Shas veut interdire les prières mixtes au mur Occidental
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Shas veut interdire les prières mixtes au mur Occidental

Le projet de loi du parti ultra-orthodoxe soumet le lieu saint aux règles religieuses du rabbinat israélien

Des militants juifs libéraux entrent au mur Occidental avec des rouleaux de Torah, le 2 novembre 2016. (Crédit : autorisation)
Des militants juifs libéraux entrent au mur Occidental avec des rouleaux de Torah, le 2 novembre 2016. (Crédit : autorisation)

Le parti Shas a annoncé lundi qu’il proposerait une loi qui interdirait l’organisation d’offices de prières pluralistes sur la place du mur Occidental.

La description du projet de loi du parti ultra-orthodoxe affirme qu’il a pour objectif d’empêcher des actes, notamment des « cérémonies religieuses », qui « ne sont pas adaptés à la coutume en place, qui offenseraient la congrégation qui y prie. »

Si le projet de loi était voté, il mettrait fin à l’accord négocié et accepté il y a presque un an par le cabinet, qui avait décidé de la mise en place d’une zone de prières mixte le long de celle contrôlée par les orthodoxes au lieu saint.

Le compromis entraînait la construction d’une plate-forme de prières permanente à l’extrémité sud du mur Occidental, en partie dans le parc archéologique Davidson, également connue sous le nom d’Arche de Robinson. Il existe actuellement à cet endroit une petite plate-forme de prières temporaire.

Le projet de loi de Shas définit la zone entière comme un lieu saint gouverné par les mêmes définitions de pratiques et de lois religieuses que celles instaurées par les cours rabbiniques et le grand rabbinat d’Israël. Les offices de prières seraient ainsi limités uniquement à la pratique orthodoxe approuvée par l’Etat.

Le projet de loi pénaliserait aussi ceux qui défient ses restrictions, notamment les organisateurs de services mixtes, de lectures de la Torah par des femmes, où les femmes portant un talith et des tefillins. La peine maximale serait de six mois de prison et 10 000 shekels d’amende.

Le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 17 juillet 2016. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)
Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet dans les bureaux du Premier ministre, à Jérusalem, le 17 juillet 2016. (Crédit : Alex Kolomoisky/Pool)

Aryeh Deri, président de Shas et ministre de l’Intérieur, a rédigé un projet de loi en fin de semaine dernière et tente actuellement de rassembler le soutien de la coalition en le présentant comme un projet de loi soutenu par le gouvernement, a annoncé le site d’informations ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat.

Il est quasiment certain que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de l’Education Naftali Bennett, qui ont soutenu le compromis de 2015, s’opposeront au projet de loi, tout comme les ministres et députés de la coalition moins religieux, notamment au sein des partis Koulanou et Yisrael Beytenu. Il a ainsi peu de chances d’être voté.

Yizhar Hess, qui préside le mouvement conservateur en Israël, a déclaré que le projet de loi était de la « folie ».

« Nous n’avons jamais imaginé, a-t-il déclaré dans un communiqué, que ce gouvernement soutiendrait un tel acte post-sioniste. Ce projet de loi dit à la grande majorité des juifs en Israël et dans le monde qu’ils ne sont pas juifs. »

Le rabbin Gilad Kariv, qui dirige le mouvement réformé d’Israël, a déclaré que le projet de loi était une incitation ultra-orthodoxe à la haine contre les juifs réformés.

« Il est terrifiant de voir qu’au lieu de condamner les menaces de mort que les dirigeants du mouvement réformé ont reçu ces derniers jours, le président de Shas continue d’inciter à la division et à la haine. »

Hess et Kariv ont appelé Netanyahu à torpiller le projet de loi, a annoncé le site d’informations Ynet.

En septembre, la Haute cour de justice avait demandé à Netanyahu de mettre en place le compromis permettant des prières égalitaires et non orthodoxes au mur Occidental, notant que la décision du cabinet avait déjà été acceptée.

Quand il a été approuvé en janvier dernier, le compromis avait été affiché comme un symbole d’ « unité juive » par beaucoup de dirigeants de la Diaspora, mais il était devenu en quelques jours la cible de la colère des ultra-orthodoxes et avait menacé la coalition de Netanyahu. Sa mise en place a depuis été gelée.

En mars, Deri aurait proclamé que le projet du mur Occidental était « terminé ».

L'une des nombreuses réunions de négociation ayant précédé l'accord du mur Occidental de janvier 2016. Sont présents le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l'ancien secrétaire du cabinet Avichai Mandelblit (en veste noire), le rabbin Steven Wernick, dirigeant du mouvement Masorti, le directeur exécutif du mouvement Masorti Yizhar Hess (en lunettes) et la rabbin Julie Schonfeld, qui dirige l'Assemblée rabbinique du mouvement Masorti. (Crédit : Yizhar Hess)
L’une des nombreuses réunions de négociation ayant précédé l’accord du mur Occidental de janvier 2016. Sont présents le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’ancien secrétaire du cabinet Avichai Mandelblit (en veste noire), le rabbin Steven Wernick, dirigeant du mouvement Masorti, le directeur exécutif du mouvement Masorti Yizhar Hess (en lunettes) et la rabbin Julie Schonfeld, qui dirige l’Assemblée rabbinique du mouvement Masorti. (Crédit : Yizhar Hess)

L’accord avait été conclu après trois ans de négociations menées par Natan Sharansky, le président de l’Agence juive, et Avichai Mandelblit, qui était alors le secrétaire du cabinet et est actuellement le procureur général du pays. Les négociations ont rassemblé des représentants des mouvements conservateurs et réformés, la Fondation pour le patrimoine du mur Occidental, qui gère le site, et le groupe des Femmes du Mur, qui fait campagne pour y autoriser la prière égalitaire.

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