Qui est Mattias Amster, le premier rabbin né en Suède à officier à Stockholm ?
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Qui est Mattias Amster, le premier rabbin né en Suède à officier à Stockholm ?

La majorité des rabbins qui travaillent en Suède ne sont, en général, pas natifs du pays - ils viennent habituellement des Etats-Unis ou d'Israël

Le rabbin Mattias Amster, nouveau rabbin orthodoxe de Stockholm (Crédit : John Gradowski via JTA)
Le rabbin Mattias Amster, nouveau rabbin orthodoxe de Stockholm (Crédit : John Gradowski via JTA)

JTA — Les rabbins qui officient à Stockholm parlent habituellement très peu le Suédois et ne connaissent pas grand-chose à la culture locale.

La communauté juive de Suède – elle représente environ 15 000 personnes sur une population totale de dix millions d’habitants – est si modeste qu’elle a tendance à devoir faire venir des rabbins d’ailleurs.

Si c’est le aussi le cas de nombreux pays européens et d’autres dont les communautés juives ne sont guère importantes, la Suède présente des défis spécifiques à relever pour les rabbins qui viennent y exercer. Les Suédois ont la réputation d’être polis mais assez fermés, ce qui peut s’avérer compliquer lorsqu’il est question de tisser des liens avec les fidèles.

Aucun de ces problèmes ne s’est pourtant posé pour Mattias Amster qui, au mois de juillet, est devenu le premier rabbin né et élevé en Suède à officier dans une synagogue de la capitale.

Il y a eu des rabbins d’origine suédoise dans d’autres villes mais jamais à Stockholm, qui compte une communauté d’environ 4 500 Juifs – la plus importante de tout le pays.

Amster, né à Stockholm et qui avait quitté la Suède lorsqu’il était âgé d’une vingtaine d’années, a une connaissance profonde de la culture suédoise.

« Ce que j’ai pu remarquer, c’est que cela amuse les gens de voir quelqu’un dans lequel ils peuvent se projeter », explique Amster.

Amster a passé huit ans à étudier dans des yeshivot orthodoxes en Israël, où il a reçu son ordination et où il a rencontré son épouse Esther, née aux Etats-Unis. Là-bas, le couple a eu deux enfants, Gita et Shmuel, avant d’aller s’installer dans l’Oregon, où tous deux ont passé deux ans à travailler pour Portland Kollel, une organisation qui propose des programmes éducatifs communautaires aux Juifs venus de multiples milieux.

Aujourd’hui, Amster, dorénavant âgé de 36 ans, est revenu dans le pays qui l’a fait naître en tant que rabbin orthodoxe de la capitale suédoise. La communauté emploie à l’ordinaire un rabbin orthodoxe et un rabbin non-orthodoxe. Il y a aussi une branche du mouvement ‘Habad Loubavitch qui mène ses activités hors de la communauté officielle.

« C’est vraiment très agréable de pouvoir – pour la toute première fois dans l’histoire de notre communauté, vieille de 250 ans – embaucher un rabbin né en Suède. Rabbi Amster a grandi au sein de notre communauté et il connaît très bien les défis qu’elle doit relever et il connaît aussi très bien ses membres », commente le leader de la communauté, Aron Verständig, auprès de JTA dans une déclaration.

Photo d’illustration : La rabbin suédoise Ute Steyer a organisé les services pour les Juifs de Stockholm sur Zoom pendant la pandémie de coronavirus (Autorisation/Steyer via JTA)

Pour sa part, Amster, dont l’épouse vient de donner naissance à un troisième enfant, dit que c’est « fantastique » de revenir dans sa ville natale. Il travaillera avec la rabbin issue du mouvement conservateur dans la ville, Ute Steyer, à la tête de la communauté locale : il prendra en charge la vie orthodoxe et Steyer la vie non-orthodoxe.

JTA: A quoi ressemble ce retour en Suède ?

Amster : C’est un sentiment fantastique, mais les choses ont changé. D’une part parce que je suis revenu avec une famille, et d’autre part parce que je reviens à Stockholm, cette ville que j’avais quitté il y a dix ans et dans un rôle absolument nouveau. Mais c’est vraiment amusant.

Parlez-nous de votre enfance en Suède.

