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Prise d’otages d’une synagogue au Texas : qui est Aafia Siddiqui ?

"Lady Al-Qaïda", dont le preneur d'otages exigeait la libération, avait des antécédents d'antisémitisme et avait attribué la décision de son incarcération à Israël

Rassemblement pour demander la libération d'Aafia Siddiqui, qui a été reconnue coupable en février 2010 de deux chefs de tentative de meurtre et qui est actuellement détenue aux États-Unis, lors de la Journée internationale de la femme à Karachi, au Pakistan, le mardi 8 mars 2011. (Crédit : AP Photo/ Farid Khan)
Rassemblement pour demander la libération d'Aafia Siddiqui, qui a été reconnue coupable en février 2010 de deux chefs de tentative de meurtre et qui est actuellement détenue aux États-Unis, lors de la Journée internationale de la femme à Karachi, au Pakistan, le mardi 8 mars 2011. (Crédit : AP Photo/ Farid Khan)

Aafia Siddiqui, 49 ans, la prisonnière dont le preneur d’otages de la synagogue du Texas exigeait la libération, avait des antécédents d’antisémitisme et avait attribué la décision de son incarcération à Israël.

Elle avait été condamnée par un tribunal américain pour avoir tenté de tuer des militaires en 2010.

Elle avait déclaré après sa condamnation : « Ce verdict vient d’Israël, pas de l’Amérique. C’est de là-bas d’où vient la colère. »

Pendant son procès, elle avait dit au juge qu’elle ne voulait pas de Juifs dans le jury « s’ils ont des origines sionistes et israéliennes. »

« J’ai le sentiment qu’ils sont tous ici », avait-elle continué.

DOSSIER – Dans cette photo d’archive du 17 juillet 2008, Aafia Siddiqui, Lady Al-Qaida, est vue sous la garde du département de lutte contre le terrorisme de la province de Ghazni dans la ville de Ghazni, en Afghanistan. (Crédit : AP Photo/Fichier)

Aafia Siddiqui est actuellement détenue dans un hôpital-prison à Fort Worth, près de Dallas pour avoir tenté de tirer sur des militaires américains alors qu’elle était détenue en Afghanistan. Des mouvements jihadistes avaient par le passé réclamé sa libération, ainsi que le controversé Conseil des relations américano-islamiques (CAIR).

Aafia Siddiqui « n’est absolument pas impliquée » dans la prise d’otages, a cependant assuré dans une déclaration à la chaîne CNN son avocate. Elle a confirmé que l’homme n’était pas le frère de Mme Siddiqui, tout en assurant que sa cliente condamnait ces actions.

Pour le département de la Justice, qui avait accusé Siddiqui d’appartenir à Al-Qaïda, la condamnation de cette dernière avait été déterminante dans la lutte contre l’extrémisme international. Mais pour ses partisans – un grand nombre croit encore en son innocence – cette affaire avait illustré ce qui était, selon eux, un zèle excessif affiché par le système judiciaire des États-Unis dans l’Amérique de l’après 11 septembre.

À 18 ans, Aafia Siddiqui s’est rendue aux États-Unis, où vivait son frère, pour étudier au prestigieux MIT de Boston. Elle a ensuite obtenu un doctorat en neurosciences de l’université Brandeis près de Boston.

Un dortoir de l’université Brandeis, Waltham, Massachusetts (Crédit : John Phelan / Wikimedia Commons)

Mais après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, elle a été repérée par le FBI pour ses dons à des organisations islamiques et a été liée à l’achat de lunettes de vision nocturne et de livres sur la guerre, pour une valeur de 10 000 dollars.

Les États-Unis la soupçonnent d’avoir rejoint Al-Qaida depuis l’Amérique, puis d’être retournée au Pakistan où elle a épousé un membre de la famille de Khalid Sheikh Mohammed, l’un des cerveaux des attentats du 11 septembre.

Elle a mystérieusement disparu vers 2003, avec ses trois enfants, à Karachi au Pakistan. Cinq ans plus tard, elle a été retrouvée en Afghanistan, qui était déchiré par la guerre, où elle a été arrêtée par les forces locales dans la province de Ghazni, au sud-est du pays.

En 2008, elle avait été placée en détention par les autorités d’Afghanistan. Les responsables américains avaient indiqué qu’ils avaient trouvé en sa possession des notes écrites à la main portant sur la fabrication des dites « bombes sales », et qui faisaient la liste de lieux variés, aux États-Unis, qui pourraient être pris pour cibles dans une « attaque massive » qui serait susceptible d’entraîner un grand nombre de victimes.

L’établissement Forth Worth devenu un hôpital fédéral militaire (CRédit : FBI)

Dans une salle d’interrogatoire de la police afghane, racontent les autorités, elle avait attrapé le fusil M-4 d’un militaire américain et elle avait ouvert le feu en direction de l’équipe américaine qui était chargée de l’interroger, tout en criant « Mort à l’Amérique » et « Je veux tuer des Américains ». Les soldats en sont sortis indemnes, et elle a été blessée.

