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Analyse

Suspension des liens commerciaux avec la Turquie : Les importateurs cherchent des alternatives pour livrer en Israël

De nouveaux itinéraires de transport pour contourner le boycott d'Ankara, l'usage de nouveaux fournisseurs entraîneront une hausse des prix, augmentant encore le coût élevé de la vie

Sharon Wrobel

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Des manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens à Istanbul, en Turquie, le 5 avril 2024. (Crédit : AP Photo/ Khalil Hamra)
Des manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens à Istanbul, en Turquie, le 5 avril 2024. (Crédit : AP Photo/ Khalil Hamra)

L’initiative sans précédent prise par la Turquie de suspendre ses liens commerciaux avec l’État juif a placé les importateurs et les exportateurs dans une situation difficile. Ils cherchent dorénavant des alternatives, à un moment où les perturbations qui touchent le transport maritime, en mer Rouge, réduit déjà l’attractivité du transport de marchandises depuis l’Extrême-Orient.

De nombreux importateurs, au sein de l’État juif, cherchent actuellement d’autres voies pour contourner l’interdiction placée par la Turquie sur le commerce en empruntant des pays tiers, notamment la Slovénie – ce qui entraîne un transport plus cher et plus long – tandis que d’autres pourraient devoir remplacer leurs fournisseurs turcs par d’autres, plus onéreux, d’Europe et des États-Unis, selon les experts.

La semaine dernière, la Turquie a annoncé qu’elle rompait tout le commerce bilatéral – qui est à hauteur de sept milliards de dollars par an – jusqu’à la déclaration d’un cessez-le-feu permanent et jusqu’à ce qu’un acheminement des aides sécuritaires soit garanti à Gaza, où Israël mène une guerre contre le Hamas, une guerre qui avait été déclenchée par l’attaque meurtrière du groupe terroriste dans le sud d’Israël, le 7 octobre.

Une annonce survenue après que le pays islamique – qui apporte ouvertement son soutien au Hamas et qui a été l’un des critiques les plus féroces d’Israël dans le cadre de ce conflit – a imposé, au mois d’avril, des restrictions sur le commerce de 54 produits exportés dans le pays et notamment sur le ciment, sur l’acier, sur l’aluminium et sur les matériaux et autres équipements de construction en fer.

A court-terme, ce boycott mis en place par Ankara devrait entraîner une hausse des prix, en Israël, pour divers produits importés – comme les produits alimentaires frais ou secs, les matières premières, les appareils électriques, le fer ou les voitures, et ce en conséquence d’une réduction des approvisionnements. Les importateurs trouveront bien des sources et des substituts alternatifs mais ils seront plus chers en raison de coûts de production et de transport plus élevés. Ce qui devrait encore faire augmenter un coût de la vie qui est déjà important.

La proximité géographique, des coûts de production concurrentiels et un accord de libre-échange qui avait été mis en place depuis le milieu des années 1990 avaient transformé la Turquie en partenaire commercial de premier plan pour les importateurs israéliens, suite à la pandémie de COVID-19.

Un navire de la coalition la Freedom Flotilla Coalition jetant l’ancre au port maritime de Tuzla, à Istanbul, en Turquie, le 19 avril 2024. (Crédit : Khalil Hamra/AP)

« L’initiative prise par la Turquie est très soudaine et elle a un effet immédiat, ce qui signifie que les importateurs n’ont pas eu le temps de chercher des alternatives ou de changer de fournisseurs », commente Elad Barshan, co-fondateur et directeur-général de SlickChain, une plateforme de logistique de transport numérique, auprès du Times of Israel. « Ce qui nous frappe au point le plus faible de notre chaîne d’approvisionnement parce que les importations depuis la Turquie sont peu onéreuses, que le temps de transit est très rapide, qu’il ne prend que quelques jours et que nous avions un accord de libre-échange qui est aujourd’hui violé ».

« Alors que cette option n’est plus sur la table, certains importateurs qui s’appuyaient lourdement sur l’industrie turque vont avoir des difficultés à survivre », avertit Barshan.

En réponse à cette initiative unilatérale, Israël a annoncé, de son côté, que le pays prendrait des mesures, notamment en faisant en sorte de limiter le commerce entre la Turquie et l’Autorité palestinienne (les produits turcs représentent environ 18 % de toutes les importations de l’Autorité palestinienne) et en demandant aux forums financiers internationaux de prendre des sanctions contre la Turquie, en raison de la violation de son accord commercial avec Israël. Le ministre de l’Économie, Nir Barkat, a soumis vendredi une plainte dans ce sens au chef de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Mathias Cormann.

« Au lieu d’aller devant les tribunaux internationaux, Israël devrait demander à ses alliés, dans le monde, de peser dans la balance et d’exercer des pressions sur le commerce international turc », explique Barshan. « Si Israël ne fait rien, cela pourrait avoir un effet boule de neige, au-delà de la Turquie – ce qui signifie que d’autres pays pourraient, eux aussi, commencer à appliquer des restrictions, voire mettre en place un embargo, sur le commerce avec Israël ».

