Réactions après la démission de Yuli Edelstein
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"Guerre contre la démocratie"

Réactions après la démission de Yuli Edelstein

Selon un député travailliste, l'ex-président humilie la Cour suprême ; Regev attaque Kakhol lavan ; Steinitz affirme que le non-respect de la décision pourrait mener à l'anarchie

Le président de la Knesset, Yuli Edelstein, lors du vote sur un projet de loi visant à dissoudre la Knesset, le 11 décembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)
Le président de la Knesset, Yuli Edelstein, lors du vote sur un projet de loi visant à dissoudre la Knesset, le 11 décembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

La bombe lancée mercredi par le président de la Knesset, Yuli Edelstein, qui a annoncé qu’il démissionnait plutôt que de demander au Parlement de voter sur son propre remplacement, comme l’avait réclamé la Haute Cour de justice en début de semaine, a immédiatement suscité un torrent de vives réactions.

En annonçant sa démission, Edelstein a fustigé le jugement de la Haute Cour avec un langage rarement entendu de la part d’un président de la Knesset.

Edelstein a déclaré qu’il fermait le plénum jusqu’à lundi. Sa démission n’entrera en vigueur que dans 48 heures, ce qui signifie que ses actions ont retardé le vote sur le prochain président jusqu’à la semaine prochaine.

Le procureur général Avichai Mandelblit a indiqué à la Cour suprême que, selon lui, le président de la Knesset, Yuli Edelstein, devait exécuter l’ordonnance de la Cour de lundi pour permettre le vote d’un nouveau président aujourd’hui.

Par ailleurs, le conseiller juridique de la Knesset, Eyal Yinon, a déclaré à la Cour qu’à moins d’une nouvelle décision de justice, la démission d’Edelstein n’entrera en vigueur que dans 48 heures, délai jusqu’auquel il n’y a aucun moyen de le forcer à organiser le vote.

Les réactions de la gauche politique ont condamné l’action d’Edelstein.

Le député du parti Kakhol lavan, Ofer Shelah, à la Cour suprême de Jérusalem, le 19 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le député du parti Kakhol lavan, Ofer Shelah, a fait remarquer que la démission n’exemptait pas Edelstein de son devoir de convoquer un vote en plénière sur un nouveau président.

« C’est le summum de la guerre menée par Netanyahu et le Likud contre la Knesset et la démocratie », a-t-il déclaré. « Nous ne laisserons pas faire ».

La députée travailliste Merav Michaeli a déclaré qu’Edelstein « humiliait la Cour suprême » et que « cette crise constitutionnelle est le fond du gouffre, que nous avons atteint après dix ans de pente glissante sous le régime corrompu de Netanyahu ».

Le député Ofer Cassif, le seul juif de la Liste arabe unie à prédominance arabe, a déclaré que le président « a défié la décision de la Haute Cour pour le compte de Netanyahu et nous entraîne dans un régime dictatorial. Les citoyens d’Israël qui se soucient des vestiges de la démocratie doivent protester immédiatement ».

Le dirigeant de Meretz, Nitzan Horowitz, a qualifié la conduite d’Edelstein de « honteuse », notant que c’était la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un président de la Knesset démissionnait. Tant la démission d’Edelstein que son refus de convoquer un vote en plénière étaient une erreur, a-t-il ajouté.

La députée du Meretz Tamar Zandberg, à Jérusalem, le 22 août 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« La démission d’Edelstein n’annule pas une décision de la Haute Cour », a déclaré sa collègue de Meretz la députée Tamar Zandberg, exhortant la commission des Arrangements de la Knesset nouvellement formée soit à « prendre les rênes » et à convoquer un vote en plénière par elle-même, soit à élire rapidement un vice-président de la Knesset pour le convoquer.

Cependant, cela n’est pas possible selon Yuval Yoaz, un analyste juridique de Zman Yisrael, le site jumeau en hébreu du Times of Israel.

Une organisation dirigée par Yoaz, New Contract, a déposé une requête pour outrage au tribunal auprès de la Haute Cour, notant que puisque la démission d’Edelstein n’entre en vigueur que dans 48 heures, il est toujours lié par la décision originale du tribunal le forçant à organiser un vote mercredi.

