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Suède : Controverse autour d’un exercice négationniste recommandé aux lycées

Le chef d'un groupe de veille sur l'antisémitisme a estimé que l'exercice, demandant aux élèves de démontrer que la Shoah n'a pas existé, est une "pure idiotie"

La ministre suédoise de l'Éducation Anna Ekström. (Capture d'écran : YouTube)
La ministre suédoise de l'Éducation Anna Ekström. (Capture d'écran : YouTube)

JTA — L’Agence nationale pour l’éducation, en Suède, a recommandé aux enseignants un exercice demandant aux élèves de tenter de prouver que la Shoah ne s’est jamais produite, dans le cadre d’une initiative visant à leur faire comprendre les théories du complot.

Cette recommandation a été faite dans un manuel à destination des professeurs de lycée qui a été récemment publié par l’institution gouvernementale en charge des questions relatives à la scolarité, a fait savoir le quotidien Aftonbladet au début du mois.

« Le Groupe 1 doit trouver au moins trois arguments démontrant que la Shoah n’a jamais existé à l’aide de faits et d’informations trouvées sur internet. Les élèves peuvent aussi demander aux autres ce qu’ils croient et pourquoi », dit l’exercice suggéré.

Le manuel présente un autre exemple similaire, encourageant les élèves à soutenir l’idée que l’alunissage de 1969 a résulté d’une mise en scène. Le manuel qualifie ce premier voyage de l’être humain sur la lune et la Shoah de « sujets controversés ».

Le Conseil central Juif et d’autres critiques de cet exercice ont déclaré que demander aux élèves de se prêter volontairement au négationnisme concernant le génocide était une offense faite aux victimes, et que la valeur pédagogique de l’initiative était douteuse.

« Même si l’intention est bonne, il y a un danger à déclarer que la Shoah est ‘controversée’, » a déclaré Aron Verständig, président du Conseil central juif suédois, à Aftonbladet. Il a qualifié l’exercice de « bizarre ».

Svante Weyler, dirigeant du groupe de veille Comité suédois contre l’antisémitisme, a indiqué que l’exercice était, à ses yeux, « une pure idiotie ». Sur tous les sujets disponibles pour un exercice de ce type, « la Shoah est le pire. C’est une idée grotesque de penser qu’un tel exercice puisse avoir lieu dans les salles de cours de Suède », a-t-il dit au journal.

Le journal n’a pas précisé si l’exercice avait déjà été fait en classe.

Pernilla Sundström, porte-parole de l’agence chargée de l’éducation, a au contraire défendu l’exercice qui, a-t-elle confié à Aftonbladet, vise à aider les professeurs à aborder « des thématiques susceptibles d’entraîner des tensions dans les classes ». La Shoah, a-t-elle ajouté, « relève d’une telle thématique précisément en raison de l’antisémitisme ».

Björn Söder, membre du Parti des démocrates de Suède, une formation populiste de droite, a interrogé la ministre de l’Éducation Anna Ekström sur le sujet, lui demandant d’expliquer comment cet exercice parvenait à s’inscrire dans le cadre de la politique gouvernementale de lutte contre l’antisémitisme. Ekström devrait apporter sa réponse en date du 27 octobre.

Le débat rappelle une controverse qui a eu lieu au Texas suite à l’adoption d’une loi prévoyant d’interdire le débat au sujet de la Théorie critique de la race – dont l’objectif est de sensibiliser les élèves au racisme systémique aux États-Unis – dans les salles de cours.

Au début du mois, un administrateur d’un établissement du district scolaire indépendant de Carroll, à Southlake, avait été enregistré en train de dire qu’avec cette nouvelle législation, les enseignants devaient « s’assurer que si vous avez un livre sur la Shoah, vous aurez un livre qui a une autre position, qui ouvre d’autres perspectives » sur le sujet.

Clay Robison, porte-parole de l’Association des enseignants de l’État du Texas, avait indiqué que la déclaration faite par l’administrateur relevait « d’une mauvaise interprétation » de la loi.

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