Retour sur la rencontre publique entre Netanyahu et Pompeo, et réactions
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Retour sur la rencontre publique entre Netanyahu et Pompeo, et réactions

Le Premier ministre a reçu le secrétaire d'Etat à Jérusalem pour discuter de coopération bilatérale pendant la pandémie, de l'agression iranienne et des projets d'annexion

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 13 mai 2020. (Crédit : Kobi Gideon/PMO)
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 13 mai 2020. (Crédit : Kobi Gideon/PMO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a reçu mercredi le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo à sa résidence de Jérusalem pour discuter de coopération bilatérale pendant la pandémie, de l’agression iranienne et des projets d’annexion israélienne de pans de la Cisjordanie.

Durant une conférence de presse commune avant leur entretien privé, Netanyahu a présenté ses condoléances à Pompeo. « Cette visite intervient quelques jours après la perte de votre défunt père, Wayne. Je tiens à exprimer les condoléances de ma famille à la vôtre et celles du peuple d’Israël à vous-même. Je dois dire que rien qu’en lisant le portrait de votre père, nous reconnaissons les valeurs qu’il vous a inculquées et qui sont si évidentes dans tout ce que vous faites. Alors, je vous prie d’accepter nos condoléances. »

Avant de le remercier de sa visite en temps de coronavirus : « Nous apprécions au plus haut point le fait qu’il s’agisse de votre première visite à l’étranger depuis un certain temps et qui vous amène en Israël pour six heures. Je pense que cela témoigne de la force de notre relation et de l’engagement du président Trump envers l’État d’Israël, ainsi que de la force de votre engagement envers l’État d’Israël et de notre relation également. Je tiens à vous remercier pour cela aussi. »

Netanyahu a déclaré que le premier sujet de discussion serait la lutte contre la pandémie. « Nous avons beaucoup de choses à nous dire. La première d’entre elles est la pandémie. Le coronavirus est un problème qui touche le monde entier, nos deux pays et tous les autres. Nous désirons parler du renforcement de notre coopération, de nos partenariats, dans la lutte contre le coronavirus. »

« La deuxième chose est qu’il y a quelque chose d’autre qui sévit dans notre région, c’est l’agression et le terrorisme iranien incessant. Je tiens à exprimer ma reconnaissance pour la position ferme que le président, vous-même et l’administration avez adoptée contre l’Iran. Premièrement, en se retirant de l’accord dangereux avec l’Iran. Deuxièmement, en s’attaquant de front aux chefs du terrorisme iranien. Troisièmement, en poursuivant l’embargo sur les armes contre l’Iran qui n’a pas cessé une seule minute ses desseins et ses actions agressives contre les Américains, les Israéliens et tous les autres habitants de la région. Je tiens à exprimer notre reconnaissance pour cela et discuter également de la manière dont nous pouvons poursuivre notre partenariat pour combattre, affronter et faire reculer l’agression de l’Iran au Moyen-Orient, en Syrie et partout ailleurs. »

Netanyahu a enfin évoqué les projets d’application de la souveraineté sur la vallée du Jourdain et des implantations de Cisjordanie. « Le troisième point est que nous sommes en passe de former demain un gouvernement d’union nationale. Je pense que c’est une occasion de promouvoir la paix et la sécurité sur la base des accords que j’ai conclus avec le président Trump lors de ma dernière visite à Washington en janvier. Ce sont tous des défis et des opportunités énormes et nous pouvons les relever parce que nous avons un lien si puissant qui fait que l’alliance entre Israël et les États-Unis est remarquable. Certainement pour nous, mais je pense que pour beaucoup d’autres pays qui regardent autour d’eux. Il existe un lien indissoluble de valeurs et d’intérêts qui fait que cette alliance est restée solide, mais qui l’a aussi fait grandir, et grandir encore et encore. Il n’a jamais été aussi fort, » a dit Netanyahu.

