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Ramat Gan : conflit artistes/musée après le retrait d’un tableau jugé injurieux

Une quarantaine d'artistes exigent que leurs œuvres soient retirées jusqu'à ce que celle de David Reeb, "Jérusalem d'or, Jérusalem de merde", soit de nouveau exposée

L'extérieur du Musée d'art israélien à Ramat Gan. (Talmoryair/Wikipedia, CC-BY-SA-3.0)
L'extérieur du Musée d'art israélien à Ramat Gan. (Talmoryair/Wikipedia, CC-BY-SA-3.0)

Des dizaines d’artistes ont exigé samedi qu’un musée de Ramat Gan retire leurs œuvres d’art – vidant ainsi presque tout le musée de ses objets exposés – si le musée ne rétablit pas une exposition jugée diffamatoire à l’égard des ultra-orthodoxes, alimentant une querelle grandissante sur la liberté d’expression dans le monde de l’art.

Le Musée d’art israélien de Ramat Gan, près de Tel Aviv, a déclenché une polémique dans le monde de l’art la semaine dernière en retirant une peinture de l’artiste David Reeb à la demande du maire de la ville, Carmel Shama-Hacohen.

Le tableau de Reeb montre deux images d’un homme ultra-orthodoxe priant au mur Occidental. Les mots « Jérusalem d’or », une expression courante faisant référence à la capitale, sont écrits en hébreu à côté de l’une des images, et à côté de l’autre, les mots « Jérusalem de merde ».

Après que le musée a ouvert une exposition qui incluait ce tableau, Shama-Hacohen a publié une photo de l’œuvre d’art sur Facebook, demandant aux citoyens s’il fallait la retirer ou la laisser exposée. L’œuvre a ensuite été retirée par le musée à la demande de Shama-Hacohen.

En signe de protestation, une quarantaine d’artistes ont recouvert leurs œuvres exposées au musée de Ramat Gan d’un tissu noir. Shama-Hacohen a alors demandé au personnel du musée d’enlever les toiles, ce qu’il a fait, déclenchant des conflits avec les artistes.

Un tribunal de Tel Aviv a rejeté la demande de Reeb et de l’Association des droits civils en Israël de remettre le tableau en exposition.

Shama-Hacohen a déclaré que cette décision montrait que la préservation de la « dignité humaine » l’emportait sur « l’idée utopique d’une liberté d’expression totale et illimitée ».

« Le tribunal a jugé que notre décision de retirer une œuvre d’art injurieuse et raciste était tout à fait légale et a rejeté la pétition de l’artiste et de l’Association des droits civils », a-t-il déclaré.

יש צדק ושופטים גם בתל אביב! היצירה המבזה לא תוצג בר"ג.✍️בית המשפט פסק שההחלטה שלנו להסיר את היצירה הפוגענית והגזענית…

Posted by ‎כרמל שאמה הכהן‎ on Thursday, December 30, 2021

Le juge a toutefois exhorté le musée à trouver un compromis qui permettrait à l’œuvre d’art d’être exposée dans un espace isolé, avec un avertissement que son contenu pourrait être considéré comme offensant. Le musée n’a pas indiqué dans l’immédiat qu’il envisageait une telle solution.

Dans la lettre de samedi, 43 des 50 artistes dont les œuvres sont actuellement exposées au musée ont demandé le retrait de leurs œuvres, ce qui signifie que le musée resterait pratiquement vide.

Les artistes ont écrit que plusieurs jours après l’inauguration d’une nouvelle exposition, « nous avons été choqués de découvrir que des considérations extérieures et non professionnelles ont fait leur entrée dans le musée. La liberté d’expression a été gravement atteinte, l’exposition est devenue fondamentalement défaillante et notre environnement de travail en tant qu’artistes est devenu dangereux et menacé. »

Carmel Shama-Hacohen, maire de Ramat Gan, lors d’une convention des maires et des chefs de conseils locaux nouvellement élus à Ashkelon, le 27 novembre 2018 (Crédit : Flash90)

« Nous, aux côtés d’une longue liste d’artistes, de musées, de galeries et d’institutions, regrettons que l’intervention politique ait porté atteinte au musée et à son statut professionnel en Israël et à l’étranger », ont-ils écrit. « Au nom de la liberté d’expression et de notre intégrité professionnelle, nous exigeons le retrait immédiat de nos œuvres de l’exposition. »

« Nous accueillerions favorablement un compromis qui permettrait le retour de la peinture de David Reeb et de nos œuvres d’art. »

Roy Barzilai, le président du Musée d’art israélien, a répondu en demandant aux artistes « de ne pas prendre de mesures unilatérales. »

« La persécution du monde de l’art suscite de grandes inquiétudes parmi le personnel du musée et parmi les artistes », a-t-il déclaré. « Je fais personnellement de gros efforts pour persuader les artistes de ne pas céder la victoire aux éléments conservateurs. Je leur suggère de continuer à exposer leurs œuvres tout en manifestant leur protestation, leur colère et leur volonté d’influencer l’opinion publique, mais pas de boycotter. Cela ne nous aiderait pas, ni le monde de l’art. »

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