Ces derniers mois, les entreprises israéliennes avaient cherché à augmenter leurs importations depuis la Turquie à un moment où les attaques des Houthis, soutenus par l’Iran, perturbaient le transport maritime, faisant augmenter les coûts logistiques et, de manière plus générale, les prix des produits en provenance de Chine ou d’Extrême-Orient.

La Turquie est la cinquième source de produits importés pour l’État juif. L’année dernière, les exportations turques en direction d’Israël avaient atteint les 5,4 milliards de dollars, ce qui représentait 6 % de toutes les importations israéliennes un chiffre qui était néanmoins en baisse par rapport aux 7,3 milliards de dollars qui avaient été enregistrés en 2022. Les importations de la Turquie depuis Israël avaient, pour leur part, atteint 1,6 milliard de dollars en 2023.

Elad Barshan, co-fondateur et directeur-général de SlickChain, une plateforme de logistique de transport numérique. (Autorisation)

Le volume des exportations turques en direction d’Israël a été multiplié par deux au cours de la dernière décennie, malgré les liens diplomatiques qui ont été souvent tendus entre les deux pays. Les produits importés depuis la Turquie sont essentiellement de l’acier, du fer, des machines, du plastique ou du ciment pour l’industrie locale de la construction ainsi que des textiles, des véhicules à moteur, de l’huile d’olive et certains fruits et légumes, selon l’Institut israélien des Exportations. La Turquie, de son côté, achète à Israël des produits chimiques, des métaux et autres produits industriels.

En raison de cette suspension soudaine des liens commerciaux, de nombreux importateurs israéliens perdront probablement de l’argent sur leurs commandes de transport et sur leurs contrats portant sur les produits qui, en provenance de Turquie, n’ont pas encore été fabriqués ou embarqués à bord d’un navire, explique Barshan.

« Une autre option est que les produits en partance de Turquie viennent en Israël en transit, via le port d’un pays-tiers en Slovénie, où ils seront chargés au sol mais où ils n’entreront pas dans le pays et où ils ne passeront pas les douanes – ils seront embarqués sur un autre navire qui se rendra à leur destination finale, Israël », précise-t-il. « Ce qui est, bien sûr, plus cher dans la mesure où l’itinéraire emprunté pour le transport est plus long. En conséquence, la viabilité de cette solution dépend de la valeur et de la dépendance des produits importés pour les usines en Israël ».

Yoram Sebba, président de la Chambre israélienne des Transports, indique que la suspension des liens commerciaux, par la Turquie, va obliger les importateurs et les entreprises à lancer des négociations avec des fournisseurs alternatifs, en Europe et aux États-Unis.

« Ouvrir des négociations et signer de nouveaux contrats lorsque les fournisseurs sont sous la pression, ce n’est pas le faire dans des conditions optimales et cela fera grimper les prix des produits à cause des coûts de transport et de livraison plus chers », dit Sebba.

Barshan ajoute que plus les produits que les importateurs font venir en Israël sont régulés, plus il est difficile et coûteux pour eux de changer de fournisseur.

« Pour les importateurs, l’un des plus grands défis est de trouver un bon fournisseur qui répondra aux exigences en matière de qualité, de temps de transit et de prix – ce n’est pas comme faire une recherche rapide sur Google », déclare-t-il. « Pour des produits très régulés, c’est un travail très laborieux, lent et cher d’initier les choses avec un nouveau fournisseur, en particulier pour tout ce qui touche à l’industrie de la construction, comme l’aluminium ou le ciment, qui doivent être conformes aux normes qui sont établies ».

Barshan et Sebba expriment toutefois un optimisme prudent en estimant que lorsque la guerre à Gaza sera terminée, il est probable que le président turc Tayyip Erdogan prendra des initiatives visant à relancer les relations commerciales avec Israël.

Yoram Sebba, pré de la Chambre israélienne des Transports. (Autorisation)

« Les relations entre Israël et la Turquie ont traversé de nombreux crises dans le passé et la Turquie en subirait les conséquences parce que perdre cinq milliards de dollars de commerce avec les Israéliens, alors que l’économie turque est déjà en mauvais état, est un acte qui relève de la folie », note Barshan.

De son côté, Sebba exhorte les décisionnaires à prendre les initiatives législatives nécessaires pour soutenir et dynamiser la production et la fabrication locales, ce qui est indispensable pour réduire la dépendance du pays aux importations. Barshan voit dans la situation actuelle « une immense opportunité », pour le gouvernement, de libéraliser les régulations sur les importations, notamment dans l’industrie alimentaire.

« Les prix, en Israël, sont parmi les plus élevés de l’OCDE, non pas parce que nous n’avons pas suffisamment d’entrepreneurs ou parce que notre marché est trop petit : Notre problème, c’est la régulation », souligne Barshan. « Une fois que le gouvernement aura dérégulé les importations, un plus grand nombre d’acteurs pourront rejoindre le marché et la concurrence sera le seul outil efficace pour réduire ou pour atténuer les prix ».

Reuters a contribué à cet article.

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