Quand des lettres d’éminents auteurs juifs inspirent des artistes à Tel Aviv
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Quand des lettres d’éminents auteurs juifs inspirent des artistes à Tel Aviv

Les archives du sous-sol de la bibliothèque Beit Ariela deviennent la scène utilisée par les artistes pour répondre aux lettres de grandes plumes de la littérature israélienne

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le musicien Asaf Roth, à gauche, la directrice artistique Anat Safran, au milieu, et le réalisateur Zvi Sahar du projet de l'Ensemble Itim Gnazim Itim Ensemble qui a été réalisé à la bibliothèque publique Beit Ariela de Tel Aviv et dont la première a eu lieu le 28 décembre 2020. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Le musicien Asaf Roth, à gauche, la directrice artistique Anat Safran, au milieu, et le réalisateur Zvi Sahar du projet de l'Ensemble Itim Gnazim Itim Ensemble qui a été réalisé à la bibliothèque publique Beit Ariela de Tel Aviv et dont la première a eu lieu le 28 décembre 2020. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Ce sont des trésors découverts dans les archives de la bibliothèque publique Beit Ariela, à Tel Aviv, qui sont revenus à la vie grâce aux spectacles en ligne de musiciens, de danseurs et d’acteurs issus de l’Ensemble Itim à l’occasion d’un spectacle intitulé « Gnazim, l’éveil des lettres anciennes ».

« Gnazim » est le mot en hébreu désignant les archives et le sous-sol de la bibliothèque, qui est adjacente au musée d’art de Tel Aviv. Ces archives sont devenues la scène improbable où se produisent des artistes qui trouvent leur inspiration dans des courriers écrits par l’autrice de livres pour enfants Leah Goldberg, par les poètes Yona Wallach et Zelda, ainsi que d’autres écrivains des annales de l’histoire de la littérature israélienne.

Ils jouent de la musique, ils font bouger leur corps ou racontent des histoires dans ce décor dépouillé et lumineux du sous-sol des archives – avec un premier spectacle qui a été présenté pour la toute première fois le 28 décembre sur la page Facebook de Gnazim.

Cette première – un spectacle de 25 minutes – a été l’occasion d’un aperçu rêveur d’un album-photo personnel de Leah Goldberg, et d’une œuvre artistique sous forme de vidéo inspirée par l’autrice contre la lecture rapportée de l’une de ses lettres.

Capture d’écran d’une œuvre artistique en vidéo issue d’un spectacle présenté à la bibliothèque Beit Ariela pour la toute première fois, le 28 décembre 2020. (Autorisation : Capture d’écran)

Autre performance, la lecture d’extraits de lettres écrites par la poétesse Yona Wallach à un autre poète, Zelda, alors que des boîtes d’archives blanches sont enlevées d’une étagère, chaque mouvement se fondant dans une forme de danse.

Grâce à l’utilisation d’une technologie créée par Tal Erez, ces boîtes et leur compartiments se trouvent recouverts, de manière aléatoire et onirique, de lumière verte sous forme de boîte en plastique – ce qui laisse la place, à l’écran, à une imagerie pleine de poésie.

Pendant toute la performance, le musicien Asaf Roth reste installé à une extrémité d’un couloir des archives, divers instruments placés à ses côtés, pour créer les bruits d’arrière-fond et la musique rythmant ce spectacle inhabituel.

Tout cela peut paraître à la fois bohème et marginal – mais le projet est ancré dans des personnalités historiques israéliennes dont les mots sont traduits par les artistes présents avec une appréciation très réelle pour ceux qui les ont écrits.

Ce projet est né pendant le premier confinement entraîné par le coronavirus lorsque Zvi Sahar, directeur du Puppet Cinema/Ensemble Itim, avait désiré utiliser les murs remplis de ligne de la bibliothèque silencieuse pour pouvoir tourner des films à projeter pendant le confinement.

Lorsque Sahar avait visité la bibliothèque, il avait eu un aperçu des archives ordonnées aux étagères et aux boîtes blanches du sous-sol. « Cela m’a époustouflé », raconte-t-il.

Sahar s’est associé à Anat Safran, conservatrice, pour le projet – et il a fallu des mois pour déterminer comment éviter le coronavirus et ses restrictions. Pendant les confinements, ils ont étudié de près les documents figurant sur le disque dur des archives, ce qui leur a permis de découvrir ces trésors culturels inattendus.

« Nous avons accédé à ces ressources, à ces lettres, et nous leur avons redonné vie », explique Sahar. « C’est comme un supermarché ici ».

« C’est un projet sans fin », déclare Safran. « Nous avons choisi ces lettres pour le moment, mais il y a toutes sortes de contenus ici ».

Ces documents archivés, avec notamment des milliers de lettres, de photographies, de manuscrits et autres matériaux, sont remplis des histoires personnelles, des images, des désirs des auteurs – avec des concepts qui semblent tous très actuels même si les courriers ont été écrits il y a des décennies.

« Nous avons commencé à lire les lettres et nous cherchions une idée que nous pourrions transmettre à un artiste, qui permettrait de susciter une nouvelle réflexion », commente Safran.

Le musicien Asaf Roth, à gauche, la directrice artistique Anat Safran, au milieu, et le réalisateur Zvi Sahar du projet de l’Ensemble Itim Gnazim Itim Ensemble qui a été réalisé à la bibliothèque publique Beit Ariela de Tel Aviv et dont la première a eu lieu le 28 décembre 2020. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Ils ont d’abord choisi cent lettres puis ont réduit ce nombre d’abord à 60, puis à 40 et enfin à 30 – et ce n’est qu’un « avant-goût » de ce qui se trouve dans les archives, explique Safran.

Des copies des textes ont ultérieurement été envoyées à toutes sortes d’artistes, qui y ont répondu chacun dans leur genre créatif – la musique, le théâtre ou la danse.

Et maintenant, le moment est enfin venu de présenter cette performance artistique inspirée par les archives – et qui est à découvrir en ligne, avec des premières régulières sur la page Facebook de Gnazim.

(Il y a aussi le site internet créé pour le projet, avec un accès à des dizaines de conférences, performances et textes des archives).

Chaque performance de Gnazim réunit habituellement un musicien et deux danseurs, qui sont filmés par cinq caméras – toujours dans l’espace blanc des archives du sous-sol.

Les concerts de Facebook Live et le site internet de l’Ensemble Itim-Gnazim permettent tous deux d’accéder au projet.

Toutes les personnes entrant sur le site peuvent accéder aux lettres de deux manière différentes. L’une consiste à choisir un des mots-clés dans la colonne de gauche : « Femmes, enfants, hommes, amour, politique, argent, mort ». L’autre consiste à choisir l’un des extraits écrits à la main ou à la machine sur la page d’accueil, qui vont de « chère fille », « avec grand chagrin » à « la mauvaise humeur », « par mon corps et par l’esprit » à « en somme, un film terrible ».

Les textes des lettres anciennes trouvées aux archives Beit Ariela Gnazim utilisées pour une performance artistique. (Capture d’écran : Gnazim)

Les spectateurs ne peuvent pas entrer le nom d’un auteur mais ils peuvent sélectionner un texte à la place, aidant donc à redonner vie à la lettre choisie une fois encore, avec également la réponse artistique apportée par l’Ensemble Itim.

Il y a aussi des textes au sujet de chaque auteur qui vont au-delà d’une simple définition sur Wikipedia, explique Safran – « c’est quelque chose de différent qui raconte pourquoi nous avons choisi le texte, des choses que Wikipedia ignore – l’histoire derrière la lettre ».

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