J’ai toujours été très impliqué dans la vie juive de Stockholm . Je suis allé dans une école juive, dans les camps d’été où j’ai aussi travaillé comme animateur.

Votre famille était-elle religieuse ?

Non, mais nous nous contentions de respecter les yontif [les fêtes célébrées] et parfois le Shabbat. Ma famille m’a toujours soutenu, et je suis devenu plus pratiquant et religieux que cela n’avait été le cas d’un membre de ma famille depuis très, très longtemps ! Du côté de mon père, je suis de la troisième génération à être née ici et de la cinquième du côté de ma mère. La famille de mon père était arrivée après la Shoah, depuis la Pologne et la Hongrie ; la famille de maman était venue des mêmes pays. Croire en Dieu a toujours fait partie de moi. Et je me suis de plus en plus impliqué à partir de ma bar mitzvah. J’ai eu ensuite l’idée de quitter la Suède pour étudier – et j’ai osé le faire. Parce que si on veut étudier la Torah ou les textes religieux en général, dans des yeshivot, force est de reconnaître qu’il y peu d’opportunités de le faire en Suède.

J’ai eu le sentiment que si c’était ce que je voulais réellement faire, que si je voulais parvenir à comprendre la Torah en profondeur, alors je devais partir aux Etats-Unis ou en Israël et Israël, c’était aussi un rêve pour moi de m’y installer. Alors je me suis emparé de ces deux rêves et je les ai exaucés l’un et l’autre en partant vivre en Israël. J’avais 24 ou 25 ans. C’était une perspective effrayante de tout laisser derrière soi pour se consacrer à une seule chose à 100 %.

La population est très laïque en Suède.

Elle l’est à 100%. Je peux vous dire qu’à l’université, j’arrivais en cours après shacharit, la prière du matin. Les gens pouvaient parfois voir les marques laissées par les tefillin. Finalement, l’un de mes amis, qui n’était pas Juif, a eu suffisamment de courage pour me demander pourquoi j’avais ces marques sur mes bras en permanence et je lui ai répondu que ça venait de mes tefillin, qu’on porte le matin. Il m’a alors demandé : « Mais tu crois en Dieu ? », et j’ai répondu « Oui ». Il m’a alors dit : « Tu as l’air tellement normal pourtant ! » C’était très drôle.

Une vue de Stockholm, capitale de la Suède, le 25 août 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

C’est très différent des Etats-Unis. Même pour des gens qui ne sont pas religieux, la religion fait partie de la société d’une manière totalement différente, et ce n’est donc pas une étrangeté d’être croyant d’une manière ou d’une autre, indépendamment de la religion.

C’est quelque chose qui est vraiment bien aux Etats-Unis. Ceux qui ne sont pas religieux ne rencontrent pas de problème avec ceux qui le sont, et ainsi de suite. C’est très ouvert. Les Etats-Unis et la Suède sont très différents, mais je pense que cela a également à voir avec le fait que les Juifs orthodoxes sont nombreux aux Etats-Unis, que les Juifs non-orthodoxes aussi sont nombreux aux Etats-Unis, qu’il y a un grand nombre de groupes tous différents et que les gens y sont donc habitués. Ici en Suède, quand je me promène avec une kippa, il y a beaucoup de gens qui me regardent avec curiosité et qui veulent bien montrer qu’ils sont en train de m’observer. Un grand nombre me dit « Shalom ». C’est gentil mais cela dit aussi que voir des Juifs religieux, ici, ce n’est pas banal. Et ça arrive pratiquement tous les jours.

Que pouvez-vous nous dire au sujet de votre vie en Israël ?

C’était fantastique. Mais cela a aussi été un choc de réaliser combien c’était incroyablement dur d’étudier le Talmud. C’est quelque chose dont je suis tombé complètement amoureux. J’avais bien cette pensée de devenir rabbin mais je ne m’attardais pas dessus, puis quand j’ai réalisé combien ce serait difficile, c’est une idée qui m’est revenue beaucoup plus tard… J’ai étudié huit ans au sein d’une yeshiva – des études d’une grande intensité.

Puis vous êtes parti à Portland et vous avez travaillé dans un kollel là-bas. Comment s’est passée cette transition d’Israël vers les Etats-Unis ?

