Ryad va divulguer son enquête après les attaques contre ses sites pétroliers
Rechercher

Ryad va divulguer son enquête après les attaques contre ses sites pétroliers

L'Arabie saoudite a déjà dit que les armes utilisées dans les attaques étaient iraniennes mais n'a pas accusé directement Téhéran

Dans cette photo du 27 novembre 2018, le prince couronné d'Arabie Saoudite Mohammed bin Salman est photographié au palais présidentiel à Carthage, en banlieue est de la capitale Tunis. (Fethi Belaid/AFP)
Dans cette photo du 27 novembre 2018, le prince couronné d'Arabie Saoudite Mohammed bin Salman est photographié au palais présidentiel à Carthage, en banlieue est de la capitale Tunis. (Fethi Belaid/AFP)

L’Arabie saoudite doit annoncer mercredi les résultats de sa propre enquête sur les attaques contre d’importantes installations pétrolières du royaume, où le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo est attendu pour discuter d’une éventuelle riposte, sur fond de vives tensions avec l’Iran.

Ryad a déjà dit que les armes utilisées dans les attaques étaient iraniennes mais n’a pas accusé directement Téhéran, son grand rival régional, contrairement au secrétaire d’Etat américain.

Dans un message envoyé à Washington, l’Iran a lui démenti avoir joué le moindre rôle dans les attaques ayant fait baisser de moitié la production de pétrole saoudienne et fait flamber les prix du brut, avant un repli. La République islamique a, en revanche, apporté un soutien politique aux rebelles yéménites Houthis, qui ont revendiqué les frappes de samedi.

Dans le camp rival, le ministère saoudien de la Défense a indiqué que son porte-parole présenterait mercredi « des preuves matérielles et des armes iraniennes prouvant l’implication du régime iranien ».

Le royaume, premier exportateur mondial de pétrole, veut « des preuves fondées sur le professionnalisme et suivant des normes internationales », a argué mardi le ministre saoudien de l’Energie, le prince Abdel Aziz ben Salmane.

Dans un échange téléphonique avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, le président russe Vladimir Poutine « a appelé à une enquête approfondie et objective », a indiqué mercredi le Kremlin.

Le président français Emmanuel Macron s’est lui aussi entretenu avec le prince héritier, homme fort du royaume, et va envoyer des experts pour participer à l’enquête saoudienne, selon l’Elysée.

C’est également Mohammed ben Salmane que doit rencontrer mercredi à Jeddah Mike Pompeo, dépêché par le président américain Donald Trump afin de « coordonner les efforts pour contrer l’agression iranienne dans la région », selon le département d’Etat.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo (centre-droite) est accueilli par le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa (centre-gauche) après son arrivée à l’aéroport international Manama le 11 janvier 2019. (Andrew Caballero-Reynolds/Pool/AFP)

Le président Trump a affirmé vouloir se concerter avec Ryad et attendre d’avoir la certitude que Téhéran était derrière les attaques.

Mais selon un responsable américain, les Etats-Unis ont la certitude que les attaques, bien que revendiquées par les Houthis, ont été menées depuis le sol iranien et que des missiles de croisière ont été utilisés.

Le prince héritier saoudien a assuré mercredi qu’elles permettaient de tester « la volonté internationale de lutter contre les opérations de sabotage qui menacent la sécurité et la stabilité mondiales », selon l’agence officielle SPA.

« Avertissement »

Qu’il s’agisse de leurs auteurs, du lieu à partir duquel elles ont été menées ou encore de l’armement utilisé, les attaques de samedi comportent à ce jour largement plus de questions que de réponses, du fait de la multitude de versions contradictoires.

Dans une note transmise lundi à l’ambassade de Suisse à Téhéran, qui représente les intérêts américains en Iran, la République islamique a assuré n’avoir « joué aucun rôle dans cette attaque » et « condamné les accusations » américaines, a rapporté mercredi l’agence officielle Irna.

Ce message « met en garde les responsables américains » en soulignant « que si une action quelconque devait être prise contre l’Iran, celui-ci opposerait une réponse immédiate d’une portée bien plus grande qu’une simple menace », d’après la même source.

Le président avait auparavant affirmé que les attaques de samedi étaient « un avertissement » lancé par les rebelles yéménites à Ryad, qui ferait bien d’en tirer « les leçons ».

Le président américain Donald Trump, (à gauche), le 22 juillet 2018, et le président iranien Hassan Rouhani, le 6 février 2018. (AP Photo)

« Les Yéménites (…) n’ont pas frappé un hôpital (…), ils n’ont pas frappé une école (…). Ils ont simplement frappé un centre industriel, attaqué pour vous mettre en garde », a dit Rouhani en conseil des ministres, selon un extrait de son allocution diffusé par la télévision d’Etat.

Ryad intervient depuis 2015 militairement dans la guerre au Yémen en soutien au gouvernement, opposé aux rebelles Houthis soutenus par l’Iran qui se sont emparés de vastes pans du territoire, dont la capitale Sanaa.

Tensions

Les attaques contre l’Arabie saoudite ont réveillé la crainte d’une confrontation militaire avec l’Iran, alors que Washington et Téhéran ont frôlé l’affrontement direct en juin. M. Trump avait dit avoir annulé in extremis des frappes contre des cibles iraniennes après que Téhéran eut abattu un drone américain.

Ces tensions se sont renforcées en mai 2018 avec le retrait américain de l’accord international sur le nucléaire iranien, puis le rétablissement de sanctions américaines contre la République islamique.

Alors que, dimanche, la Maison Blanche avait indiqué que M. Trump n’écartait pas l’hypothèse d’une rencontre avec le président Rohani lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le président américain a finalement dit préférer « ne pas le rencontrer ».

Téhéran avait exclu un peu plus tôt toute négociation avec les Etats-Unis à l’ONU, à moins qu’ils décident de réintégrer l’accord sur le nucléaire iranien, selon les propos de l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême iranien.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...