Réactions de Lapid, Barak et Yaalon après « l’accord d’union »
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Réactions de Lapid, Barak et Yaalon après « l’accord d’union »

Le chef de l'opposition a accusé son ex-allié d'être "la pire imposture de l'histoire du pays" en s'alliant à Netanyahu et d'avoir capitulé face à la coercition ultra-orthodoxe

Yair Lapid chef du parti Yesh Atid-Telem, en conférence de presse le 21 avril 2020. (Crédit : Elad Guttman/Yesh Atid-Telem)
Yair Lapid chef du parti Yesh Atid-Telem, en conférence de presse le 21 avril 2020. (Crédit : Elad Guttman/Yesh Atid-Telem)

Yair Lapid, ancien allié de Benny Gantz, a accusé le dirigeant de Kakhol lavan mardi de commettre « la pire imposture de l’histoire du pays » en s’associant avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Au lendemain de l’accord de coalition « d’urgence » signé par les deux hommes, en vertu duquel Benny Gantz doit succéder à Netanyahu au poste de Premier ministre dans 18 mois, Yair Lapid a reproché à son ex-chef de parti de s’être associé à Netanyahu. Il a affirmé que cette décision aurait pour conséquence que les accusations pour corruption contre le chef du gouvernement ne feraient jamais l’objet de poursuites, que la démocratie israélienne et l’État de droit seraient encore davantage minés, que Gantz avait capitulé face à la coercition ultra-orthodoxe et qu’il était désormais coupable de trahison et d’hypocrisie.

« Il n’y a aucun lien entre ce gouvernement et le mot urgence », a dénoncé Yair Lapid. « En trois semaines de négociations, ils ont parlé de rotation [pour le poste de Premier ministre], de postes, d’une deuxième résidence officielle [pour le Premier ministre par intérim] aux frais du contribuable. Au lieu de lutter contre le coronavirus, ils luttent contre la Cour suprême. Au lieu [d’élaborer] un mécanisme d’indemnisation qui sauverait les petits commerces, ils sauvent Netanyahu de ses déboires politiques ».

Il a promis de lutter contre cette coalition « à la Knesset, dans les tribunaux, dans les rues et les parcs ». Loin de se sentir écrasé, il a assuré ne s’être « jamais senti aussi déterminé de ma vie. Nous avons un pays à sauver, et aucunement l’intention d’y renoncer ».

Gantz, un ancien chef d’état-major, est entré en politique au début de l’année dernier et avait formé une alliance avec le chef du parti Yesh Atid et l’ancien ministre de la Défense du Likud Moshe Yaalon. Leur formation, Kakhol lavan, a fait campagne lors des trois scrutins électoraux, au cours desquels il martelait qu’il ne siégerait jamais dans un gouvernement Netanyahu tant que celui-ci était mis en examen pour corruption. Ils ont également accusé ce dernier de semer la discorde, d’être corrompu et dangereux pour l’État d’Israël.

Après avoir échoué de peu à vaincre le chef du Likud et ses alliés de droite, Gantz a cependant annoncé le mois dernier qu’il était prêt à rejoindre son rival, pour lutter contre le coronavirus et protéger la démocratie israélienne. Il a tenté d’attirer avec lui Lapid et Yaalon, mais ils s’y sont vivement opposés, et leur formation politique s’est dissoute. Lapid devrait désormais diriger l’opposition à la Knesset.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 20 avril 2020. (Crédit : autorisation)

Ce dernier a consacré la majeure partie de son allocution à attaquer Gantz, en commençant par s’excuser « auprès des personnes que j’ai convaincues de voter pour Benny Gantz et Kakhol lavan ces dernières années. Je ne pensais pas qu’ils voleraient vos voix et les donneraient à Netanyahu, qu’ils utiliseraient vos votes pour former le cinquième gouvernement Netanyahu ».

« Vous avez voté pour des gens qui ont promis à vos enfants qu’ils ne siégeraient jamais aux côtés d’un Premier ministre inculpé pour corruption, escroquerie et abus de confiance », a-t-il reconnu. « Et c’est l’inverse qui s’est produit. C’est la pire imposture de l’histoire de ce pays. Au lieu de faire passer Israël au premier plan, ils ont mis leurs postes au premier plan. On ne lutte pas contre la corruption de l’intérieur. Si on est à l’intérieur, on fait partie du problème. Si on est à l’intérieur, on est corrompu ».

Il a également affirmé que le nouveau gouvernement enterrerait le scandale des sous-marins – qui porte sur des transactions présumées illégales par le ministère de la Défense, dans lequel Yaalon a souvent accusé Netanyahu d’être impliqué, mais ce dernier ne figure pas parmi les suspects.

