Tel Aviv : Une guillotine au rassemblement anti-corruption suscite des remous
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'Voyez plutôt un coupe-cigare'

Tel Aviv : Une guillotine au rassemblement anti-corruption suscite des remous

"Je suis un pacifiste et je rejette toute forme de violence", insiste le manifestant en découpant sa banderole en carton alors que la critique monte auprès des politiciens

Un homme brandissant une fausse guillotine en carton assiste à un rassemblement anti-Netanyahu à Tel Aviv le 23 décembre 2017 (Crédit : capture d'écran 0404.co.il)
Un homme brandissant une fausse guillotine en carton assiste à un rassemblement anti-Netanyahu à Tel Aviv le 23 décembre 2017 (Crédit : capture d'écran 0404.co.il)

Le président Reuven Rivlin a critiqué dimanche un manifestant ayant brandi une guillotine en carton lors d’un rassemblement anti-corruption organisé à Tel Aviv samedi soir, qualifiant l’utilisation de ce symbole de « pure provocation ».

« Une scène comme celle dont nous avons été témoins la nuit dernière, d’une guillotine lors d’une manifestation à Tel Aviv, était une honte pour les manifestants pacifiques et le droit démocratique à manifester », a déclaré Rivlin dans un communiqué.

« C’est une provocation claire, qui dépasse les limites de la liberté d’expression et de la protestation, et je condamne ce genre de procédés » a-t-il ajouté.

La condamnation de Rivlin est intervenue après que la guillotine en carton a été dénoncée par la classe politique dans son ensemble, le Premier ministre Benjamin Netanyahu disant que cela constituait une incitation à la violence contre le Premier ministre israélien.

Le ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, cité par la radio publique Kan, a déclaré qu’une enquête pour incitation à la violence devrait être ouverte à ce sujet.

Roni Alsheich, à gauche, le chef de la police, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, et Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, pendant une cérémonie en l’honneur d’Alsheich dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Au milieu de la colère croissante, le manifestant incriminé a nié le fait qu’il s’agissait d’un appel à la violence.

« Je suis un pacifiste et je rejette toute forme de violence », a écrit Amit Brin sur sa page Facebook dimanche.

« La guillotine est une image qui sert de rappel historique de la victoire des citoyens sur un gouvernement corrompu qui a trahi leur confiance », a-t-il ajouté.

Il a indiqué que ce symbole était également destiné à rappeler un coupe-cigare, une allusion aux allégations selon lesquelles Netanyahu aurait reçu des cigares de luxe de la part du nabab d’Hollywood né en Israël Arnon Milchan en échange de la promotion de ses intérêts commerciaux.

La semaine dernière, Brin a posté une vidéo de Netanyahu rejetant les recommandations de la police qui se profilent à l’horizon, et qui devraient recommander au Premier ministre de passer en jugement.

Des Israéliens brandissent des pancartes et scandent des slogans lors d’un rassemblement contre la corruption au gouvernement, à Jérusalem le 23 décembre 2017. (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

« Pour paraphraser une autre personne corrompue, je dis simplement : ‘S’il n’y a pas de recommandations, qu’elles mangent des guillotines’ », a écrit Brin le 19 décembre.

Les condamnations de la guillotine en carton ont continué à affluer dimanche, le président de la Knesset, Yuli Edelstein, disant que cela provoquait son « dégoût ».

Une photo de l’affiche de la manifestation de samedi soir sur le boulevard Rothschild de Tel Aviv a été partagée sur Twitter par un journaliste du journal de droite Makor Rishon. L’image a ensuite circulé en ligne, suscitant des comparaisons avec des protestations de droite durant les mois précédant l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabbin en 1995.

Yuli Edelstein, président de la Knesset, à Jérusalem, le 9 juin 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Likud a publié une déclaration condamnant la manifestation.

« La guillotine de ce soir sur Rothschild est une incitation à assassiner le Premier ministre Netanyahu, parallèlement à des appels dénigrant le sionisme », selon le communiqué, faisant également allusion à un petit groupe de manifestants brandissant des pancartes “BDS” en soutien au mouvement de boycott d’Israël.

« La manifestation de gauche sur Rothschild a franchi toutes les lignes rouges », indique le communiqué.

Eldad Yaniv, l’un des organisateurs des manifestations, a rejeté les critiques du Likud.

« Des dizaines de milliers d’Israéliens patriotes brandissaient de drapeaux d’Israël lors du rassemblement », a-t-il déclaré à Hadashot TV news. « La dernière diversion [depuis de la résidence du Premier ministre] est de chercher le moindre symbole idiot et, Dieu merci, chaque samedi soir, il y a un nouvel idiot qui arrive avec un signe idiot ».