Elle avait été condamnée en 2010, notamment pour tentative de meurtre sur des ressortissants américains, à l’extérieur des frontières des États-Unis. Quand sa condamnation avait été prononcée, elle avait tenu des propos décousus dans lesquels elle avait transmis un message en faveur de la paix mondiale – et elle avait pardonné le juge. Elle avait exprimé sa frustration face aux arguments avancés par ses propres avocats qui avaient affirmé qu’elle méritait l’indulgence des magistrats parce qu’elle avait une maladie psychique.

« Je ne suis pas paranoïaque », avait-elle dit. « Je ne suis pas d’accord avec ça ».

Quelles avaient été les réactions ?

Après sa condamnation, le numéro deux d’Al-Qaida de l’époque a appelé les musulmans à « se venger » de cette décision.

James Foley in 2011. (screen capture: Youtube/CNN)
James Foley en 2011. (Crédit : capture d’écran YouTube/CNN)

Elle avait aussi bénéficié du soutien eux-mêmes mis en cause par la justice aux États-Unis. Un homme originaire de l’Ohio qui avait admis avoir comploté de tuer des membres de l’armée américaine, après avoir été formé en Syrie, avait également prévu de se rendre au Texas et d’attaquer la prison fédérale où Siddiqui est actuellement en détention, dans le but de la libérer. L’homme, Abdirahman Sheik Mohamud, a été condamné en 2018 à 22 ans de prison.

Sa libération a déjà été au centre des revendications de terroristes, notamment lors de deux prises d’otages au Pakistan ainsi que lors de la capture de James Foley, un journaliste américain enlevé en Syrie et décapité par l’État islamique en 2014.

« Siddiqui n’est pas très connue aux États-Unis, mais au Pakistan, elle est un grand nom – beaucoup la considèrent comme une victime innocente », a affirmé sur Twitter Michael Kugelman, analyste de l’Asie du Sud.

Dans un article sur le sujet, il avait affirmé que sa cause était célèbre parmi les militants islamistes, qui la considèrent comme un « puissant symbole de la façon dont les Américains maltraitent les musulmans innocents dans la campagne mondiale contre le terrorisme ».

L’ancien joueur de cricket pakistanais devenu politicien Imran Khan du parti Tehreek-e-Insaf s’exprime devant les médias après avoir voté à Islamabad durant les élections générales, le 25 juillet 2018. (Crédit : AFP Photo/Aamir Qureshi)

Cette question est depuis longtemps un sujet de tension entre le Pakistan et les États-Unis.

Les responsables pakistanais avaient immédiatement critiqué cette condamnation qui avait par ailleurs entraîné des mouvements de protestation dans plusieurs villes et des critiques dans les médias.
Le Premier ministre de l’époque, Yousuf Raza Gilani, avait rendu hommage à « une fille de la nation » et avait promis de se battre pour obtenir sa libération de prison.

Pendant sa campagne électorale, le Premier ministre pakistanais Imran Khan, qui critique ouvertement les actions américaines liées à la guerre contre le terrorisme, s’est engagé à la faire libérer. Il a également proposé de libérer Shakeel Afridi, qui croupit dans une prison pakistanaise pour avoir aidé les Américains à retrouver la trace du fondateur d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden, au Pakistan.

Depuis, les leaders pakistanais évoquent la possibilité d’échanges de prisonniers ou d’accords qui permettraient à la neuroscientifique de retrouver la liberté.

Illustration : Des personnes entrent dans le siège du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) à Washington, DC, en décembre 2015. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Faizan Syed, directeur exécutif du controversé CAIR à Dallas Fort-Worth Texas, avait expliqué que son groupe considérait que Siddiqui avait été « prise au piège dans la guerre contre le terrorisme » et qu’elle était une prisonnière politique qui avait été accusée à tort, à l’aide d’éléments de preuve boiteux. Il a toutefois condamné avec force la prise d’otages, qu’il a qualifiée de « mauvaise », « haineuse », disant qu’elle « sape complètement nos initiatives visant à obtenir la libération de la docteure Aafia ».

Les dernières nouvelles de son emprisonnement

Siddiqui est actuellement incarcérée dans une prison fédérale de Fort Worth, au Texas. Elle a été agressée au mois de juillet par une autre détenue et elle a été grièvement blessée à cette occasion, disent les documents du tribunal.

Dans une plainte soumise contre le Bureau fédéral des prisons, les avocats de Siddiqui ont fait savoir que l’autre prisonnière « a brisé une tasse de café bouillant en l’écrasant sur le visage » de la détenue. Quand Siddiqui s’était mise en position fœtale pour se protéger contre son attaquante, cette dernière lui avait donné des coups de pieds et des coups de poing, entraînant des blessures si graves qu’elle avait dû être emmenée à l’unité médicale de la prison en chaise roulante.

Siddiqui avait été brûlée près des yeux et conserve une grosse cicatrice près de son œil gauche, a précisé la plainte. Elle avait présenté des hématomes aux bras et aux jambes et elle avait été blessée à la joue.

Cette agression avait entraîné les protestations d’activistes des droits de l’Homme et de groupes religieux, qui avaient demandé une amélioration de ses conditions de détention. Les activistes avaient aussi appelé le gouvernement pakistanais à se battre pour sa libération.

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