Le diplomate américain n’a évoqué que très brièvement l’annexion, en disant : « Il reste du travail à faire, et nous devons progresser sur ce point. J’attends cela avec impatience. »

« Demain marquera le 72e anniversaire de la reconnaissance du jeune État d’Israël par le président Truman et deux ans d’une autre décision historique, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président Trump. Je pense que cela illustre l’extraordinaire partenariat que nous avons, l’amitié que nous avons, la grande sympathie que le peuple d’Israël et le peuple d’Amérique ont l’un pour l’autre. Votre voyage en cette période en est une puissante expression et je veux vous accueillir dans cet esprit à Jérusalem, » a conclu Netanyahu.

Pompeo rencontrera le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz à 13h30, avant de rentrer aux Etats-Unis en fin d’après-midi.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo atterrit en Israël pour une visite-éclair, le 13 mai 2020. (Crédit : Matty Stern/US Embassy Jerusalem)

De manière « préventive », M. Pompeo ne pourra toutefois pas rencontrer l’ambassadeur américain David Friedman car ce dernier ressent des « symptômes respiratoires » bien qu’il ait été testé négatif au Covid-19, a précisé mercredi matin un porte-parole de l’ambassade américaine.

Sans mentionner nommément la Chine, le secrétaire d’Etat américain l’a accusé d’avoir dissimulé des éléments dans son rôle dans la propagation du coronavirus. « Vous êtes un super partenaire, vous partagez l’information, contrairement à d’autres pays qui tentent de flouter et de cacher les informations », a-t-il dit à Netanyahu. « Nous parlerons aussi de ce pays. »

Netanyahu a répondu en disant que le plus important était « effectivement d’obtenir des informations, puis de les partager ».

« Même durant cette pandémie, les Iraniens utilisent les ressources du régime des ayatollahs pour fomenter la terreur à travers le monde et ce, alors même que le peuple iranien souffre énormément, ce qui en dit long sur l’âme de ceux qui dirigent ce pays », a aussi déclaré Pompeo lors du point de presse. L’Iran, bête noire d’Israël et des Etats-Unis, est le pays le plus affecté par la pandémie au Moyen-Orient, avec plus de 110.000 cas de personnes contaminées – officiellement – recensés.

Avec le groupe terroriste chiite du Hezbollah libanais, autre ennemi de l’Etat hébreu, Téhéran aide militairement le régime syrien de Bachar al-Assad dans sa guerre contre les rebelles et les jihadistes.

Or au cours des trois dernières semaines, au moins six frappes ont été attribuées à l’aviation israélienne contre des cibles pro-iraniennes en Syrie, ce qui a suscité un débat sur la réduction ou le maintien des effectifs en Syrie de l’Iran.

L’Iran « n’a pas arrêté une seule minute ses plans et ses actions violentes contre les Américains, les Israéliens et tous les autres dans la région », a affirmé mercredi M. Netanyahu, disant vouloir « combattre et confronter » les « agressions de l’Iran en Syrie » et ailleurs. L’Iran avait répété dimanche être prêt à un échange de prisonniers avec les Etats-Unis « sans conditions préalables », malgré les tensions extrêmes entre les deux pays, disant que la balle était dans le camp de Washington. Sans démentir d’éventuelles négociations sur les prisonniers, Pompeo avait remercié la Suisse pour « son rôle constant et constructif en tant que puissance protectrice » des intérêts des Etats-Unis en Iran.

L’ancien directeur du Mossad Ram Ben-Barak à la Knesset; le 15 janvier 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Réagissant plus tard aux propos du secrétaire d’Etat américain et du Premier ministre concernant les plans d’annexion, le député Ram Ben Barak (Yesh Atid) a déclaré dans un communiqué qu’une telle politique « minera la vision sioniste ».

« L’annexion unilatérale minera la vision sioniste et les principes de l’établissement de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, contribuera à l’effondrement de l’Autorité palestinienne et portera du tort aux accords de paix avec l’Egypte et la Jordanie – tout cela au nom d’un accomplissement politique éphémère [pour Netanyahu] », a-t-il dit.