Lapid a déploré le fait que les Israéliens ne connaîtront « jamais la vérité » sur l’implication de Netanyahu dans l’affaire des sous-marins et que le gouvernement s’assurera qu’un scandale de contrepartie supposé impliquant Netanyahu ne fasse jamais l’objet d’une enquête.

Il a déclaré que les termes de l’accord de coalition signifiaient que les dirigeants ultra-orthodoxes Yaakov Litzman et Aryeh Deri « décideront qui fera son service militaire et qui ne le fera pas », sans changer la faible proportion de jeunes hommes ultra-orthodoxes faisant leur service militaire obligatoire.

Le député de Yesh Atid a ajouté que Gantz et ses alliés étaient coupables de « capitulation inconditionnelle » à la coercition ultra-orthodoxe. « Il n’y aura pas de mariage civil. Pas de loi sur la gestation pour autrui. Les abus contre la communauté LGBT se poursuivront. Les écoles ultra-orthodoxes n’enseigneront pas les maths et l’anglais… et ils n’auront pas les moyens de s’auto-financer, et ce sont vos enfants qui en feront les frais ».

Soulignant que l’accord de coalition octroyait à Netanyahu un droit de veto dans la nomination des juges et des procureurs, Lapid a ajouté : « aucune des promesses qui vous ont été faites ne seront honorées. »

« Dans ce gouvernement, Miri Regev choisira le chef de la police. Netanyahu choisira le procureur d’État, le procureur général, et les juges devant qui il devra un jour comparaître. Ils ont démoli la Knesset. Ils ont aboli toute possibilité de supervision. Toutes les institutions censées protéger la démocratie ont été confiées à un homme mis en examen trois fois ».

A LIRE : Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Il a également accusé Gantz d’avoir consenti à une potentielle annexion unilatérale de certains pans de la Cisjordanie et affirmé que cela mettrait fin au traité de paix israélo-jordanien et causerait « des dégâts irréparables à nos relations avec le Parti démocrate et la majorité des Juifs américains ».

Si Gantz a assuré que son association à Netanyahu était largement imputable à la gestion de la crise de la pandémie de Covid-19, son ancien allié a estimé que c’était de l’hypocrisie.

Gantz et son collègue Gabi Ashkenazi « n’ont même pas fait semblant de se soucier de la crise du coronavirus. Ils se sont éloignés de tout ce qui est réellement lié à la crise. Ils n’ont pas demandé le ministère de la Santé, ils n’ont pas demandé le ministère des Finances, la commission économique et la commission ‘Corona’. Ils se sont focalisés sur ce qui leur tenait vraiment à cœur : leur poste ».

Il a critiqué le futur gouvernement « gonflé » – qui pourrait compter jusqu’à 36 ministres et 16 vice-ministres : « en pleine crise, ils ont formé le gouvernement le plus grand, le plus dispendieux, le plus gonflé de l’histoire du pays… Un monstre bureaucratique qu’il sera impossible de gérer, qui coûtera des millions. A vos frais. Et en ces temps sombres ».

Se moquant des propos de Gantz sur son sacrifice personnel pour rejoindre Netanyahu, Lapid a déclaré : « tu es en politique depuis un an, et tu es en route pour le 14e étage du ministère de la Défense. J’ai déjà vu des sacrifices plus importants ». L’ancien chef d’état-major devrait devenir ministre de la Défense dans le prochain gouvernement.

Lapid a salué ses collègues de Yesh Atid, et ceux de la faction alliée Telem, dirigée par Yaalon, qui ont résisté aux appels du pied du Likud.

Les leaders de Yesh Atid-Telem Yair Lapid à droite, et Moshe Yaalon à une réunion à la Knesset, le 24 juin 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Tout le monde ne peut pas être acheté. Je pourrais être ministre des Affaires étrangères. ‘Bogie’ Yaalon pourrait être un ministre haut placé, membre du cabinet de sécurité. Tous mes amis de Yesh-Atid-Telem, chacun d’eux, pourraient être ministre ou vice-ministre. On leur a proposé la lune pour qu’ils les rejoignent », a-t-il dénoncé. « Mais nous n’avons pas perdu notre boussole morale. Nous nous en sommes tenus à nos principes, nous avons maintenu nos valeurs ».

