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Pourquoi Smotrich s’est empressé de supprimer la taxe sur la vaisselle jetable ?

De nombreux haredim ont vu dans la hausse de la taxe sur les ustensiles jetables et les boissons sucrées, décidée par le précédent gouvernement, une attaque ciblée

Vaisselle en plastique jetable en vente, peu après l'entrée en vigueur de nouvelles taxes sur les produits jetables en Israël, à Givat Shaul, Jérusalem, 27 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Vaisselle en plastique jetable en vente, peu après l'entrée en vigueur de nouvelles taxes sur les produits jetables en Israël, à Givat Shaul, Jérusalem, 27 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

JTA – Le minuscule appartement de Devora Zien à Bnei Brak fonctionne comme une usine, mais, admet-elle, pas très bien. Avec 12 bouches à nourrir trois fois par jour, « la vaisselle en plastique à usage unique est une nécessité de base », a-t-elle dit. Aussi, lorsque le ministre sortant des Finances, Avigdor Liberman, a augmenté les taxes sur la vaisselle jetable en 2021, Zien dit avoir été « sous le choc ».

« Pour moi, c’est plus important que le pain et le lait », a-t-elle dit. « C’est une question de survie. Je ne peux pas rester devant l’évier toute la journée à faire la vaisselle – et où mettrais-je un lave-vaisselle, même si je pouvais m’en offrir un ? »

La taxe de Liberman sur la vaisselle jetable, ainsi qu’une autre série d’autres taxes, qu’il avait imposées en tant que ministre des Finances sur les boissons gazeuses très sucrées, ont été considérées par de nombreux Israéliens ultra-orthodoxes comme ciblant injustement leur mode de vie et utilisant cyniquement des considérations sanitaires et environnementales pour singulariser leur communauté.

Après la prestation de serment du gouvernement de Benjamin Netanyahu, le successeur de Liberman, Bezalel Smotrich, dans son premier geste en tant que ministre des Finances, a signé des décrets abrogeant les hausses de taxes sur les articles plastiques à usage unique et les boissons sucrées.

Les législateurs ultra-orthodoxes ont évidemment salué cette décision, tout comme de nombreux membres de la population haredi. Des images ont fait le tour des réseaux sociaux montrant des hommes ultra-orthodoxes célébrant la décision en buvant du Cristal Mint, un soda bon marché mais très riche en sucre, dans des gobelets en plastique jetables. Au-delà du soulagement ressenti par les membres de la communauté ultra-orthodoxe, on a également eu le sentiment que la balance dans la guerre culturelle israélienne penche à nouveau en leur faveur.

Le député Uri Maklev, du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, a déclaré que l’annulation de la taxe soulignait la politique du nouveau gouvernement qui consiste à « travailler pour les citoyens et non contre eux ».

Selon l’Autorité fiscale israélienne, Israël est le premier, ou le deuxième consommateur mondial de vaisselle jetable par habitant, ce qui en fait une cible évidente pour les militants écologistes. La suppression de ces taxes causera une perte annuelle de 1,2 milliard de shekels par an au Trésor, ce qui n’est pas négligeable. C’est près de deux fois, à titre d’exemple, ce que la ville de Jérusalem dépense chaque année pour l’assainissement.

Mais les produits jetables étaient la seule cible de Liberman pour les taxes environnementales, alors qu’il cherchait à s’attaquer au coût élevé de la vie en Israël en réduisant les taxes sur d’autres produits. N’étant pas lui-même un militant écologiste, Liberman est bien connu pour ses critiques virulentes à l’égard de la communauté haredi d’Israël, qui, selon lui, contribue trop peu au pays que ce soit en termes de travail et de service militaire.

« La seule chose qui compte pour lui, c’est de nous mettre le doigt dans l’œil », a déclaré la belle-sœur de Devora, Yaël Zien, une personnalité médiatique qui défend la population ultra-orthodoxe d’Israël. Elle a poursuivi en citant la déclaration largement condamnée de Liberman selon laquelle il enverrait les Juifs haredim sur des « brouettes directement à la décharge ».

Le nouveau ministre des Finances, Bezalel Smotrich, à gauche, serrant la main du ministre sortant, Avigdor Liberman, lors de la passation de pouvoir au ministère des Finances, à Jérusalem, le 1er janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Vous ne pouvez pas comparer une famille moyenne, laïque, avec deux voitures, qui commande des plats à emporter, avec les haredim. Nous assurons également beaucoup plus de fonctions familiales que tout autre secteur », a déclaré Zien. « Pourquoi ne pas augmenter les taxes sur une deuxième voiture ? Ou les vols à l’étranger ? ».

