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Seattle n’empêchera pas sa police de s’entraîner avec les forces israéliennes

Le conseil municipal s'est opposé de peu à une motion qui divisait et dont l'auteure principale avait qualifié Israël de pays qui viole les droits de l'Homme

Illustration - Des policiers courent vers l'entrée du centre commercial Westfield Southcenter après son évacuation suite à une fusillade, le 1er mai 2021, à Tukwila, Washington, au sud de Seattle. (Crédit : AP Photo/Ted S. Warren)
Illustration - Des policiers courent vers l'entrée du centre commercial Westfield Southcenter après son évacuation suite à une fusillade, le 1er mai 2021, à Tukwila, Washington, au sud de Seattle. (Crédit : AP Photo/Ted S. Warren)

JTA – Lors d’une réunion controversée la semaine dernière, le conseil municipal de Seattle a rejeté de peu un projet de loi qui aurait interdit au service de police de la ville de s’entraîner avec les forces israéliennes.

Le projet de loi, qui a été rejeté par un vote de 5-4 lors de la réunion du conseil le 20 septembre, a été proposé à la suite du conflit de mai entre Israël et le Hamas à Gaza.

Sa principale marraine était une membre socialiste du conseil, Kshama Sawant, qui a également mené une manifestation en juin visant à empêcher un cargo israélien d’accoster dans le port de Seattle.

Le rejet du projet de loi marque au moins le troisième vote de ce mois au cours duquel une importante motion locale anti-israélienne présentée dans le sillage du conflit de mai n’était pas adoptée.

Il y a deux semaines, le conseil municipal de Burlington, dans le Vermont, a voté le retrait d’une résolution visant à boycotter Israël. La semaine dernière, le syndicat des enseignants de Los Angeles a voté pour reporter « indéfiniment » un vote de boycott.

À Seattle, Sawant cherchait initialement à interdire à la police de la ville de s’entraîner avec les forces militaires ou policières israéliennes. Le projet de loi avait ensuite été modifié pour interdire une formation avec l’armée ou la police de tout pays qui n’a pas rejoint certains traités internationaux relatifs aux droits de l’Homme, ou qui a été jugé par un tribunal international ou par les Nations unies comme ayant violé les conventions relatives aux droits de l’hHomme.

Kshama Sawant, membre du conseil municipal de Seattle, photographiée ici en janvier 2020, a parrainé une loi qui aurait empêché les policiers de Seattle de suivre une formation auprès des forces israéliennes. (Crédit : Jason Redmond/AFP via Getty/via JTA)

Les groupes de défense des droits de l’Homme, ainsi que l’Assemblée générale des Nations unies, ont accusé Israël de violer la Quatrième convention de Genève, qui stipule que « la puissance occupante ne devra pas déporter ou transférer une partie de sa propre population civile dans le territoire qu’elle occupe ».

Le projet de loi fait suite à une campagne menée depuis des années par des groupes pro-palestiniens, dont le Jewish Voice for Peace, pour s’opposer à des délégations de la police américaine en Israël. Plus de 1 000 officiers supérieurs de la police américaine ont participé à ces délégations, qui visent à apprendre aux agents des pratiques israéliennes en matière de contre-terrorisme et de sécurité.

Certains des groupes qui s’opposent à ces délégations les ont qualifiées « d’échange mortel » dans lequel les forces de police américaines adoptent les pratiques abusives des forces israéliennes.

Les organisateurs du voyage affirment que cette allégation est fausse, et certains disent que les suggestions selon lesquelles Israël est à blâmer pour les pratiques policières racistes aux États-Unis relèvent de l’antisémitisme.

Lors du débat précédant le vote du 20 septembre, les membres du conseil ont déclaré qu’ils avaient parlé avec des groupes juifs opposés au projet de loi, ainsi qu’avec des groupes locaux qui le soutenaient.

Un amendement qui aurait élargi le projet de loi pour interdire les échanges de policiers avec tous les pays a échoué, en partie parce que la police de Seattle travaille fréquemment avec les forces de police du Canada, à moins de deux heures de route.

Alors que le débat touchait à sa fin, les membres du conseil se sont demandé si la législation proposée était antisémite. La fédération juive locale, ainsi que l’Anti-Defamation League, qui dirige les délégations de police en Israël, se sont opposées à la législation. Jewish Voice for Peace, un groupe antisioniste qui a fait campagne contre les échanges de policiers, a soutenu la législation.

Des manifestants au port d’Oakland, où ils ont arrêté un porte-conteneurs appartenant à la société israélienne Zim Integrated Shipping Services Ltd. dans le cadre d’une campagne liée au mouvement BDS, le 4 juin 2021. (Crédit : Brooke Anderson via J : Jewish News of Northern California via JTA)

Alex Pedersen, un membre du conseil qui s’est opposé à la législation, a déclaré qu’il voulait « démilitariser » la police de Seattle, mais qu’il avait déterminé que le projet de loi était une distraction contre laquelle les organisations juives locales avaient mis en garde.

« Je crois que cette législation a été non seulement une distraction mais aussi une source de division », a-t-il déclaré, citant « les dirigeants des synagogues et de notre ville qui sont très préoccupés par l’origine, l’intention et l’impact de cette législation. D’un point de vue politique, je pense que la législation semble être une solution dévoyée à la recherche d’un problème. »

Mais Sawant a déclaré que le projet de loi ne visait pas les Juifs, mais un pays qui, selon elle, viole le droit international et les droits de l’Homme. « Nous luttons tous et ils luttent tous à nos côtés contre l’antisémitisme parce qu’ils comprennent la lutte commune contre toutes les formes d’oppression au niveau international », a-t-elle déclaré au sujet des membres de son personnel et des militants alliés.

« Cette idéologie de la haine ne dispense aucune nation ni aucun gouvernement, y compris la ville de Seattle, de dénoncer les auteurs de violations des droits de l’Homme où qu’ils se trouvent, et d’aligner sa politique, comme la formation de la police, sur nos valeurs déclarées en matière de droits de l’Homme. »

Le débat a été marqué par des interruptions et des attaques personnelles entre les membres du conseil. À la fin, la présidente du conseil Lorena Gonzalez s’est excusée auprès des spectateurs de la réunion pour cette tension.

« Les températures sont très élevées en ce moment », a-t-elle déclaré. « Et c’est exactement une partie de la raison pour laquelle je pense que ce projet de loi n’est peut-être pas aussi utile que vous l’auriez souhaité, même au sein de ce conseil municipal très diversifié. »

« Je suis désolée pour ce qui s’est passé et je veux encourager les dirigeants de cette ville à s’efforcer de montrer l’exemple », a-t-elle ajouté.

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