Reconnaître nos péchés
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Revue de presse

Reconnaître nos péchés

Alors que le jour du Grand Pardon commence, un regard sur ce que les journalistes doivent faire mieux et comment la police gère la religion et le terrorisme

Roni Alsheich prie au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 3 décembre 2015, peu de temps après son accession au poste de chef de la police israélienne/ (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Roni Alsheich prie au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 3 décembre 2015, peu de temps après son accession au poste de chef de la police israélienne/ (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yom Kippour, le jour du Grand Pardon, est proche. L’un des thèmes centraux de la fête, le climax des dix jours dits de repentance, qui commencent avec le nouvel an juif, est le service Vidui, une longue (et machinale) confession marquée par l’auto-flagellation. Ces dernières années, il est devenu tendance en Israël de créer des services Vidui personnalisés, parfois en confessant des péchés d’une nature précise, et parfois sous forme de protestation politique.

Autant que je sache, le quatrième pouvoir d’Israël n’a jamais eu son propre service Vidui, mais s’il en avait un, on pourrait lire quelque chose comme ça :

J’ai commis le péché journalistique de commande.
J’ai commis le péché journalistique d’omission.
J’ai publié des informations non sourcées.
J’ai publié des informations incorrectes.
Je n’ai pas publié de correction, ou ne les ai pas placées de manière visible.
Je n’ai pas reconnu que j’avais tort.
Je n’ai pas eu le courage de vérifier l’information.
J’ai été sensationnaliste.
J’ai publié des communiqués de presse et mis mon nom dessus.
J’ai permis à des responsables de me dicter des articles.
Je me suis trop fié à des informations anonymes sans demander pourquoi la source souhaitait rester anonyme.
J’ai été mesquin.
J’ai été malveillant envers des personnes publiques et d’autres.
J’ai placé mes propres analyses et opinions avant l’information.
J’ai plagié.
J’ai utilisé des citations en accroche.
J’ai inventé des citations.
Je n’ai pas donné le crédit approprié.
Je n’ai pas servi le public.
J’ai utilisé « ils ont déclaré », quand une seule personne parlait.
J’ai envahi l’intimité des gens quand ils étaient à leur plus bas.
J’ai tenté de faire passer les autres pour mauvais.
J’ai frappé des gens quand ils étaient à leur plus bas.
J’ai représenté un programme biaisé.
J’ai utilisé le passif.
J’ai placé être le premier avant être le meilleur.
J’ai péché pour un accès.
J’ai péché pour le prestige.
J’ai péché pour une signature.
J’ai péché pour des clics.

J’ai écrit ce Vidui non seulement pour les autres journaux, mais aussi pour moi et pour le Times of Israël, et je demande pardon au public pour les différentes erreurs de l’année passée, et d’avant.

Cela peut sembler étrange de commencer ainsi un article sur ce que l’on lit dans la presse israélienne imprimée mardi matin, mais cela convient en fait pour une journée pendant laquelle l’information n’est pas dominée par de vraies informations, mais par Yom Kippour et des homélies.

Ces articles eux-mêmes sont le symptôme de la place étrange qu’occupe Yom Kippour dans la psyché israélienne, où il a ce triple devoir de journée solennelle, de communication avec Dieu, de paradis sans voiture, et de journée commémorative tendue pour une guerre brutale et mortelle qui a éclaté il y a 43 ans.

Et tout aussi bizarre sont les journées précédant Yom Kippour, alors que la solennité surgit doucement, plongeant le pays vers ses 25 heures annuelles d’immobilisation (ou de shuckel, ou de vélo, selon votre conviction religieuse).

« Le pays tout entier s’arrêtera aujourd’hui pour marquer le jour qui est presque le plus saint du peuple juif : Yom Kippour. Déjà hier, l’on pouvait sentir la sainteté dans l’air, et des foules de fidèles se rassemblaient pour participer à la cérémonie des Slichot (pardon) le soir », a écrit Israël HaYom.

Beaucoup de ceux qui cherchent à prier Dieu (ou le MSV) pour lui demander un état de pureté utilise ce jour pour demander pardon à ceux qui les entourent, et dans Yedioth Ahronoth, le grand rabbin ashkénaze David Lau a écrit un article cherchant ostensiblement à faire la même chose et à demander pardon au peuple israélien.

En pourtant dans les faits, l’excuse est plus qu’une excuse, une explication de pourquoi le grand rabbinat pense qu’il est acceptable d’intervenir dans beaucoup d’aspects de la vie des Israéliens juifs.

