Sharansky met en garde contre une recrudescence de la crise entre Israël et la Diaspora
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Sharansky met en garde contre une recrudescence de la crise entre Israël et la Diaspora

A la Knesset, le chef de l'Agence juive indique aux législateurs que d'ici deux mois, le 'cessez-le-feu' expirera si le gouvernement échoue à agir

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Natan Sharansky, président de l'Agence juive, à la Knesset, le 27 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Natan Sharansky, président de l'Agence juive, à la Knesset, le 27 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de l’Agence juive Natan Sharansky a mis en garde mardi les législateurs israéliens face à une nouvelle recrudescence majeure de la crise entre Israël et la communauté juive de la Diaspora, avertissant qu’elle éclatera si le gouvernement se trouve dans l’incapacité de passer à l’action sur les questions du mur Occidental et de la conversion.

« Je dois vous avertir que cette crise continue. Et dans deux mois, nous pourrions en connaître une nouvelle », a dit Sharansky au début de la session spéciale du groupe parlementaire de la Knesset chargé du renforcement du peuple juif.

Prenant la parole devant une salle bondée de leaders juifs du monde entier et de législateurs israéliens de partis politiques variés, Sharansky a remercié le gouvernement pour sa volonté de débattre du sujet mais a déploré qu’aucun progrès n’ait été réalisé depuis le mois de juin, lorsque le cabinet a annulé l’accord qu’il avait passé avec les courants non-orthodoxes et les organisations juives, causant une vive surprise.

« Nous avons convenu d’un cessez-le-feu de six mois pendant lequel il y devait y avoir des initiatives prises à la Knesset et aucune initiative prise devant la cour suprême », a-t-il dit. « Mais quatre mois ont passé et rien n’est arrivé. Si dans deux mois, on me demande encore d’organiser un cessez-le-feu, je ne serai pas en mesure de le faire ».

Sharansky a recommandé vivement aux législateurs présent de « prendre très au sérieux » la controverse portant sur la prière pluraliste au mur Occidental de Jérusalem et la législation proposée sur la conversion au judaïsme. « Il ne s’agit pas de coalition ou d’opposition. Il s’agit d’accomplir quelque chose en faveur de l’unité du peuple juif ».

Une vue du mur Occidental dans la Vieille ville de Jérusalem, le 23 juin 2017 (Crédit : Mendy Hechtman/Flash90)
Une vue du mur Occidental dans la Vieille ville de Jérusalem, le 23 juin 2017 (Crédit : Mendy Hechtman/Flash90)

Au mois de juin, le cabinet a suspendu l’accord passé en 2016 à l’issue de quatre années de négociations qui promettait des améliorations significatives de la plate-forme de prière pluraliste au mur Occidental. Il a également gelé une décision de faire avancer un projet de loi controversé qui aurait empêché la reconnaissance par l’Etat des conversions conduites en Israël par des rabbins – notamment des rabbins orthodoxes – non approuvés préalablement pour cette tâche par le rabbinat d’Etat.

Après des protestations vives à tous les niveaux de la part du monde juif, le Premier ministre Netanyahu a nommé Moshe Nissim, 82 ans, ancien ministre de la Justice et des Finances, pour qu’il trouve une solution à cette controverse sur les conversions. Il a également chargé le ministre de la Coopération régionale Tzachi Hanegbi de travailler sur un compromis au mur Occidental.

Mardi, Hanegbi a fait savoir aux délégués du conseil de l’Agence juive qu’Israël prévoit d’aller de l’avant et de rénover la plate-forme de prière pluraliste au mur mais a clairement établi que le gouvernement ne mettra pas pleinement en oeuvre l’accord du mois de janvier 2016. De manière plus notable, il a insisté sur le fait que l’Etat juif ne construira pas une entrée commune aux trois zones de prière – les sections pour les hommes et les femmes orthodoxes et ce qu’on appelle la place « Ezrat Yisrael », où les hommes et les femmes prient côte à côte.

Au cours de la session de mardi qui a duré une heure et demie, d’innombrables législateurs – de l’opposition et de la coalition – se sont succédé au micro pour exprimer leur appréciation de la communauté juive de la diaspora ainsi que leur inquiétude face à la crise actuelle, mais sans proposer quoi que ce soit qui puisse la résoudre.

« Je veux vous dire que la relation [entre Israël et] la communauté juive américaine est très importante pour nous. C’est vrai que cela ne paraît pas toujours le cas mais elle est très importante », a indiqué le président de la coalition David Bitan (Likud), qui co-préside également le groupe parlementaire chargé du renforcement du peuple juif.

« Nous sommes conscients de vos besoins et de l’influence que vous avez en Amérique et en Israël mais nous avons aussi des problèmes internes », a-t-il ajouté, faisant probablement allusion aux contraintes émanant des partenaires ultra-orthodoxes de la coalition de son parti. « Alors nous nous efforçons en permanence de naviguer entre tous les problèmes différents existants. Mais il y aura une solution et tout se mettra en place. Comme tout en Israël, les choses demandent du temps », a-t-il affirmé.

Le ministre Tzachi Hanegbi s'adresse au conseil d'administration de l'Agence juive à l''Ezrat Israel' l'espace de prière égalitaire au mur Occidental, le 30 octobre 2017 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Le ministre Tzachi Hanegbi s’adresse au conseil d’administration de l’Agence juive à l »Ezrat Israel’ l’espace de prière égalitaire au mur Occidental, le 30 octobre 2017 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Le vice-ministre pour la diplomatie Michael Oren (Koulanou) a été l’un des quelques membres de la coalition à explicitement appeler le gouvernement à mettre en oeuvre l’accord original sur le mur Occidental. En attendant, il a toutefois recommandé d’insister sur les améliorations à apporter à l’apparence actuelle de la plate-forme pluraliste.

Le législateur Yehuda Glick (Likud) est allé encore plus loin en accusant le gouvernement d’avoir trahi la communauté juive de la diaspora.

« Dans les relations humaines de base, un accord est un accord. On ne peut pas rompre un accord. Et là, je crois que le gouvernement a tourné le dos [à la communauté juive de la Diaspora] et la responsabilité de résoudre ce problème en incombe au gouvernement israélien », a dit le nouveau législateur né aux Etats-Unis, sous peine qu’une partie du peuple juif ne s’éloigne d’Israël.

A la fin de la session, le chef de l’Agence juive, Sharansky, a une fois encore rappelé aux politiciens israéliens que le temps passe pour trouver une solution, le « cessez-le-feu » convenu au mois de juin expirant dans quelques semaines.

« Nous apprécions profondément les sentiments forts exprimés par tous les membres de la Knesset qui ont évoqué l’importance de résoudre les problèmes devant nous », a commenté David Breakstone, le numéro deux de l’Agence juive, auprès du Times of Israël à l’issue du débat. « Ce qui est important que nous entendions maintenant, ce sont quelles initiatives pratiques sont prises pour avancer sur ces questions ».

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