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Royaume-Uni : le gouvernement critiqué pour sa nouvelle définition de l’extrémisme

Cette initiative, qui n'a pas d'implication légale, survient deux semaines après que Sunak a qualifié l'extrémisme de "poison" pour la démocratie, répandu par "les islamistes et les groupes d'extrême droite"

Illustration: Un homme avec un drapeau du Royaume-Uni, au lendemain du référendum où une majorité de la population britannique a voté pour quitter l'Union européenne, à Francfort, en Allemagne, le 25 juin 2016. (Crédit : Thomas Lohnes/Getty Images/JTA)
Illustration: Un homme avec un drapeau du Royaume-Uni, au lendemain du référendum où une majorité de la population britannique a voté pour quitter l'Union européenne, à Francfort, en Allemagne, le 25 juin 2016. (Crédit : Thomas Lohnes/Getty Images/JTA)

Le gouvernement britannique a présenté jeudi une nouvelle définition controversée de l’extrémisme, qui pour ses critiques risque d’alimenter la division dans le pays en ciblant en particulier des organisations musulmanes dans le contexte de la guerre entre Israël et le groupe terroriste islamiste palestinien du Hamas.

Cette initiative, qui n’a pas d’implication légale, intervient deux semaines après que le Premier ministre conservateur Rishi Sunak a qualifié l’extrémisme de « poison » pour la démocratie, répandu par « les islamistes et les groupes d’extrême droite ».

L’extrémisme est désormais considéré comme « la promotion d’une idéologie basée sur la violence, la haine et l’intolérance » qui vise à « nier ou détruire les droits fondamentaux et libertés fondamentales d’autres » ou « saper, renverser ou remplacer le système britannique de démocratie libérale parlementaire et droits démocratiques ».

La définition inclut également ceux qui cherchent à « créer intentionnellement un environnement permissif pour que d’autres atteignent » l’un des objectifs précédents.

« L’omniprésence d’idéologies extrémistes est devenue de plus en plus claire après les attaques du 7 octobre [groupe terroriste palestinien du Hamas en Israël] et pose un risque réel à la sécurité de nos citoyens et de notre démocratie », a justifié le ministre Michael Gove, en charge du dossier.

Depuis le début du conflit, des associations spécialisées – respectivement le Community Security Trust et Tell MAMA, ont enregistré 4 103 actes antisémites en 2023, en hausse de 147 % par rapport à l’année précédente, et une hausse de 335 % des actes islamophobes sur quatre mois, comparé à la même période douze mois plus tôt.

Le Premier ministre britannique Rishi Sunak s’adressant aux médias, profitant de cette allocution pour avertir que la démocratie est la cible des extrémistes, à Downing Street à Londres, le 1er mars 2024. (Crédit : Alberto Pezzali/AP Photo)

Cette définition est « plus étroite et plus précise » que la précédente datant de 2011, fait valoir le gouvernement, précisant qu’elle vise à « mieux identifier les organisations, individus et comportements extrémistes ».

Concrètement, elle s’appliquera au gouvernement et à ses agents qui ne pourront plus avoir d’interaction, accorder des fonds publics, ou travailler avec les groupes qui seront définis comme extrémistes.

Après les recommandations d’un groupe d’experts, le gouvernement publiera une liste d’organisations jugées extrémistes dans les prochaines semaines.

Mais la démarche du gouvernement conservateur est très critiquée, certains l’accusant de semer la « division », d’autres s’inquiétant d’une menace contre la liberté d’expression, d’autres encore dénonçant une attaque plus particulièrement dirigée vers certaines organisations musulmanes.

« Inutile et inacceptable »

Avant même que ne soit dévoilée cette nouvelle définition, les chefs spirituels de l’Église d’Angleterre avaient ainsi prévenu mercredi qu’elle risquait « de cibler de manière disproportionnée les communautés musulmanes, qui font déjà face à des niveaux croissants de haine ».

« Rassembler les communautés est le rôle majeur du gouvernement […] tout ce qui conduit à la division entre les communautés est mauvais pour le pays », a également dénoncé l’ex-député travailliste John Mann, désormais conseiller du gouvernement sur l’antisémitisme.

« La politique de la division ne fonctionne pas sur le plan électoral », a-t-il ajouté, à quelques mois d’élections législatives qui s’annoncent difficiles pour le parti conservateur, au pouvoir depuis quatorze ans, et sous pression de son aile la plus à droite pour durcir son discours sur les sujets identitaires.

D’autres jugent surtout une formulation maladroite, ouvrant la voie à une restriction de la liberté d’expression.

L’ONG Human Right Watch (HRW) a ainsi qualifié la nouvelle définition « d’inutile et inacceptable », estimant qu’elle est « la dernière tentative du gouvernement pour faire taire les critiques ».

Dans les rangs conservateurs, l’initiative a également fait sourciller. Dans une tribune, la députée conservatrice Miriam Cates s’est dit « très inquiète que cette proposition échoue non seulement à lutter contre les vrais problèmes, mais puisse en réalité menacer les libertés démocratiques fondamentales, celles-là même que les islamistes violents et leurs soutiens veulent détruire ».

Plusieurs médias conservateurs ont relayé ces craintes, à l’image du puissant tabloïd Daily Mail pour qui « dans les mains d’un gouvernement autoritaire dans le futur », cette définition « pourrait être utilisée pour réduire des débats légitimes ».

« Il ne s’agit pas de réduire au silence ceux qui ont des croyances privées et pacifiques » ni « d’affecter la liberté d’expression, qui sera toujours protégée », a toutefois défendu le gouvernement.

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