Syrie: des rebelles et civils vont quitter la Ghouta, les frappes se poursuivent
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Syrie: des rebelles et civils vont quitter la Ghouta, les frappes se poursuivent

L'initiative intervient en vertu d'un accord passé avec le pouvoir du président Bachar al-Assad ; les territoires rebelles ont été laminés par une offensive dévastatrice

Un véhicule transportant des civils et des soldats, qui auraient été kidnappés par le régime et libérés dans le cadre d'un échange de prisonniers, selon les rebelles, à Harasta, dans la Ghouta orientale, le 22 mars 2018, après un accord avec les rebelles pour procéder à l'évacuation de la région. (Crédit : AFP / Louai Beshara)
Un véhicule transportant des civils et des soldats, qui auraient été kidnappés par le régime et libérés dans le cadre d'un échange de prisonniers, selon les rebelles, à Harasta, dans la Ghouta orientale, le 22 mars 2018, après un accord avec les rebelles pour procéder à l'évacuation de la région. (Crédit : AFP / Louai Beshara)

Plusieurs milliers de combattants rebelles et de civils s’apprêtent à quitter jeudi la Ghouta orientale, une première depuis le lancement d’une offensive du régime syrien, déterminé à reconquérir dans son intégralité l’ultime bastion des insurgés aux portes de sa capitale.

Si le pouvoir syrien et son allié russe ont passé un accord avec le groupe rebelle islamiste Ahrar al-Cham pour l’évacuation de Harasta, la plus petite et la moins peuplée des trois poches rebelles qui subsistent dans la Ghouta orientale, à l’est de Damas, il a continué jeudi à bombarder d’autres localités insurgées.

Dix-neuf civils ont ainsi été tués dans des raids aériens visant une poche rebelle dans le sud de la Ghouta, dont 16 dans la seule ville de Zamalka, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), imputant ces frappes au régime et à la Russie. Un correspondant de l’AFP sur place a vu d’importants panaches de fumée se dégager des bâtiments touchés.

A Harasta, les sorties devaient commencer à 05H00 GMT, mais l’opération a pris du retard, a constaté un autre correspondant de l’AFP qui a vu des soldats des armées russe et syrienne postés à la périphérie de cette localité.

Sous la supervision de la police militaire russe, des ambulances et une dizaine de bus vides se sont dirigés vers le secteur rebelle de Harasta, dont une partie est déjà sous contrôle du régime.

L’initiative intervient en vertu d’un accord passé avec le pouvoir du président Bachar al-Assad alors que les territoires rebelles dans la Ghouta ont été laminés par une offensive dévastatrice lancée le 18 février.

Situation ‘dramatique’

En plus d’un mois de bombardements aériens et de combats au sol, l’enclave rebelle s’est réduite comme peau de chagrin et les forces du régime en ont déjà reconquis plus de 80 %.

Le déluge de feu quotidien a tué plus de 1 500 civils dont 315 enfants, selon l’OSDH.

Fumée s’élève suite aux bombardements du gouvernement syrien sur la ville assiégée par les rebelles de Harasta, dans la région de la Ghouta orientale, à la périphérie de Damas, le 12 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO)

Quelque 1 600 combattants et des milliers de membres de leur famille doivent quitter Harasta, en plusieurs vagues, selon un membre du comité dit « de réconciliation » dépendant du régime syrien, impliqué dans les négociations.

Civils et rebelles, ces derniers munis de leurs armes, seront transférés vers le nord-ouest du pays, et l’opération pourrait durer plusieurs jours, selon le porte-parole d’Ahrar al-Cham, Munzer Fares.

Par ailleurs, en amont de la sortie attendue des rebelles, la télévision d’Etat syrienne a filmé l’évacuation de 13 personnes, des soldats et des civils, « kidnappés » selon elle par les insurgés mais « libérés » par l’armée. En contrepartie six personnes détenues par le régime ont été libérées, selon une source militaire.

« Harasta a été entièrement détruite, la situation des habitants était dramatique », a confirmé à l’AFP le chef du conseil local du secteur rebelle de Harasta, Hossam al-Beyrouthi.

« Cette dernière semaine, la moitié des familles n’avaient rien à manger, les maladies font des ravages dans les sous-sols », où les gens vivent terrés pour échapper aux bombardements du régime, a-t-il déploré.

L’évolution dans la Ghouta rappelle ce qui s’est passé dans d’autres fiefs rebelles reconquis ces dernières années par le régime, dont celui dans la ville d’Alep (nord) fin 2016.

A l’issue de bombardements intenses et de sièges asphyxiants, les insurgés de ces localités et les civils les soutenant avaient été mis dans des bus, direction Idleb, la dernière province échappant encore entièrement au régime dans le nord-ouest. Amnesty International avait dénoncé des déplacements forcés de populations.

Dizaines de milliers de déplacés

Multipliant ainsi les victoires face aux rebelles, mais aussi face aux jihadistes, le pouvoir d’Assad, appuyé par ses alliés russe et iranien, a déjà reconquis plus de la moitié de la Syrie.

Dans la Ghouta, l’offensive meurtrière du régime a fait plus de 70 000 déplacés selon l’OSDH. Ces derniers n’ont d’autre choix que de rejoindre des secteurs du gouvernement, malgré la crainte de représailles pour certains.

Avant l’offensive, l’enclave rebelle était déjà le théâtre d’une grave crise humanitaire: ses quelque 400 000 habitants, assiégés par les forces pro-gouvernementales depuis 2013 subissant au quotidien de graves pénuries alimentaires.

La guerre en Syrie, déclenchée en 2011 avec la répression dans le sang par le régime de manifestations pro-démocratie, a fait plus de 350 000 morts et forcé des millions de Syriens à l’exil.

Au fil des ans, le conflit s’est transformé en une guerre complexe, impliquant de multiples belligérants qui s’affrontent sur plusieurs fronts, avec parfois l’intervention directe de puissances étrangères.

Dans le nord-ouest, l’armée turque a lancé le 20 janvier une offensive pour chasser de sa frontière la milice kurde des Unités de protection du Peuple (YPG), prenant le contrôle total de l’enclave d’Afrine. Plus de 250.000 civils ont fui l’avancée des forces turques, selon l’OSDH.

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