundi que des responsables du bureau du président Isaac Herzog étaient optimistes quant à la possibilité de trouver un compromis entre la coalition et l’opposition.

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