Dans une vidéo publiée après la conférence de presse conjointe, le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a affirmé que « le plan d’apartheid de Trump » échouera. « La question douloureuse qui se pose, est de savoir combien d’orphelins et de parents éplorés y aura-t-il, de part et d’autre », a-t-il dit. « Il est impératif que quiconque croit en la démocratie lutte contre ce plan dangereux en Israël, et en coordination avec des partenaires dans le monde entier », a-t-il ajouté.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 20 avril 2020. (Crédit : autorisation)

Après 17 mois d’une saga politique ponctuée de rebondissements et trois élections, le gouvernement d’union de MM. Netanyahu et Gantz doit prêter serment jeudi devant la Knesset.

Or leur accord de partage de pouvoir prévoit le dévoilement à partir du 1er juillet d’une stratégie pour mettre en oeuvre le projet américain, présenté fin janvier à Washington par Trump, dans le but de débloquer le conflit israélo-palestinien.

Le projet américain prévoit de faire de Jérusalem la capitale « indivisible » de « l’Etat juif » d’Israël et l’annexion de la vallée du Jourdain et des plus de 130 implantations israéliennes en Cisjordanie. Le plan prévoit aussi la création d’un Etat palestinien sur un territoire réduit.

« La décision sera prise par Israël et je veux savoir ce que le nouveau gouvernement pense à ce sujet », a déclaré Mike Pompeo dans un entretien avec le quotidien pro-Bibi Israel Hayom diffusé mardi, avant son premier déplacement à l’étranger depuis le 23 mars, en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

Dans un discours à Ramallah mercredi soir, le président de l’Autorité palestinienn Mahmoud Abbas a dénoncé le plan d’annexion sans mentionner directement la visite de M. Pompeo en Israël. Il a réitéré pour la énième fois sa menace de mettre fin aux accords avec Israël « si le gouvernement israélien annonce l’annexion d’une partie de notre terre occupée ».

« Les Etats-Unis sont parties prenantes de ce plan », a riposté le négociateur en chef des Palestiniens, Saëb Erakat, soutenant auprès de l’AFP que Washington ne les avait pas contactés pour préparer cette visite. « Dans nos différents échanges, des dirigeants internationaux nous ont clairement signifié que l’annexion représentait une menace non seulement pour la paix au Moyen-Orient mais pour l’ensemble du système international », a-t-il ajouté.

« Toute décision israélienne d’annexer des colonies, la vallée du Jourdain et le nord de la mer Morte en Palestine occupée serait une étape catastrophique qui tuera les chances de réaliser une paix juste, poussera la région vers plus de conflits », a réagi le ministre jordanien des Affaires étrangères, Aymen al-Safadi.

L’ancien ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro participe à une séance d’adieu à la Knesset avant son départ, le 17 janvier 2017. (Miriam Alster/Flash90)

Netanyahu a désormais devant lui une fenêtre stratégique d’environ quatre mois, entre le 1er juillet et la présidentielle américaine de novembre.

Pompeo assure que toute décision serait uniquement israélienne, mais ses commentaires sont « fallacieux » car « l’administration Trump veut vraiment que l’annexion se concrétise », insiste Daniel Shapiro, ambassadeur américain en Israël sous l’ancien président américain Barack Obama.

A quelques mois de la présidentielle américaine, la question est aussi une question de politique intérieure aux Etats-Unis, où des mouvements évangéliques, soutiens des républicains de Donald Trump, défendent mordicus le projet d’un « grand Israël » incluant dans ses frontières des territoires en Cisjordanie.

« L’administration Trump est probablement peu préoccupée par les délimitations précises, mais cherche à obtenir un accomplissement (…) à présenter à la base évangélique de M. Trump et aux électeurs juifs de droite, afin de les galvaniser pour l’élection de novembre », assure à l’AFP M. Shapiro.

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