Il a exhorté le public à ne pas sombrer dans la désillusion à l’égard de la politique. « Ne mettez pas les menteurs et les intègres dans le même panier. Croyez-en ceux qui ne vous ont pas trompés. Croyez-en ceux qui ont renoncé à de beaux titres parce qu’ils ont des principes. »

Il a prédit que le gouvernement naissant ne durerait pas. « Quand quelque chose est bâti sur des fondations tordues, ça ne tient pas. Ce gouvernement s’effondrera, plus vite que vous ne le pensez », a affirmé Lapid. « Je sais ce qu’ils pensent l’un de l’autre. Ils ne survivront pas l’un à l’autre. Et c’est une bonne chose. Israël mérite mieux qu’un gouvernement corrompu qui a volé ses voix. »

Le Likud a immédiatement riposté dans un communiqué : « au lieu de faire preuve de responsabilité et d’intégrer un gouvernement national d’urgence pour sauver des vies et le niveau de vie des citoyens israéliens, Yair Lapid préfère rester dans l’opposition, pour essayer d’entraîner Israël vers un quatrième scrutin, et de prêcher la bonne parole depuis le banc de touche. Son temps est révolu ».

Benny Gantz a de son côté déclaré qu’Israël a conjugué, ces derniers mois, « la plus grande crise sanitaire, économique et sociétale de ces dernières décennies » et la plus importante crise politique.

« Certains voulaient continuer à avancer vers une énième élection, et peut-être marquer des points en politique… Mes collègues et moi-même nous y sommes opposés », a-t-il dit. « Nous avons choisi de protéger la démocratie et de lutter contre le coronavirus et ses conséquences. Nous avons dû retrousser nos manches, quitter notre zone de confort », a-t-il ajouté.

Benny Gantz (à gauche), le dirigeant de Kakhol lavan, et Benjamin Netanyahu, le Premier ministre, signent leur accord de gouvernement d’union, le 20 avril 2020. (GPO)

« Nous avons estimé qu’il valait mieux vaincre le coronavirus que gagner sur les réseaux sociaux… nous avons fait passer la cause nationale avant la cause partisane ».

L’ex-Premier ministre et ministre de la Défense Ehud Barak pendant un événement marquant le lancement de l’application Reporty à Tel Aviv, le 16 mars 2016. (Crédit : Flash90)

L’ancien Premier ministre Ehud Barak a, lui, déclaré que le chef du parti Kakhol lavan était « faible et naïf », que l’accord signé avec Netanyahu était une plaisanterie et que ce dernier n’honorerait jamais sa promesse de rotation avec Gantz dans 18 mois. « Prenez-en note », a-t-il souligné.

L’ancien allié de Netanyahu, devenu l’un de ses plus fervents critiques au fil des ans, a affirmé – tout en admettant ne pas avoir de preuves – que ce dernier avait dû faire chanter Gantz au moyen d’informations sensibles afin de le piéger dans cet accord si mauvais.

Aryeh Deri, chef du parti Shas, qui a pris la parole après Ehud Barak, a assuré que Netanyahu avait l’intention de respecter chaque clause de l’accord. Il a affirmé que celui-ci avait promis qu’il céderait le poste de Premier ministre à Gantz, et qu’en vertu de l’accord, il serait dans l’obligation de le faire.

Moshe Yaalon, ancien allié de Gantz, a tweeté mardi que cette journée de Yom HaShoah était « particulièrement difficile ».

« Regarder les informations sur un gouvernement gonflé, dispendieux, qui ne représente ni ‘l’urgence’ ni ‘l’unité’, mais plutôt l’immunité et la corruption, et enchaîner sur un reportage sur un survivant de la Shoah de 94 ans qui appelle la police parce qu’il est à cours de médicaments et qu’il a faim. Sommes-nous devenus Sodome ? Sommes-nous comme Gomorrhe ? C’est une honte ».

La Douzième chaîne a fait savoir que jusqu’à dimanche le Premier ministre avait tenté d’obtenir une majorité de 61 sièges sans Kakhol lavan.

Selon la chaîne, les députés travaillistes Amir Peretz et Itzik Shmuli auraient reçu d’alléchantes propositions s’ils acceptaient de rejoindre le gouvernement sans Benny Gantz.

Shmuli se serait vu proposer les ministères de la Justice ou de l’Éducation, et Peretz celui des Finances et même une rotation de la fonction de Premier ministre pendant un an sur quatre.

Les deux auraient refusé. Le Likud n’a pas commenté ce reportage.

Le président du Parti travailliste Amir Peretz lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 12 mars 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Mardi, le chef du Parti travailliste Amir Peretz a annoncé que son parti rejoindrait le gouvernement d’unité de Netanyahu et de Gantz.

« Le Parti travailliste revient au gouvernement national », a-t-il tweeté. « Nous avons décidé de rejoindre un gouvernement d’unité égalitaire… et dans un an et demi, nous nous associerons à Benny Gantz qui deviendra le 13e Premier ministre d’Israël. Parce que, comme nous l’avons dit, le peuple passe avant tout ».

Le Parti travailliste compte actuellement trois députés, dont une qui a affirmé qu’il refusera de siéger aux côtés de Netanyahu (Merav Michaeli). La déclaration de Peretz doit encore être ratifiée par les membres de sa formation.

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