« Il est toujours autorisé à revenir sur sa démission dans les 48 heures », a déclaré M. Yoaz. « La commission des Arrangements ne peut donc rien faire entre-temps. Et il n’y a actuellement aucun vice-président, donc personne pour prendre les rênes et convoquer le plénum ».

Une autre organisation, le Mouvement pour un gouvernement de qualité, a déclaré qu’elle demanderait à la Haute Cour de permettre au vote d’avoir lieu mercredi.

A droite les réactions sont diverses : quatre membres du Likud de Netanyahu ayant exprimé quatre positions différentes et parfois contradictoires, reflétant le chaos que la démission d’Edelstein avait provoquée.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, a attaqué les partis rivaux Kakhol lavan et Yisrael Beytenu pour avoir provoqué la situation qui a entraîné le départ d’Edelstein.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, assiste à un rassemblement électoral du Likud à Ramat Gan, le 29 février 2020. (Gili Yaari/Flash90)

« Applaudissements pour Gantz, Lapid, Ashkenazi, Bogie [Yaalon] et Liberman », a-t-elle tweeté. « Vous avez réussi. Vous entrerez dans les livres d’histoire comme étant à l’origine de l’un des actes les plus bas que la démocratie israélienne ait connus. Sortez d’ici – une minorité juive aux côtés de la Liste qui soutient le terrorisme ».

Le député Likud Miki Zohar, un allié de Netanyahu, lui a demandé de « mettre fin aux négociations sur l’unité avec Kakhol lavan ».

Un autre député du Likud, Shlomo Karai, a adopté une position différente et a critiqué Edelstein pour sa démission, disant qu’il aurait plutôt dû informer la Haute Cour qu’il n’avait pas l’intention de se conformer à sa décision.

Le ministre de l’Energie du Likud, Yuval Steinitz, a exprimé une autre opinion, affirmant que la décision de la Haute Cour doit être respectée et exécutée car sinon « cela pourrait conduire à l’anarchie ».

Naftali Bennett, ministre de la Défense et chef du parti de droite Yamina, a déclaré « nous devons respecter la loi, obéir à la Cour suprême, sinon le pays va s’effondrer ».

Lundi soir, la Cour suprême d’Israël a décidé à l’unanimité qu’Edelstein devait procéder à un vote d’ici mercredi pour élire son successeur. Dans son jugement accablant, elle l’a accusé de miner la démocratie en refusant de le faire.

Le ministre de la Justice Amir Ohana à la Knesset, le 11 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Edelstein aurait probablement perdu son poste si un vote avait eu lieu mercredi, car une alliance de 61 députés dirigée par le rival de Netanyahu, Benny Gantz, chef du parti Kakhol lavan, a l’intention de soutenir le fidèle de Gantz, Meir Cohen, pour le poste. Le parti Kakhol lavan prendrait alors le contrôle de l’agenda parlementaire.

Gantz a été chargé lundi dernier par le président Reuven Rivlin de former le prochain gouvernement d’Israël, après que 61 des 120 députés l’ont recommandé pour ce poste. Mais les 61 – dont 15 sont issus de la Liste arabe unie – n’accepteraient pas nécessairement de siéger ensemble dans une coalition, et donc ni Gantz ni Netanyahu n’ont une voie claire vers une majorité.

Avant qu’ils ne rendent leur décision, Edelstein – qui a été élu à la Knesset en 1996 et est président depuis 2013 – avait informé le collège de cinq juges qu’il ne programmerait un vote que « lorsque la situation politique serait claire ».

« Je n’accepterai pas d’ultimatums », a déclaré M. Edelstein à la Cour. « Je ne peux pas accepter car cela signifierait que l’ordre du jour de la Knesset est déterminé par la Haute Cour et non par le président de la Knesset, qui est investi de ce rôle ».

Edelstein a déclaré qu’en raison de la situation politique – dans laquelle Gantz, le leader de Kakhol lavan, a été chargé de former un gouvernement malgré le fait qu’il ait remporté moins de sièges que le Likud (33-36) et qu’il semble peu probable qu’il puisse former une coalition – l’élection immédiate d’un nouveau président serait déstabilisante.

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