« Les haredim sont en réalité plus écologiques que n’importe qui d’autre. Nous achetons moins de vêtements, nous ne prenons pas l’avion pour nous rendre à l’étranger, et nos communautés s’appuient fortement sur les gemachim et la transmission des objets », a-t-elle ajouté, faisant référence aux établissements de prêt gratuit qui fournissent à peu près tout, des biberons aux robes de soirée.

Bien que l’imposition ait touché une corde sensible et ait été considérée par les deux parties comme une nouvelle étape dans la guerre culturelle entre Israéliens laïcs et orthodoxes, lorsque le calme est revenu, il s’est avéré que les deux parties pouvaient bien être d’accord sur certaines questions importantes.

Bien qu’elle ait déclaré avoir réagi avec « extase » aux mesures prises par Smotrich, Zien n’est pas entièrement opposée au rétablissement des taxes, mais cette fois avec la coopération des parties concernées et une approche à plusieurs volets. En ce qui concerne les boissons sucrées, Zien estime que le gouvernement aurait dû prendre des mesures en parallèle pour sensibiliser la société haredi au danger du diabète et ne pas se contenter d’appliquer des mesures qui pourraient être interprétées comme punitives.

Dans le même temps, les militants écologistes, qui s’étaient émerveillés de la taxation de la vaisselle en plastique, sont prêts à admettre que Liberman a peut-être accordé trop peu d’attention aux besoins des communautés ultra-orthodoxes.

Yaël Gini, directrice communautaire de Sustainable Development Goals Israel, a fait remarquer que les hausses de taxes ne sont qu’un moyen parmi d’autres de lutter contre le gaspillage, et pas nécessairement le meilleur. Cibler les entreprises ou les lieux publics avec une interdiction générale des produits jetables, comme la France l’a fait dans ce que les activistes qualifient de « tournent décisif », aurait pu être une première étape plus prudente, a-t-elle suggéré.

« C’est une honte que nous en soyons arrivés là. Ce n’est pas ciblé mais on a l’impression que ça l’est. Les politiciens en ont fait quelque chose de politique et les haredim ont raison sur ce point », a déclaré Gini, anciennement directrice de programme à Greenpeace.

Mais les haredim doivent comprendre qu’il ne s’agit pas d’une situation de « nous contre eux », a-t-elle ajouté, précisant que l’impact environnemental de l’utilisation par Israël de produits en plastique jetables est « un désastre pour tout le monde ».

Des déchets solides triés et séparés dans une installation située à côté de la décharge de Hiriya, près de Tel Aviv, le 11 novembre 2008. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Malgré le tumulte politique créé par la décision de taxer la vaisselle en plastique à usage unique, des preuves anecdotiques montrent qu’elle pourrait avoir été efficace, en particulier pour les familles ultra-orthodoxes qui vivent avec un budget très serré. Des données publiées en avril 2022 par le ministère de l’Environnement ont indiqué que l’achat de plastiques à usage unique dans les supermarchés avait chuté de près de 50 % depuis l’imposition des taxes six mois plus tôt. Les critiques de cette enquête ont toutefois fait remarquer qu’elle ne tenait pas compte de la tendance de la communauté haredi à faire ses courses dans les magasins de proximité et à faire des achats importants avant les fêtes juives.

Pour Leah, une mère hassidique de sept enfants vivant dans le quartier boukharien reclus de Jérusalem, la politique de Liberman a fonctionné.

« Nous avons finalement réussi à faire purifier un service de table que nous avions reçu plusieurs années auparavant », a-t-elle déclaré, faisant référence à la pratique juive consistant à immerger la vaisselle et les ustensiles dans un bain rituel pour s’assurer qu’ils peuvent être utilisés conformément à la casheroute.

Leah s’est également rendue chez IKEA pour acheter d’autres articles à usage multiple, comme des plats à gratin, et admet qu’elle n’aurait pas fait ce trajet si les articles en plastique étaient restés abordables. « La vie est courte et c’était un souci de moins », a -t-elle expliqué.

L’adaptation a pris du temps et ne s’est pas faite sans heurts.

« Beaucoup d’assiettes ont été cassées, les enfants se disputaient tout le temps pour les tasses, mais nous nous en sommes sortis. J’ai acheté à chaque enfant son propre service et je les ai encouragés à le laver », a-t-elle dit.

Leah, qui a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas publié, est très peu exposée aux affaires courantes et n’était pas au courant de la décision de Smotrich. Si cela signifie qu’elle se permettra probablement d’être moins frugale dans l’achat de plastiques à l’avenir, il est peu probable qu’elle revienne entièrement à la situation antérieure, a-t-elle notifié.

« C’est agréable de manger les repas du Shabbat dans de vraies assiettes », a dit Leah. « Ça fait plus spécial. »

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