Rouhani en Europe, première visite d’un président iranien depuis dix ans
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Rouhani en Europe, première visite d’un président iranien depuis dix ans

Téhéran assiste à un défilé de responsables politiques européens souhaitant normaliser les relations et d'hommes d'affaires avides de prendre leur part d'un marché de 78 millions d'habitants

Hassan Rouhani (Crédit : AFP/ATTA KENARE)
Hassan Rouhani (Crédit : AFP/ATTA KENARE)

Hassan Rouhani entame samedi une visite en Italie et en France, une première en Europe pour un président iranien depuis dix ans qui illustre le réchauffement des relations depuis l’accord sur le nucléaire en juillet.

Le dernier déplacement d’un chef de l’Etat iranien remonte à 2005 : Mohammad Khatami s’était rendu à Vienne et Paris. Il était déjà venu en Italie et en France en 1999, devenant alors le premier président à venir en Europe depuis la révolution islamique de 1979.

La visite de quatre jours de Hassan Rouhani, un religieux modéré élu en 2013, sera dominée par les dossiers géopolitiques, notamment le conflit syrien, commerciaux mais aussi religieux, avec une rencontre prévue au Vatican avec le pape François.

L’Italie et la France étaient, avant les sanctions imposées à l’Iran en 2006, deux des principaux partenaires économiques européens de l’Iran, et elles souhaitent retrouver cette place dans ce pays riche en pétrole et en gaz.

Depuis la signature de l’accord de Vienne en juillet, Téhéran assiste à un défilé de responsables politiques européens souhaitant normaliser les relations et d’hommes d’affaires avides de prendre leur part d’un marché de 78 millions d’habitants.

Rouhani a affirmé mercredi, dans un entretien à la chaîne de télévision France 2, que son pays signerait à Paris des protocoles d’accord dans différents domaines et achèterait « probablement » des avions Airbus pour renouveler la flotte iranienne vieillissante.

Les ministres français et italien des Affaires étrangères, Laurent Fabius et Paolo Gentiloni, avaient été parmi les premiers à venir à Téhéran, fin juillet et début août, pour y transmettre une invitation au président Rohani.

La visite de M. Fabius avait été suivie en septembre de celle d’une forte délégation de 150 hommes d’affaires français venus étudier les possibilités d’investissements en Iran.

Pour certains comme les constructeurs automobiles PSA et Renault ou le pétrolier Total, présents depuis longtemps en Iran, il s’agit d’y reprendre et d’y renforcer leurs activités réduites par les sanctions.

L’ombre de la Syrie

A Paris, où Hassan Rouhani prononcera un discours à l’Unesco lundi, la crise syrienne sera au coeur d’un entretien mardi à l’Elysée avec le président français François Hollande.

L’Iran est, avec la Russie, le principal soutien au régime du président syrien Bachar al-Assad auquel il apporte une aide financière et militaire, y compris l’envoi de conseillers militaires sur le terrain.

Signe de la détente engendrée par l’accord nucléaire, l’Iran a pour la première fois participé, fin octobre à Vienne, à une réunion internationale en vue d’un règlement politique du conflit syrien qui a fait plus de 250.000 morts depuis 2011. Une nouvelle réunion est prévue samedi dans la capitale autrichienne.

Laurent Fabius a rappelé que sur la Syrie, « nous avons une divergence fondamentale avec les Iraniens » concernant le sort du président Assad, que la France juge en grande partie responsable de la situation actuelle et dont elle souhaite le départ.

Mais le président Rouhani a répété mercredi que la résolution de la crise syrienne « n’est pas une question de personne ».

« Nous devons tout d’abord, en Syrie, éradiquer le terrorisme. C’est la première priorité (…) On doit créer la sécurité pour que le peuple puisse rentrer chez lui », a-t-il dit.

Au Vatican, on souligne que le pape François devrait dire à Rouhani qu’il souhaite que l’Iran influe sur Bachar el-Assad pour une transition démocratique.

La position « dure » de Paris lors des négociations nucléaires avait été très critiquée à Téhéran, faisant craindre une marginalisation de la France en Iran après l’accord. Mais M. Fabius avait répondu en juillet à Téhéran que Paris avait eu une « attitude constante, ferme, constructive » dans le but « d’empêcher la prolifération nucléaire ».

Sur le plan du protocole, Téhéran a rappelé que M. Rohani refuserait de participer à un repas à l’Elysée où du vin serait servi. « Conformément aux valeurs et aux enseignements islamiques », les dirigeants iraniens ont pour principe de ne jamais prendre part à des réceptions où de l’alcool est proposé, a rappelé un diplomate iranien.

