Trésors inédits ou faux ? Une expo en Belgique agite le milieu de l’art russe
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Trésors inédits ou faux ? Une expo en Belgique agite le milieu de l’art russe

Vingt-six oeuvres d'art moderne russe sont exposées depuis octobre au musée des Beaux-Arts de Gand, prêtées par le collectionneur belgo-russe Igor Toporovski

Musée des beaux-arts de Gand (Crédit : Wikimédia Commons/Paul Hermans/CC BY-SA 3.0)
Musée des beaux-arts de Gand (Crédit : Wikimédia Commons/Paul Hermans/CC BY-SA 3.0)

Un grand musée belge expose-t-il de faux Kandinsky ou Malevitch ? Une collection d’oeuvres inédites de l’avant-garde russe fait des vagues dans le monde de l’art, certains experts russes n’hésitant pas à les qualifier de « faux ».

Vingt-six oeuvres d’art moderne russe sont exposées depuis octobre au musée des Beaux-Arts de Gand (nord de la Belgique), prêtées par le collectionneur belgo-russe Igor Toporovski.

Depuis que les photographies des tableaux sont apparues sur internet, de nombreux experts et négociants en art remettent en question leur authenticité. Ils se demandent comment une collection d’oeuvres inconnues de peintres aussi prestigieux ait pu être constituée en secret.

« Il s’agit clairement de faux, assemblés à partir de fragments » copiés de peintures existantes, estime Vitali Patsioukov, directeur du Centre d’art moderne de Moscou.

Certaines pièces de la collection exposée ressemblent effectivement à des oeuvres connues, comme par exemple un nu debout attribué à Vladimir Tatline qui présente de fortes similarités avec une peinture de cet artiste représentant un nu assis.

Dans une lettre ouverte relayée par le quotidien flamand De Standaard et l’édition russe du journal Art Newspaper, un groupe d’historiens de l’art mettent en cause l’origine « hautement douteuse » des oeuvres. Ils soulignent qu’elles n’étaient répertoriées dans aucun catalogue, sans les qualifier de « faux ».

Le musée, un des plus réputés de Belgique, s’est défendu en assurant avoir « agi correctement et en pleine confiance en ce qui concerne les prêts à usage » et affirmant que les prêts, à l’inverse des acquisitions, requièrent des certificats de provenance, mais pas d’examen des oeuvres en laboratoire.

« Tant que des preuves irréfutables ne sont pas fournies pour justifier les rumeurs, il n’y a aucune raison de retirer les œuvres », a soutenu le musée à plusieurs reprises, affirmant avoir évoqué la provenance des oeuvres avec la Fondation Dielghem de M. Toporovski.

‘Inconcevable’

Igor Toporovski, qui a créé cette fondation à Bruxelles pour rassembler ses collections familiales après avoir émigré de Moscou en 2006, a dénoncé de son côté « une attaque injuste et violente » portée contre sa collection. Selon lui, ces accusations viennent de marchands d’art soucieux de préserver leurs intérêts commerciaux avec les grosses fortunes russes qu’ils comptent parmi leurs clients.

Pour faire taire la polémique, le ministre de la Culture de la région flamande, Sven Gatz, est intervenu pour proposer un examen d’experts, en accord avec le musée, la ville et le collectionneur concerné.

« C’est une honte de monter une exposition avec des œuvres douteuses », s’insurge malgré tout Andreï Sarabianov, historien de l’art et conservateur du centre de l’Avant-Garde au musée Juif de Moscou.

« Il y a eu des expositions avec des œuvres problématiques dans des galeries privées auparavant, mais jamais dans un musée public », explique-t-il à l’AFP, affirmant que le scandale aurait pu être évité si des experts avaient été consultés en amont.

Les experts jugent l’avant-garde russe, un mouvement artistique s’étendant de 1890 à 1930, particulièrement exposée à la contrefaçon.

Les oeuvres authentiques sont rares sur le marché, et la plupart d’entre elles sont bien connues, explique le collectionneur et historien de l’art britannique Matthew Bown. Ce spécialiste de l’art russe du 20e siècle affirme ne s’être vu proposer qu’un seul véritable Malevitch en trente ans de carrière, alors qu’il est régulièrement confronté à des faux.

« Même l’oligarque le plus riche de Russie, l’homme le plus riche du monde (…) ne pourrait pas constituer une collection comme celle-ci », estime-t-il, « C’est complètement inconcevable. »

Lorsque des contrefaçons sont exposées dans de grands musées, non seulement cela fait grimper la valeur de l’oeuvre, mais cela « déforme » aussi l’histoire de l’art.

« Au cours de la dernière décennie, les prix des oeuvres d’avant-garde ont chuté à cause des contrefaçons, mais ils ont augmenté de nouveau au cours des deux dernières années », a déclaré Andreï Sarabianov. « Peut-être s’agit-il d’une ruse pour les faire baisser de nouveau ».

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