Trump et Netanyahu – l’entente parfaite ?
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Trump et Netanyahu – l’entente parfaite ?

Pour la première fois en 4 mandats, le Premier ministre aura face à lui un président républicain

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le 20 janvier 2017, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aura finalement un président républicain à la Maison Blanche.

Netanyahu a souvent été qualifié de républicain lui-même et de nombreux observateurs des relations américano-israéliennes estiment qu’il attend avec impatience le Jour de l’inauguration, quand pour la première fois pendant ses 10 années à la tête de l’Etat juif, il n’y aura pas un président démocrate à la tête des Etats-Unis.

À première vue, la victoire de Donald Trump semble être un rêve devenu réalité pour le Premier ministre israélien.

Le président élu a promis à plusieurs reprises de soutenir inconditionnellement l’État juif de toute manière possible : il a promis de ne pas essayer d’imposer une solution sur le conflit israélo-palestinien, il a critiqué l’accord nucléaire iranien, il s’est engagé à transférer l’ambassade américaine à Jérusalem et a retiré la solution à deux États du programme du parti républicain.

Netanyahu connaît et apprécie également le vice-président élu, Mike Pence, qui depuis longtemps soutient Israël.

Quelques-uns des noms qui pourraient faire partie du futur gouvernement de Trump doivent être de la musique aux oreilles de Netanyahu.

Newt Gingrich et John Bolton, par exemple, sont censés avoir une bonne chance de devenir les prochains secrétaires d’Etat, et Rudy Giuliani s’attend à être nommé procureur général. Beaucoup d’autres dans le cercle intime de Trump sont connus pour leur soutien franc et inconditionnel de l’Etat juif et des politiques de Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le gouverneur de l'Indiana, Mike Pence, dans le bureau de Netanyahu à Jérusalem le 29 décembre 2014 (Crédit : Capture d'écran Facebook / Le Premier ministre d'Israël / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le gouverneur de l’Indiana, Mike Pence, dans le bureau de Netanyahu à Jérusalem le 29 décembre 2014 (Crédit : Capture d’écran Facebook / Le Premier ministre d’Israël / GPO)

D’autre part, Netanyahu sait que Trump est imprévisible et pourrait changer ses politiques au Moyen-Orient sur un caprice. Le Premier ministre n’a certainement pas oublié que Trump avait déclaré qu’il voulait rester « neutre » sur la question israélo-palestinienne ou qu’il envisageait de demander à Israël de rembourser les milliards d’aide militaire qu’il a reçue des États-Unis.

En décembre, Netanyahu a publié une déclaration rejetant l’interdiction d’entrée aux Musulmans proposée par Trump soulignant qu’ « Israël respecte toutes les religions et garantit strictement les droits à tous ses citoyens ».

Mercredi, plusieurs heures après la victoire de Trump, Netanyahu a publié une vidéo avec un message de félicitations dans laquelle il a appelé le président élu son « ami ». Dans un communiqué publié après leur entretien téléphonique plus tard dans la journée, le bureau du Premier ministre a déclaré que les deux hommes « se connaissent depuis de nombreuses années ».

Il n’existe aucune preuve publique prouvant cette allégation. Il est vrai qu’avant les élections de 2013 de la Knesset, Trump a enregistré un clip de 35 secondes pour soutenir Netanyahu et il l’avait qualifié de « type formidable ».

Le producteur de cette vidéo, le professionnel des relations publiques britannico-israélien Jonny Daniels, a confié que les deux hommes s’étaient entretenus après que la vidéo a été publiée mais qu’il n’était pas sûr qu’ils se soient rencontrés en personne.

Les responsables du cabinet du Premier ministre ont déclaré au Times of Israel que Netanyahu et Trump s’étaient rencontrés avant leur réunion en septembre 2016 mais qu’ils ne pouvaient pas fournir plus de détails.

Et même si l’ « amitié » Netanyahu-Trump ne se cantonne guère qu’à plus d’une poignée d’appels téléphoniques et à une rencontre, elle ne s’approche sûrement pas de la profonde relation de 20 ans (quoique certainement compliquée) entre le Premier ministre et Hillary Clinton.

Le Premier ministre a rencontré l’ex-première dame, l’ex-sénatrice et l’ex-secrétaire d’Etat en 1996, alors que son mari était encore président. Depuis lors, ils se sont rencontrés à d’innombrables occasions, ils se sont parfois disputés mais finalement ont trouvé un modus vivendi et même développé une relation amicale.

« Malgré nos différences politiques, Netanyahu et moi avons travaillé ensemble en tant que partenaires et amis », a-t-elle écrit dans son mémoire de 2014.

« Nous avons fréquemment discuté, souvent au cours d’appels téléphoniques qui duraient plus d’une heure, parfois deux … J’ai appris que Bibi se battait s’il se sentait coincé, mais si vous créiez un lien avec lui en tant qu’ami, il y avait une chance que l’on puisse obtenir quelque chose et faire quelque chose ensemble ».

Certes, Netanyahu est profondément troublé par certaines positions politiques de Clinton, comme son soutien tiède à l’accord sur l’Iran nucléaire et sa conviction de la nécessité urgente d’un Etat palestinien (bien qu’elle ait juré de ne pas faire pression sur Israël pour qu’il fasse des concessions).

Et pourtant, Netanyahu pensait qu’il s’entendrait très bien avec une administration Clinton. Dans un courrier électronique divulgué apr Wikileaks, un « haut responsable israélien qui est très proche du Premier ministre et qui connaît bien sa manière de penser » a été cité. Il aurait déclaré qu’Hillary est « plus instinctivement sympathique envers Israël » que le président Barack Obama.

Netanyahu a toujours eu une « relation étonnamment bonne » avec Clinton, a révélé le responsable israélien et qu’il considérait qu’il serait « facile de travailler avec » elle.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec Hillary Clinton à la Maison Blanche en 2012 (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec Hillary Clinton à la Maison Blanche en 2012 (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Clinton a elle-même signalé un fort désir de créer une relation de travail positive avec Netanyahu. Inviter Netanyahu à la Maison Blanche pour réparer les relations américano-israéliennes – qui ont beaucoup souffert l’année dernière après le traité avec l’Iran – est « près du haut » de sa liste des priorités, avait-elle récemment déclaré.

Est-ce que Netanyahu aurait préféré Clinton à Trump ? Nous ne pourrons jamais le savoir. Mais nous sommes sur le point de savoir exactement ce que le nouveau président prévoit pour le Moyen-Orient et si les deux hommes vont s’entendre.

Mercredi, le président élu et le Premier ministre se sont entretenus au téléphone pendant environ 15 minutes. Ils ont échangé des plaisanteries et discuté des « questions régionales », selon le bureau de Netanyahu. Trump a également invité Netanyahu à la Maison Blanche « à la première occasion ». Netanyahu a accepté.

Au moment où les deux dirigeants se rencontreront au Bureau ovale, Netanyahu aura déjà une meilleure idée pour savoir s’il sera aussi « facile de travailler » avec le président Trump qu’avec Hillary Clinton, si elle avait été présidente.

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