Selon Menny Naftali, un autre organisateur de la manifestation, Brin serait un “troll”.

Le président du parti travailliste, Avi Gabbay, a condamné la réplique de la guillotine d’ « incitation ». Mais il a rejeté catégoriquement le petit groupe de manifestants brandissant des pancartes de soutien au boycott d’Israël, disant qu’ils « ne représentent rien, même pas eux-mêmes ».

La « guillotine est une incitation qui ne doit pas être permise et qui détourne simplement la discussion du sujet principal : la corruption », a déclaré Gabbay dans un communiqué plublié dimanche matin.

Les manifestants ont cherché à se positionner au-dessus de la politique partisane, insistant sur le fait que le ton anti-Netanyahu lors de leurs rassemblements est dû au fait que le Premier ministre fait l’objet d’une enquête pour corruption présumée. Soutenir cette affirmation était en grande partie un événement de droite, samedi soir à Jérusalem, qui a également été qualifié de lutte contre la corruption.

Yoaz Hendel, ancien conseiller du Premier ministre Netanyahu, s’exprime lors d’un rassemblement contre la corruption qui sévit au sein du gouvernement, à Jérusalem, le 23 décembre 2017. (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Le rassemblement dans la capitale, organisé par le chroniqueur de droite Yoaz Hendel, ancien directeur de la communication de Netanyahu et actuel président du think-tank centriste Institute for Zionist Strategies, a attiré plusieurs centaines de personnes.

Hendel a dit qu’il se sentait mal à l’aise avec les manifestations de Tel Aviv en raison de leur association avec la gauche.

Parmi les personnalités présentes au rassemblement de Jérusalem, il y avait Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense du Likud ; Rabbi Yuval Cherlow, chef de la yéshiva de Petah Tikva et éminente figure du sionisme religieux en Israël ; les députés de Koulanou, Rachel Azaria et Roy Folkman.

Hendel a souligné qu’il n’était pas contre le gouvernement. « Je ne suis pas ici contre Netanyahu, je suis ici pour Israël », a-t-il déclaré durant le rassemblement.

Yaalon fut cependant plus direct, : « Il s’agit d’un plus grand danger que la menace iranienne, le (mouvement terroriste chiite libanais) Hezbollah, le (mouvement terroriste sunnite palestinien) Hamas », a dit M. Yaalon, à propos de la corruption, qu’il a ensuite qualifié de « maladie ».

S’adressant à Hadashot news depuis la manifestation, Folkman a déclaré que ce n’était pas un rassemblement contre le gouvernement, mais uniquement contre la corruption.

« J’ai personnellement demandé aux organisateurs que personne ici ne parle contre le Premier ministre », a-t-il déclaré.

L’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon s’exprime lors d’un rassemblement contre la corruption au gouvernement, à Jérusalem, le 23 décembre 2017. (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Le Likud a également critiqué le rassemblement de Jérusalem.

« La droite n’achète pas ce bluff. Tout le monde comprend que ce n’est pas une manifestation contre la corruption, mais une manifestation satellite de la gauche », a déclaré un communiqué du Likud, ajoutant que « le seul but est de renverser le gouvernement du Likud ».

Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés samedi soir à Tel Aviv pour protester contre ce qu’ils dénoncent comme la corruption du gouvernement.

Il s’agit du quatrième samedi consécutif au cours duquel se déroule une telle manifestation, baptisée « la marche de la honte ».

Les manifestants arboraient des pancartes appelant à la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu et des autres membres « corrompus » du gouvernement.

Une pancarte, qui joue sur le mot ‘Premier ministre’ en anglais, qui se dit ‘Prime minister’ avec le mot crime, vue lors d’un rassemblement contre la corruption à Tel Aviv le 23 décembre 2017. (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

Dans l’une des enquêtes le visant, M. Netanyahu est soupçonné d’avoir reçu, illégalement, des cadeaux de personnalités très riches, dont le milliardaire australien James Packer et un producteur à Hollywood, Arnon Milchan. La valeur totale de ces cadeaux a été évaluée par les médias à des dizaines de milliers de dollars.

Une autre enquête cherche à déterminer si M. Netanyahu aurait essayé de conclure un accord secret avec le propriétaire du Yediot Aharonot pour une couverture favorable de la part du quotidien israélien.

Premier ministre depuis 2009, après avoir déjà occupé ce poste entre 1996 et 1999, M. Netanyahu s’est constamment défendu de tout méfait et se dit victime d’une campagne pour le chasser du pouvoir.

Il avait laissé entendre mardi que la police allait recommander au conseiller juridique du gouvernement de l’inculper mais qu’il n’y aurait pas de suites.

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