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Premiers patients pour l’hôpital de campagne israélien en Ukraine, sous les alertes

Situé près de la frontière ukraino-polonaise, l’établissement devrait se dédier aux maladies chroniques et pédiatriques, bien qu’il soit prêt à traiter des blessures

L’hôpital de campagne israélien  de Mostyska, en Ukraine, a ouvert ses portes le mardi 22 mars 2022, dans l'après-midi. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)
L’hôpital de campagne israélien de Mostyska, en Ukraine, a ouvert ses portes le mardi 22 mars 2022, dans l'après-midi. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

MOSTYSKA, Ukraine – En dépit du hurlement constant des sirènes avertissant des raids aériens, des ressources limitées et des incertitudes inhérentes à la guerre, l’hôpital de campagne israélien a ouvert ses portes mardi après-midi dans l’ouest de l’Ukraine et accueilli ses premiers patients quelques minutes seulement après l’ouverture officielle.

Située sur le terrain d’une école primaire à Mostyska, aux environs de Lviv, l’installation de 21 millions de shekels compte 10 tentes auxquelles s’ajoutent plusieurs salles de classe converties en salles d’hospitalisation. Les tableaux noirs et affiches éducatives côtoient les moniteurs cardiaques, incubateurs et lits inclinables.

Les 100 membres du personnel de la mission israélienne – parmi lesquels 80 médecins et infirmières – dormiront sur place, dans des dortoirs improvisés dans le bâtiment de l’école.

Yoav Bistritsky, le chargé d’affaires de l’ambassade d’Israël en Ukraine, lui-même actuellement relocalisé à Przemyśl, en Pologne, a déclaré que l’hôpital permettra d’accroitre l’offre de soin aux réfugiés et résidents.

« Cette équipe apportera à l’Ukraine les meilleures connaissances, les opportunités les plus innovantes que ce pays ait jamais vues », a déclaré le diplomate israélien.

« Nous promettons de continuer à soutenir l’Ukraine à l’avenir également, et nous espérons voir la paix revenir dans ce pays », a déclaré Bistritsky, avant de conclure son allocution par une prière pour la paix et un « amen » de la foule rassemblée, composée de membres de la délégation, diplomates, responsables du gouvernement ukrainien et médias.

Personnel médical, représentants des gouvernements ukrainien et israélien et patients sont photographiés à l’hôpital de campagne israélien de Mostyska, en Ukraine, qui a ouvert ses portes le 22 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

David Dagan, chef de mission de l’hôpital de campagne, a déclaré : « Nous ferons de notre mieux pour être une étoile brillante dans le parcours médical des réfugiés. », allusion directe au nom de l’hôpital -Kochav Meir, qui signifie « étoile brillante »- et clin d’œil à l’ex Premier ministre israélien, Golda Meir, native de Kiev.

« Ils ont un niveau satisfaisant de soins médicaux, mais c’est une ville à la périphérie du pays. »

Dagan a déclaré que le personnel s’était fait connaitre des autorités administratives et médicales régionales, et que les hôpitaux de la région dirigeraient une partie de leurs patients vers l’hôpital de campagne, qui dispose de 150 lits en services d’urgence, de pédiatrie, d’obstétrique et de gynécologie.

L’hôpital, a-t-il ajouté, est destiné aux civils et s’attend à ce que la majeure partie de son activité relève de la prise en charge de maladies chroniques et de soins pédiatriques.

« À l’heure actuelle, nous recevons surtout des réfugiés qui fuient les lignes de front », a déclaré le Dr Adam Lee Goldstein, chef en chirurgie traumatologique à l’hôpital Wolfson de Holon, à propos des patients accueillis.

« Mais je suis là pour aider au mieux. S’il n’y a pas de cas de blessures de guerre, et que nous ne faisons qu’aider les malades chroniques et les réfugiés, ce sera très bien. Nous sommes ici parce que nous nous soucions des Ukrainiens, parce que nous voulons les aider et concrètement, nous sommes prêts à tout pour y parvenir. »

« Nous ne savons pas vraiment » à quoi nous attendre en termes de cas de blessures, a déclaré le Dr Goldstein, mais l’équipe est « prête à pratiquer des opérations importantes en cas de besoin ».

Les patients du quartier, déjà dans la file d’attente pour recevoir les services médicaux gratuits de l’hôpital de campagne, n’ont pas tardé à venir profiter des excellents soins temporairement accessibles à leur porte.

« J’avais des problèmes de thyroïde et mon voisin m’a parlé du nouvel hôpital, alors j’ai décidé de venir me faire examiner », a déclaré Halyna Vatsyshyn, une résidente de Mostyska.

D’autres patients ont déclaré être venus pour des examens gratuits ou un second avis du personnel israélien sur des problèmes médicaux déjà diagnostiqués.

Bien que l’hôpital de campagne n’ait pas construit de bloc opératoire séparé, il est situé à quelques mètres seulement d’un hôpital ukrainien disposant d’une salle d’opération complète, où le personnel médical israélien pourra seconder les praticiens locaux.

« Nous étions là ce matin et nous allons travailler en pleine coopération », a déclaré le Dr Goldstein. « Nous allons travailler en équipe avec nos pairs au sein de cet hôpital. »

Quelques minutes plus tard, des médecins de l’hôpital ukrainien de Mostyska venaient à l’hôpital de campagne demander de l’aide pour un cas urgent.

