Son mariage en crise, une Israélienne se console en filmant le mur Occidental
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Son mariage en crise, une Israélienne se console en filmant le mur Occidental

Le documentaire de Moran Ifergan juxtapose une histoire personnelle avec des événements plus importants dans la société israélienne

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Après la naissance de son premier enfant il y a plusieurs années, Moran Ifergan, 35 ans, a développé une dépression post-partum. Son mari à l’époque, le célèbre chef Assaf Granit, était occupé à gérer sa carrière et voyageait constamment à l’étranger. Sa mère et ses soeurs, ouvrières, vivaient à Beer Sheva, alors qu’elle habitait à Jérusalem, séparées par la distance et par les barrières culturelles et sociales qu’elle avait franchies pour devenir une documentariste accomplie.

Dans un film de sept minutes, « Maternity Leave », qui a été projeté au MoMA en 2013, elle a décrit les mois qui ont immédiatement suivi la naissance de son fils.

« Je n’ai pas quitté la maison pendant un mois entier … l’épuisement et la claustrophobie m’ont rendue folle », raconte-t-elle dans le film. « Je n’étais pas la même personne. Je me demande si c’est juste moi ou s’il y a un silence général autour de la naissance et des bébés. »

La réalisatrice de documentaires Moran Ifergan (capture d’écran Facebook)

Ce qui a aggravé la dépression d’Ifergan, c’était le sentiment que son mari, dont elle allait divorcer, n’était ni physiquement ni mentalement présent pour l’aider. C’est dans cet état d’esprit qu’elle a commencé à visiter le mur Occidental à Jérusalem, et qu’elle s’est mise à filmer. Son sentiment de mélancolie se mélangeait bien avec les femmes qui priaient et recherchaient un réconfort spirituel.

Ifergan est retournée sur le site plusieurs fois pendant plus d’un an et a filmé tout ce qu’elle y voyait : des gens prier, un rabbin enseignant une leçon de Talmud sur les femmes infidèles, une femme qui vendait des ficelles rouges en échange de bénédictions à l’entrée du lieu. Elle a également filmé des cérémonies d’assermentation de l’armée et de deuils lors de Yom HaZikaron.

Une photo de ‘The Wall’ de Moran Ifergan. (Autorisation de Lev Cinemas)

Dans une scène, des pieds, vraisemblablement ceux de la réalisatrice, marchent sur un trottoir en pierre. Nous entendons un message enregistré d’un ami attentionné : « Mori, ma chérie, je ne peux pas arrêter de penser à toi. Tu ne réponds pas et je suis inquiète. Dans notre dernière conversation, tu étais trop enthousiaste lorsque tu parlais de l’idée de cette auteure de plonger sa tête dans un four, Virginia Woolf … ah, non, c’était Sylvia Plath, désolée. Je sais à quel point on peut ressentir la solitude à Jérusalem. Et toutes tes convictions déprimantes sur le monde, que cette vie est dure et que tous les hommes sont infidèles. Ça ne devrait pas être comme ça, ma chérie. Je veux que tu viennes à Tel Aviv, le soleil brille ici. Alors que faire si vous vous êtes mariés ? Vous pouvez changer d’avis et faire les choses différemment. Dans ma famille, si vous ne vous mariez pas au moins trois fois, vous êtes vraiment bizarre. »

A la fin du message enregistré, nous voyons que la réalisatrice est arrivée à destination, non pas à Tel-Aviv, mais à l’ancien mur de soutènement du Temple dont les fissures sont remplies de mots provenant des fidèles.

Dans une autre scène, le mari de Moran l’appelle. Elle lui demande s’il souhaite qu’elle mette un mot dans le mur pour lui. Il lui dicte une prière, « Je souhaite, si possible que Moran, Léo et moi soient une famille aimante et que les choses soient bonnes pour nous tous ensemble. Je souhaite être suffisamment sensible pour être un bon père et qu’un jour tu me verras différemment et que tu m’aimeras de nouveau. »

La réalisatrice sourit et met le mot dans le mur. Dans la scène suivante, on peut voir des employés retirer des milliers de mots du mur et les jeter dans un sac poubelle.

Beaucoup de passages dans le film tourne autour de conversations entre la cinéaste, sa mère et sa soeur. Le spectateur ne voit jamais les femmes mais entend simplement leurs voix. Ifergan parle avec l’accent et le vocabulaire d’une Israélienne de classe moyenne supérieure tandis que sa mère et sa sœur parlent comme des femmes nord-africaines de la périphérie d’Israël.

Une grande partie du travail d’Ifergan se concentre sur son passé Mizrahi et parle d’elle, comme d’une fille qui s’est éloignée des quartiers pauvres et de la religion, et qui a sciemment ou inconsciemment essayé de « devenir » ashkénaze. La mère d’Ifergan trouve ses choix de vie incompréhensibles, et même si Ifergan aime clairement sa famille, le film met en lumière sa façon de naviguer à l’intérieur de ses propres valeurs.

Le film sera présenté dans les cinéma Lev dans tout Israël à partir du 9 mars.

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