Je n’ai jamais voulu quitter Israël mais c’était un sentiment incroyable de se retrouver à travailler pour une organisation très respectée et d’apprendre à connaître la communauté, là-bas. On a été très heureux. Cela a été difficile de partir. C’est un aspect des Etats-Unis que je ne connaissais pas du tout. Je n’étais jamais allé sur la côte ouest. C’était drôle de s’impliquer dans la communauté juive, là-bas, et d’aider à l’élargir encore davantage.

Comment avez-vous trouvé ce travail en Suède ? Et que vous a inspiré ce possible retour dans votre pays d’origine ?

Une annonce avait été faite pour le poste et Esther et moi en avons beaucoup parlé. Il m’a semblé que c’était une opportunité qu’il fallait tenter. C’était, bien sûr, quelque chose que j’avais pu envisager, parce que c’était une mission que j’étais capable de mener à bien, que ce serait quelque chose pour lequel ce serait formidable de tout donner – et nous nous sommes portés candidats.

La majorité des rabbins qui travaillent en Suède ne sont, en général, pas natifs du pays – ils viennent habituellement des Etats-Unis ou d’Israël.

C’est la première fois dans toute l’histoire de la communauté de Stockholm, en 250 ans, que nous employons un rabbin né en Suède. Alors ça a quelque chose d’un peu historique, si je puis dire. Et c’est un honneur pour moi que ce soit moi. Une chose que j’ai remarquée, c’est que c’est amusant pour les gens d’avoir affaire à quelqu’un à qui ils peuvent s’identifier, à quelqu’un qui est né ici, qui parle la langue. Beaucoup de gens me connaissent, bien sûr.

A Stockholm, il y a trois synagogues différentes. Une du mouvement conservateur – la plus grande – et deux synagogues orthodoxes. Etes-vous le rabbin des deux synagogues orthodoxes ?

Ça aussi, c’est unique. Je suis le rabbin des deux. J’ai été embauché par la communauté juive en tant que rabbin orthodoxe, et cela signifie que je suis le rabbin des synagogues orthodoxes – mais j’ai aussi d’autres fonctions. A Stockholm, il y a une communauté d’unité et il y a également un rabbin du mouvement conservateur. La rabbin Ute Steyer est responsable de la grande synagogue, mais lorsqu’il s’agit de s’occuper de la vie orthodoxe et de la cacheroute, c’est moi le responsable.

La principale synagogue de Stockholm (Autorisation/Communauté juive de Stockholm via JTA)

L’une d’entre elles compte 150 membres et l’autre 200. Aujourd’hui, c’est très dur à cause du coronavirus. On peut dire ce qu’on veut de la Suède, mais les rassemblements de plus de 50 personnes y sont interdits. Et nombreux sont ceux qui ont trop peur pour venir.

La Suède a géré le coronavirus de manière très différente des autres pays, même des autres pays scandinaves. Comment s’est passé votre déménagement en compagnie de votre famille en Suède, pendant cette période ?

De façon générale, on ne savait absolument pas quand nous pourrions nous installer en Suède. On avait eu des billets d’avion qui avaient été annulés. On est arrivé avec un mois de retard. On était un peu nerveux parce qu’on savait qu’en Suède, l’approche de l’épidémie serait différente mais aujourd’hui que nous nous y sommes habitués et kein ayin hara [« Je touche du bois »], les choses vont dans la bonne direction. Il faut espérer que l’épidémie ne va pas reprendre une nouvelle fois.

Les médias parlent beaucoup de l’antisémitisme en Suède, dans différentes parties de la société. Quel est votre sentiment ?

Je dis toujours qu’il y a malheureusement une minorité trop importante de personnes, dans le monde, qui n’aiment pas les Juifs. Il y a eu et il y a encore des problèmes en Suède. J’ai, dans le passé, quand je vivais ici, ressenti l’antisémitisme et j’ai vécu des expériences relatives à la haine antijuive, mais aujourd’hui, j’ai totalement confiance en moi et je pense qu’il est déterminant de ne pas avoir peur – et je n’ai pas peur. C’est comme tout le reste : on ne réalise pas, on ne ressent pas l’animosité avant que quelque chose n’arrive. Il y a une sécurité énorme assurée au sein de la communauté et dans les synagogues et c’est réellement très triste qu’elle soit nécessaire. Si on y réfléchit vraiment, c’est absurde que ce soit nécessaire. Mais il faut être pragmatique.

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