Personnel médical, représentants des gouvernements ukrainien et israélien et patients sont photographiés à l’hôpital de campagne israélien de Mostyska, en Ukraine, qui a ouvert ses portes le 22 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Mostyska, une paisible ville située à seulement 15 kilomètres de la frontière polonaise et à 70 kilomètres de Lviv, n’est pas l’endroit idéal pour apporter de l’aide aux réfugiés, le plus souvent retranchés dans les grands centres-villes ou en transit pour quitter le pays.

L’emplacement a été choisi en coordination avec les autorités locales afin de trouver le meilleur compromis possible entre la sécurité du personnel hospitalier et le secours apporté aux Ukrainiens.

« Nous ne pensons pas que les gens ne viendront pas », a déclaré Yoel Har Even, administrateur de l’hôpital de campagne.

Comme de nombreux membres de la délégation – choisis, entre autres critères, pour leur faculté à parler ukrainien ou russe – Elhanan Bar On, directeur médical de l’hôpital et chef d’équipe, a précisé que sa famille était originaire d’une ville de la région.

« Et je suis ici aujourd’hui pour donner un coup de main à tout le monde… et partager les connaissances avec nos collègues ukrainiens parce que la médecine n’a pas de frontières », a ajouté Bar On.

Anastasia Keidar, une travailleuse sociale qui a passé son enfance à Odessa, est l’un des membres de l’équipe nés en Ukraine.

« C’est très émouvant, je suis née dans cette région et j’y reviens avec une mission spécifique, aider les réfugiés », a-t-elle déclaré.

Le Dr Eduard Zalyesov est né dans la région contestée de l’est de Lougansk, une ligne de front avec la Russie depuis que Moscou a envahi l’Ukraine pour la première fois en 2014. Sa sœur vit toujours à Dniepr, et bien qu’il essaie de lui parler tous les jours, il n’aura pas l’occasion de la voir pendant cette mission.

« Se déplacer en Ukraine est problématique », a-t-il noté.

L’infirmière Sergey Mazis est née à Kiev, mais a indiqué que ses racines ukrainiennes n’étaient pas sa principale motivation pour rejoindre cette délégation.

« Même si je suis né en Ukraine, je suis surtout venue pour des raisons humanitaires. Si cela avait été ailleurs, j’y serais allée de la même manière », a déclaré Mazis.

Har Even a convenu que « notre mission est de nous assurer que le peuple ukrainien sait qu’il n’est pas seul dans cette crise ». Il a également rappelé que de nombreux membres de la mission – y compris sa propre famille – ont « des racines profondes dans cette terre, qui remontent à de nombreuses générations.

« Tous mes grands-parents ont été rassemblés au printemps 1943 et envoyés dans les camps. Miraculeusement, ils ont survécu et me voici », a-t-il déclaré lors de la cérémonie d’ouverture de l’hôpital.

« Tout nous rappelle que nous avons une obligation morale absolue de ne pas détourner le regard. »

Lors de la cérémonie, un responsable municipal de Mostyska a noté qu’Israël comptait de nombreux survivants de la Shoah, dont certains avaient dû fuir l’Ukraine, et a salué le fait que leurs descendants revenaient prêter main forte à l’Ukraine.

L’hôpital de campagne israélien à Mostyska, en Ukraine, a ouvert ses portes le 22 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Plus de trois semaines après le début de l’invasion russe, le système d’alerte aérienne ukrainien est peu précis, se déclenchant plusieurs fois par jour sur de vastes étendues de territoire. La frappe russe la plus proche de Mostyska à ce jour a été l’attaque, dimanche dernier, de la base militaire de Yavoriv.

Les sirènes de raid aérien ont retenti à plusieurs reprises sur le campus de l’hôpital mardi après-midi, ce qui a fait dire au Dr Goldstein : « Pour nous [Israéliens], c’est assez normal. Nous aviserons, [les combats] sont encore assez éloignés. »

Tandis que l’équipe israélienne rejoignait précipitamment les locaux de l’école pour se mettre à l’abri, revêtue de masques chirurgicaux contre la COVID-19, le personnel ukrainien local – habitué au hurlement constant des sirènes des raids aériens – continuait à se servir calmement au buffet installé à l’extérieur.

Il est prévu que la délégation israélienne reste un mois à Mostyska, avec une possibilité de prolongation. Mais à mesure que les combats se déplacent vers l’ouest, qu’illustrent une frappe aérienne vendredi sur une installation de réparation d’avions à Lviv et des attaques aériennes antérieures contre des aéroports de Loutsk et d’Ivano-Frankivsk, en plus de l’attaque de la semaine dernière sur la base militaire de Yavoriv, la situation pourrait se détériorer et conduire la délégation israélienne à modifier ses projets.

L’hôpital de campagne israélien est une opération conjointe du ministère de la Santé, du ministère des Affaires étrangères et de l’hôpital Sheba, qui exploite l’établissement en Ukraine. Elle est financée par le gouvernement, les philanthropies de la famille Charles et Lynn Schusterman et l’American Jewish Joint Distribution Committee.

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