« En tant que membres du peuple juif, nous devons, pour les générations futures, et nos enfants, et nos petits-enfants, nous rappeler des traditions juives, même si nous choisissons de ne pas vivre personnellement en les suivant. Même si certains dans notre peuple ne suivent pas la Torah ou ses lois, nous sommes tous à bord du même grand bateau du peuple juif pour des générations, et il est de notre responsabilité de sauvegarder la coque du bateau, pour que nous puissions arriver là où nous devons arriver, a-t-il écrit. Malgré les difficultés pour maintenir le statu quo entre religion et état, comme il a été instauré sous David Ben Gurion, il est important pour nous, pour chacun d’entre nous, même ceux qui ne sont pas d’accord, de les garder. »

Ce sujet de la relation entre religion et état est très visible dans Haaretz, qui place en une un article annonçant la hausse de la judaïté des forces de police, avec un afflux de recrues religieuses qui défient la manière dont les policiers travaillent.

Selon l’article, cela entraîne une synagogue dans chaque poste de police, que des policiers refusent de voyager pendant Shabbat pour travailler sur des évènements organisés le samedi soir, l’ouverture d’une salle d’étude juive pour les policiers pour qu’ils puissent apprendre s’il est possible de briser le Shabbat pour protéger des vies qui ne sont pas juives, et ce que l’article décrit comme un rassemblement de « renouveau religieux » organisé par des garde-frontières pour les rendre plus religieux.

« Avant, il y avait une synagogue dans les sièges de district et parfois dans ceux des sous-districts », a déclaré, sous couvert de l’anonymat, un policer retraité au journal. « Aujourd’hui, chaque poste de police organise des prières, et même le plus petit poste a une synagogue où les policiers prient. Tant que cela ne touche pas le travail », ça va.

Selon Israël HaYom, pourtant, religieux ou pas, les policiers seront dehors en nombre pendant la fête, notamment ceux qui participent au bouclage total de la Cisjordanie pendant Yom Kippour.

Dans une section spéciale pour Yom Kippour, le quotidien publie ce qu’il dit être le premier entretien avec le chef de la police chargé de la Cisjordanie, Moshe Barakat, qui a pris le poste il y a quelques mois.

En plus de dire que son poste n’est plus le « petit canard » de la police, il conseille également aux Israéliens de ne pas penser que la vague de terrorisme qui a commencé il y a un an et semblait s’être évanouie est terminée.

« Je n’ai pas entendu, que ce soit dans la police ou à l’armée, quiconque dire que la vague était derrière nous. Certes, il y a une baisse du nombre d’incidents, mais je ne pense pas que la vague soit derrière nous, et le sujet des attaques terroristes est au premier plan de chaque évaluation de situation, de chaque discussion et de chaque réunion. Cela n’a pas été remisé », a-t-il déclaré.

Ce qui est par contre derrière nous, c’est bien le deuxième débat de la présidentielle américaine, mais cela n’empêche pas les journaux de se plonger dans le spectacle de dimanche soir, même s’ils sont en retard.

Le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump, à gauche, et sa rivale démocrate Hillary Clinton pendant un débat à l'université de Washington, à St Louis, dans le Missouri, le 9 octobre 2016. (Crédit : Win McNamee/Getty Images/AFP)
Le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump, à gauche, et sa rivale démocrate Hillary Clinton pendant un débat à l’université de Washington, à St Louis, dans le Missouri, le 9 octobre 2016. (Crédit : Win McNamee/Getty Images/AFP)

L’analyste de Yedioth Ahronoth, Nahum Barnea, sous le titre « Derrière elle », accompagné d’une photo de Donald Trump se tenant derrière Hillary Clinton de manière inquiétante, a écrit que le débat n’a pas permis de voir Trump gagner des points, être à égalité, ou même réussir à placer la vidéo de ses commentaires sur des agressions sexuelles contre des femmes derrière lui.

« Trump est venu au deuxième débat en espérant stopper l’hémorragie. Sa présence attaquante, pleine de confiance en lui, a enterré les appels entendus au sein du parti républicain pour qu’il se retire de la course. En ce sens, il a réussi. Mais il est peu probable qu’il ait convaincu un seul électeur, homme ou femme, de voter pour lui, et il est peu probable qu’il ait enterré la vidéo, écrit-il. Peut-être même le contraire : Clinton a réussi à lui faire dire une fois ce qu’il n’avait pas voulu dire, que s’il était élu il la mettrait en prison. Cette réplique a renforcé l’impression qu’il est un homme violent, anti-démocratique, sans contrôle de lui-même, qu’il ne sait pas ce qu’un président peut et ne peut pas faire. Ses partisans ont applaudi, mais ils avaient prévu de voter pour lui de toute façon. »

Dans Haaretz, Chemi Shalev note cependant que Trump a réellement réussi à rester à flot malgré les remarques folles pendant que Clinton échouait à lui décocher un KO.

Comme un fidèle pendant Kol Nidre feuilletant son Mahzor de Yom Kippour pour voir combien de pages il lui reste (environ 1 000 milliards), Shalev a noté, lassé, qu’il « reste encore 29 jours avant que la campagne électorale la plus folle de l’histoire ne soit finalement terminée. »

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