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Tollé après la déprogrammation de Gérard Bensussan d’une conférence du CHU de Strasbourg

Le philosophe juif de renommée internationale et professeur émérite à l’Université de Strasbourg a été exclu d'une conférence sur la vieillesse

Université de Strasbourg. (Crédit : Wikipédia CC BY-SA 3.0/ Le Palais Universitaire)
Université de Strasbourg. (Crédit : Wikipédia CC BY-SA 3.0/ Le Palais Universitaire)

Le cas de Gérard Bensussan, philosophe de renommée internationale et professeur émérite à l’Université de Strasbourg, n’est pas seulement une anecdote de calendrier hospitalier ; il semble pour nombre d’observateurs le symptôme d’une mécanique discriminatoire qui ronge l’espace académique et intellectuel français.

Ainsi, sa déprogrammation récente d’une conférence au CHU de Strasbourg, alors qu’il devait s’exprimer sur un sujet totalement apolitique — la vieillesse —, révèle selon divers intellectuels, juifs ou pas, une dérive profonde où la menace hypothétique de désordre suffit désormais à museler la pensée.

Les faits

Invité par le collectif « Rocher dans la tempête » pour parler de son ouvrage Vieillir, Gérard Bensussan a été « désinvité » huit jours seulement après avoir accepté l’invitation. Motif invoqué par les organisateurs : le « contexte actuel tendu » et des raisons de sécurité qui ne permettraient pas d’assurer la sérénité des débats…

Pourtant, comme le soulignent plusieurs observateurs, aucune menace réelle n’avait été identifiée, et aucun groupe n’avait annoncé de mobilisation contre cette intervention portant sur le grand âge.

En réalité, ce n’est pas le sujet de la conférence qui aurait dérangé, mais l’auteur lui-même : son engagement contre l’antisémitisme contemporain et ses travaux sur l’antisionisme radical, notamment dans son essai Des sadiques au cœur pur (2025), ont fait de lui une cible pour certains milieux et groupes de pression.

La décision a en tout cas provoqué l’indignation du doyen de la faculté de médecine, le Pr Jean Sibilia, et l’ouverture d’une enquête interne par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS).

Un phénomène systémique

Gérard Bensussan n’est pas un cas isolé. Son éviction s’inscrit dans une série de déprogrammations frappant des intellectuels (ou des artistes y compris opposants radicaux à la politique du gouvernement israélien) pour ce qu’ils sont (Israéliens ou perçus comme tels) ou pour leurs liens supposés avec l’État hébreu.

On peut citer les cas récents du Pr Shie Mannor, écarté d’un événement à l’École polytechnique, ou de la sociologue Eva Illouz, déprogrammée à Rotterdam en raison de son ancienne affiliation à l’Université hébraïque de Jérusalem ou encore du cinéaste israélien, critique féroce d’Israël, d’un festival à Marseille.

Gérard Bensussan lui-même théorise ce contexte sous le terme d’« antisionisme de la chaire ». Soit un discours « professé, articulé, argumenté » qui utilise des méthodes apparemment scientifiques pour véhiculer une hostilité radicale.

Ce climat installe une logique de boycott où l’exclusion fondée sur l’appartenance à un groupe est présentée comme un acte militant vertueux.

Dans les universités, cela se traduit par une pression diffuse où les enseignants-chercheurs sont incités à éviter les sujets « polémiques » pour ne pas froisser les opinions divergentes des étudiants ou des collègues.

Le scandale réside dans le fait que des institutions publiques cèdent préventivement à des pressions, souvent sans même les nommer.

En invoquant des « raisons organisationnelles fallacieuses » ou des « temps pas apaisés », elles renoncent à leur mission première : permettre au débat d’avoir lieu, même — et surtout — quand le climat est difficile.

Cette dérive relève, selon l’avocate Déborah Journo, du droit pénal, l’article 225-1 du Code pénal définissant la discrimination comme toute distinction opérée en raison de l’origine ou de l’appartenance, vraie ou supposée, à une nation ou une religion.

Écarter un intervenant non pour la valeur scientifique de ses travaux, mais pour ce qu’il représente aux yeux d’un groupe de pression, constitue une atteinte directe à l’ordre républicain et à la liberté académique garantie par la loi.

L’affaire Bensussan illustre, selon tous ceux qui se sont exprimés contre ce boycott, une société qui n’ose plus dire qu’elle interdit, mais qui apprend doucement à empêcher.

Des réactions

Il y a d’abord et avant tout une tribune, cosignée par treize universitaires (dont la sociologue Eva Illouz et la psychologue Céline Masson), qui a été diffusée par le magazine Le Point. Elle s’insurge contre la déprogrammation de Gérard Bensussan.

Les signataires de la tribune dénoncent un « prétexte commode » qui couvre une capitulation devant l’intimidation. Ils soulignent l’absurdité du motif sécuritaire : Bensussan n’avait reçu aucune menace et le sujet de l’intervention était strictement apolitique.

Pour eux, la raison réelle de cet ostracisme est l’engagement du philosophe contre l’antisémitisme et ses travaux sur l’antisionisme radical.

Au-delà, le texte alerte sur une dégradation systémique du débat intellectuel en France. En cédant préventivement à des pressions non nommées, les institutions renoncent – explique-t-il – à leur mission : si une menace hypothétique suffit à faire annuler une conférence, ce sont les groupes de pression, et non plus les institutions, qui fixent les conditions de la liberté d’expression.

En conclusion, les auteurs appellent les ministères à protéger les espaces de pensée à l’université et à l’hôpital. Ils rappellent que la liberté académique est un « bien commun universel » et concluent avec Jean Jaurès : le courage consiste à « chercher la vérité et à la dire » sans céder aux « huées fanatiques ».

Le compte X de SwordOfSalomon est aussi de ceux qui a réagi en s’adressant, photo à l’appui à Marie-Pierre Douchet, responsable du collectif « Rocher dans la tempête » (2). Il la questionne : « Marie-Pierre Douchet, de qui avez-vous peur ? »

@SwordOfSalomon souligne que : « Gérard Bensussan est un professeur émérite de philosophie. Il était invité pour parler de philosophie. De vieillesse. Rien de plus. »

Et le compte X de poser ouvertement les questions : « Alors pourquoi l’exclure ? Qui a fait pression ? Pourquoi avoir cédé ? »

En conclusion, @SwordOfSalomon écrit : « Voir un universitaire juif écarté non pour ce qu’il allait dire, mais pour ce qu’il est, rappelle des heures que l’on croyait révolues. Marie-Pierre Douchet, vous devez des explications. Samir Henni, le @CHRUStrasbourg cautionne-t-il cette lâche décision ? ».

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