Paris-Téhéran : relations tumultueuses depuis 1979

Les relations entre Téhéran et Paris, où se rend le président iranien Hassan Rohani, sont tumultueuses depuis la révolution islamique de 1979:

– 6 oct 1978: la France accueille l’ayatollah Khomeiny jusqu’alors exilé en Irak. Le 31 janvier 1979, un avion d’Air France le raccompagne en Iran où il fondera la République islamique. Mais le soutien de Paris à Bagdad durant la guerre Iran-Irak (1980-88) et le contentieux sur le contrat Eurodif après l’arrêt du programme nucléaire du Shah vaudront rapidement à Paris le surnom de « petit Satan ».

– 17 juil 1987: rupture des relations après le refus de Vahid Gordji, officiellement interprète à l’ambassade iranienne, de se présenter devant la justice française enquêtant sur les attentats de 1985-86 à Paris (13 morts). Reprise le 16 juin 1988 après la libération des derniers otages du Liban puis levée en décembre 1988 de l’embargo français d’août 1987 sur le pétrole iranien.

– 5/6 fév 1989: première visite d’un membre du gouvernement français en Iran depuis 1979, celle du ministre des Affaires étrangères Roland Dumas.

– 27 juil 1990: le président français François Mitterrand grâcie Anis Naccache, chef du commando qui a tenté d’assassiner en 1980 l’ancien Premier ministre du Shah Chapour Bakhtiar, réfugié en France. Naccache quitte Paris le jour-même. « L’affaire Naccache » avait nourri 10 ans de bras de fer entre Paris et Téhéran.

– 6 août 1991: Chapour Bakhtiar assassiné près de Paris. Un Iranien, Ali Vakili Rad, sera condamné en 1994 en France à la perpétuité comme deux complices en fuite l’année suivante.

– 29 déc 1991: un accord signé à Téhéran clôture douze ans de contentieux Eurodif.

– 9 nov 1993: attentats contre l’ambassade de France et les locaux d’Air France à Téhéran (un blessé) après l’annonce de la présence à Paris comme réfugiée politique de Mariam Radjavi, épouse du chef des Moudjahidine du Peuple.

– 13 juil 1995: un contrat décroché par Total, le premier de ce type signé par Téhéran avec une compagnie étrangère depuis 1979, permet à Paris de devenir le premier partenaire pétrolier de l’Iran.

– 27/29 oct 1999: premier voyage officiel en France d’un président iranien depuis 1979, Mohammad Khatami reviendra en avril 2005.

– 21 oct 2003: le chef de la diplomatie française Dominique de Villepin à Téhéran avec ses homologues allemand et britannique pour arracher un accord suspendant les activités d’enrichissement d’uranium.

– 27 août 2007: le président français Nicolas Sarkozy évoque un risque de bombardement de l’Iran, jugeant « inacceptable » qu’il se dote de l’arme nucléaire. « Manque d’expérience », lance son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad.

– 16 juin 2009: Sarkozy dénonce « l’ampleur de la fraude » entachant la réélection d’Ahmadinejad. Quinze jours après, la Française Clotilde Reiss, est arrêtée à Téhéran pour s’être mêlée aux manifestations. Elle regagne la France le 16 mai 2010, avec les libérations quasi-simultanées en France des Iraniens Majid Kakavand, recherché par la justice américaine, et Ali Vakili Rad. Paris et Téhéran nient tout marchandage.

– 23 jan 2012: la France en pointe dans l’adoption de sanctions européennes dont un embargo pétrolier contre l’Iran déjà sanctionné par l’Onu depuis 2006.

– 24 sept 2013: première rencontre présidentielle depuis huit ans, à New York entre l’Iranien Hassan Rohani et le Français François Hollande

– 29 juil 2015: première visite d’un chef de la diplomatie française à Téhéran depuis douze ans, Laurent Fabius vient sceller la réconciliation après l’accord du 14 juillet sur le nucléaire entre l’Iran et les grandes puissances prévoyant une levée des sanctions. Paris, dont Téhéran a jugé « dure » la position durant les négociations, affichera fin octobre son soutien à l’inclusion de l’Iran dans les pourparlers sur la Syrie.

– 11 nov 2015: à cinq jours d’une visite à Paris, Rohani évoque un achat d’Airbus. Les délégations commerciales se succèdent à Téhéran avant la levée des sanctions qui ont plombé les échanges franco-iraniens (4 milliards d’euros en 2004, 500 millions en 2013).

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