Relations avec Alger, Roger Karoutchi revient au Sénat sur le terme « maboul »
Le sénateur Les Républicains a interpellé le gouvernement : « Dans le cadre des relations franco-algériennes, pouvez-vous nous donner votre définition du terme maboul ?
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Ce mercredi, une joute verbale a opposé le sénateur Les Républicains (LR) Roger Karoutchi au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Au cœur du débat : l’emploi par Emmanuel Macron du qualificatif « maboul » pour désigner les opposants à sa politique de rapprochement avec Alger. Portée par une volonté de normalisation et consciente des manquements, la diplomatie française cherche son équilibre.
La pique présidentielle n’est pas passée inaperçue. Lors d’un déplacement dans un hôpital de l’Ariège le 28 avril, Emmanuel Macron a fustigé « tous les mabouls » qui, selon lui, cherchent à « se fâcher avec l’Algérie ». Cette sortie visait particulièrement la droite et LR, dont l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, son passage au gouvernement ayant été marqué – on s’en souvient – par une crise ouverte avec le pouvoir algérien.
Saisissant l’occasion des questions d’actualité ce mercredi, Roger Karoutchi, sénateur LR des Hauts-de-Seine, a interpellé le gouvernement avec son ironie mordante et sa concision habituelle : « Dans le cadre des relations franco-algériennes, pouvez-vous nous donner votre définition du terme maboul ? ». Pour le parlementaire, l’utilisation de ce terme au plus haut niveau de l’État témoigne d’un manque de considération envers ceux qui prônent une ligne de fermeté.
En réponse, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a tenté de dépasser la polémique sémantique pour justifier la stratégie de l’exécutif. Nommé en octobre dernier, l’ancien préfet de police prône un « réenclenchement » du dialogue sécuritaire et migratoire, qu’il juge indispensable à la « protection même de nos concitoyens ». Il a notamment souligné que la situation des laissez-passer consulaires s’était améliorée depuis sa visite à Alger en février, marquant une étape clé dans la normalisation des rapports bilatéraux.
Toutefois, Roger Karoutchi n’a pas manqué de pointer les zones d’ombre persistantes de ce rapprochement. Il a dénoncé les emprisonnements en Algérie de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes (toujours sous les verrous), tout en fustigeant le caractère « totalement déséquilibré » des accords de 1968 au détriment de la France.
Opposant au terme « maboul » le concept de « charaf » (signifiant respect et loyauté en arabe), le sénateur a appelé à une vie publique fondée sur la dignité plutôt que sur l’insulte. Il a aussi évoqué la Genèse, en rappelant que le mot « maboul » en hébreu signifiait « déluge ». « Chapitre 6, verset 17 : « hamaboul mayim », c’est le déluge des eaux qui distingue la lucidité de Noé. Alors fou ou lucide, » s’interroge le sénateur.
Malgré ces critiques sur le manque de réciprocité d’Alger, le gouvernement a réaffirmé par la voix de Laurent Nuñez son choix d’un « dialogue exigeant, mais nécessaire » et « totalement assumé ».
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