Ménageant ses efforts, Clinton espère que Trump sera l’auteur de sa propre destruction
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Analyse

Ménageant ses efforts, Clinton espère que Trump sera l’auteur de sa propre destruction

A plusieurs reprises durant le débat de dimanche, le candidat républicain s'est révélé à travers ses contre-attaques contre son adversaire démocrate. Cette dernière a donc décidé intentionnellement de continuer à avancer dans le débat

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump, à gauche, et sa rivale démocrate Hillary Clinton pendant un débat à l'université de Washington, à St Louis, dans le Missouri, le 9 octobre 2016. (Crédit : Win McNamee/Getty Images/AFP)
Le candidat républicain à la présidentielle Donald Trump, à gauche, et sa rivale démocrate Hillary Clinton pendant un débat à l'université de Washington, à St Louis, dans le Missouri, le 9 octobre 2016. (Crédit : Win McNamee/Getty Images/AFP)

WASHINGTON — Hillary Clinton a bénéficié d’une position privilégiée dans la soirée de dimanche pour user de la controverse qui a pris au piège son rival, depuis la révélation, vendredi, d’enregistrements audios et vidéos dans lesquels le milliardaire admet avoir agressé sexuellement une femme mariée.

Clinton, en lutte pour devenir la première femme élue président de l’histoire, s’est retrouvée face à un homme qu’on peut entendre se vanter d’attraper une femme par ses organes génitaux grâce à sa célébrité.

C’est cette juxtaposition qui a donné le contraste.

Mais au lieu de perdre trop de temps, d’énergie et de capital à souligner devant les électeurs les mêmes propos qui ont donné lieu à une vive polémique ces derniers jours, elle a adopté une stratégie différente. Elle a démontré avoir la certitude que le seul à pouvoir perdre Trump sur le plateau était Trump lui-même.

Elle est parvenue sûrement à l’attaquer sur ses commentaires obscènes, mais a été rapidement rappelée à l’ordre par les modérateurs. Elle a commencé en évoquant la phrase prononcée par Michelle Obama à la Convention Nationale du Parti Démocrate : « Quand ils s’abaissent, nous nous élevons ».

Elle a alors répété sa certitude quant à l’inaptitude de Trump à devenir président, expliquant à l’auditoire : “Ce que nous avons tous vu et entendu, vendredi, c’était Donald évoquant les femmes. Ce qu’il pense des femmes. Ce qu’il fait aux femmes. Et il a dit que la vidéo ne le représentait pas. Mais je pense qu’il est clair pour tous ceux qui l’ont entendu que cela représente très exactement qui il est”.

Mais quand le débat a abordé d’autres sujets, elle a suivi le mouvement. Peut-être était-ce afin d’éviter à son adversaire de continuer à utiliser des affirmations concernant le comportement passé de son époux Bill Clinton, mais plus probablement parce qu’elle ne pensait pas avoir besoin d’insister.

Les candidats à la présidentielle américaine Donald Trump et Hillary Clinton quittent la scène après le premier débat de la campagne, à New York, le 26 septembre 2016. (Crédit : AFP/ Timothy A. Clary)
Les candidats à la présidentielle américaine Donald Trump et Hillary Clinton quittent la scène après le premier débat de la campagne, à New York, le 26 septembre 2016. (Crédit : AFP/ Timothy A. Clary)

Pendant tout le reste du débat, elle a semblé ne pas avoir désiré utiliser toutes les opportunités qui étaient offertes contre Trump, dont la caractérisation de l’obscénité de son langage, qualifié de “langage de vestiaire”.

Ce faisant, elle a manqué quelques occasions de contre-attaquer certaines des extravagances les plus flagrantes énoncées par le candidat républicain.

Il a ainsi menacé de l’emprisonner s’il était élu président, ce qui, comme l’ont soulevé les réseaux sociaux, appartient autant à la démocratie que le houmous appartient à la tradition culinaire irlandaise.

“Je ne pensais pas avoir à le dire mais je vais le dire, et je déteste le faire, mais si je l’emporte, je donnerais des instrictions à mon procureur-général pour qu’il délègue une enquête particulière sur votre situation car il n’y a jamais eu autant de mensonges, et autant de tromperie, il n’y a jamais eu quoi que ce soit d’équivalent et nous déléguerons un procureur spécial sur le dossier », a déclaré Trump, se référant à l’affaire des mails de Clinton qui avait fait scandale.

La réponse de Clinton ? Elle en a appelé aux contrôleurs des faits puis a remarqué : « C’est simplement terriblement satisfaisant que quelqu’un qui ait le caractère de Trump ne soit précisément pas en charge de la loi dans notre pays ».

“Parce que vous seriez en prison”, s’est exclamé Trump.

A partir de ce point du débat, Clinton s’est contentée d’avancer dans le débat.

Le président syrien Bashar el-Assad, le 12 février 2016 dans son bureau à Damas (Crédit : AFP/Joseph Eid)
Le président syrien Bashar el-Assad, le 12 février 2016 dans son bureau à Damas (Crédit : AFP/Joseph Eid)

Elle n’a pas réagi lorsque Trump s’est laissé aller à l’affirmation erronée selon laquelle “Assad est en train de tuer l’EI, la Russie est en train de tuer l’EI, l’Iran est en train de tuer l’EI ». L’ancienne secrétaire d’Etat a expliqué sa position au sans pour autant faire remarquer à Trump l’inexactitude de son allégation.

Peu avant la déclaration de Trump, ele avait – pour être exact – mentionné que la Russie n’avait pas pris pour cible les militants de l’EI et qu’il était dans l’intérêt de cette dernière de protéger le président syrien Bashar Assad. Mais elle n’a cependant pas repris Trump sur une affirmation rejetée pratiquement par toutes les instances nationales en charge de la sécurité.

Comparez maintenant sa stratégie de débat avec celle qui avait été utilisée par le président Barack Obama contre son challenger, Mitt Romney, lors du dernier scrutin présidentiel.

Pour prendre un exemple : lorsque Romney avait dénigré le chef de l’Etat lors d’un débat parce que, affirmait-il, “la Navy est moins importante maintenant qu’elle ne l’a jamais été depuis 1917,” Obama l’avait tourné en dérision en disant “Eh bien, Gouverneur, nous avons aussi moins de chevaux et de baïonnettes, parce que la nature de nos armées a changé ».

Mitt Romney and Barack Obama face off in Monday night's debate (photo credit: PBS screenshot)
Mitt Romney, à droite, alors candidat républicain à la présidentielle, et le président américain Barack Obama pendant un débat de la campagne présidentielle américaine en octobre 2012. (Crédit : capture d’écran PBS)

Mais avec Clinton et Trump, c’est quelque peu différent. Hormis quelques coups de pique ici et là – parce que le milliardaire n’a pas fait état de sa déclaration de revenus, pour ses propositions controversées, en disant qu’il « vit dans une autre réalité » – elle a apparu satisfaite de le laisser fulminer et s’avancer au cœur du champ de mines politique.

L’objectif de Clinton était assurément d’apparaître posée, de stature présidentielle, en contraste avec le grandiloquent et belliqueux Trump. Mais au lieu de le placer sur la défensive toute la soirée, elle a su exploiter un extrait de la stratégie définie par l’ancien manager de campagne de Trump lui-même, Corey Lewandowski : « Laissez Trump être Trump ».

Parce que si les quelques derniers jours doivent servir d’indicateur, il pourra alors réaliser quelque chose qu’elle ne pourra jamais faire à sa place : se révéler à lui-même et s’auto-détruire.

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