Ukraine : Les groupes juifs échangent des accusations d’antisémitisme
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Ukraine : Les groupes juifs échangent des accusations d’antisémitisme

Certains protestent contre l'implication du groupe Vaad lors du prochain festival yiddish après qu'il a minimisé les craintes suscitées par un antisémitisme croissant

Un mémorial de l'Holocauste vandalisé à Ternopil, dans l'ouest de l'Ukraine, en mars 2017. (Crédit : capture d'écran Twitter)
Un mémorial de l'Holocauste vandalisé à Ternopil, dans l'ouest de l'Ukraine, en mars 2017. (Crédit : capture d'écran Twitter)

JTA — Le Congrès juif mondial est critiqué en Ukraine pour avoir établi un partenariat avec une organisation juive dont le responsable est accusé de propager des théories conspirationnistes pour minimiser les inquiétudes face à une augmentation de l’antisémitisme.

Le congrès juif mondial coorganise la conférence en yiddish organisée la semaine prochaine en Ukraine avec l’association Vaad des organisations et des communautés juives d’Ukraine.

Eduard Dolinsky, directeur du comité juif ukrainien, a qualifié le groupe Vaad, jeudi, de « porte-parole » du gouvernement ukrainien qui, a-t-il dit, « manipule politiquement et maintient dans la dépendance » l’organisation incriminée.

« Ce n’est pas normal, le Congrès juif mondial travaille avec une organisation compromise qui sape la communauté juive », a dit Dolinsky, ajoutant que le groupe Vaad s’est engagé dans une initiative de « blanchiment » de l’antisémitisme croissant et de l’entreprise de glorification des collaborateurs nazis en Ukraine.

Le co-président de Vaad, Josef Zissels, a rejeté cette critique, disant que son organisation est le groupe le plus indépendant et le plus actif en Ukraine et qu’il condamne de manière régulière ce qu’il considère être des expressions authentiques d’antisémitisme. Zissels a expliqué que les allégations de Dolinsky « sont des mensonges et des calomnies qui ont pour objectif de diminuer l’autorité et l’influence » de son groupe.

Josef Zissels est un leader communautaire juif qui a passé presque 10 ans dans une prison soviétique et un avocat de la révolution ukrainienne pro-indépendance (Autorisation : Vaad des Juifs ukrainiens / via JTA)

Contacté par JTA, un porte-parole du Congrès juif mondial a noté que Vaad est seulement l’un des différents partenaires impliqués dans cet événement consacré au yiddish, avec la participation notamment de la Rencontre juive ukrainienne et de l’université de Chernivtsi. Mais la réponse du porte-parole n’a pas seulement concerné directement les critiques de Dolinsky sur la coopération du Congrès juif mondial avec Vaad.

Au mois de mai, Zissels avait déclaré qu’une lettre écrite par plus de 50 membres du Congrès américain qui avait mis en garde contre « la glorification de collaborateurs nazis » et « l’ascension de cette idéologie haineuse » en Ukraine était une initiative de propagande russe. Par la suite, le congrès juif euro-asiatique, un affilié régional du congrès juif mondial, avait mis un terme à sa relation avec Vaad, ancien partenaire du Congrès euro-Asie.

Pendant le mois qui s’était écoulé, plus de 40 Juifs communautaires d’Ukraine, notamment le groupe de Dolinsky et l’organisation universitaire Hillel ukrainienne, avaient signé une déclaration conjointe condamnant la hausse des crimes antisémites en Ukraine.

La déclaration avait noté que Zissels et Vaad « ne représentent pas les Juifs d’Ukraine » et « n’expriment pas le positionnement de la communauté juive d’Ukraine ».

Des activistes d’extrême-droite défilent à Lviv, en Ukraine, portant l’uniforme de la 14ème division des Waffen SS, une unité nazie d’élite contenant de nombreux Ukrainiens ethniques, également connue sous le nom de 1er Galicien, le 28 avril 2018 (Capture d’écran ; YouTube)

Au mois de janvier, un rapport du gouvernement israélien sur l’antisémitisme en Ukraine avait désigné l’Ukraine comme un lieu sensible. Un auteur de ce rapport avait indiqué que l’Ukraine avait connu plus de 130 actes antisémites en 2017, plus que dans n’importe quel autre ancien pays soviétique et plus que tous les incidents antisémites répertoriés dans tous les pays de l’ex-Union soviétique combinés.

Mais un chercheur de Vaad avait rejeté ce rapport, le qualifiant de biaisé, ajoutant qu’il montrait « un manque flagrant de professionnalisme et une violation de toutes les normes dans la documentation sur les crimes de haine ».

Une révolution en 2013 qui a mis un terme à la gouvernance d’un allié déterminant du Kremlin avait entraîné une vague de nationalisme, avec un phénomène de glorification des combattants qui s’étaient alliés aux nazis pour combattre la domination russe.

En 2015, le Parlement ukrainien a adopté une loi rejetant « l’héroïsme » de certains de ces appuis de l’Allemagne nazie, qui a supervisé la quasi-éradication des Juifs de la région.

Au mois d’avril, des centaines de personnes ont participé à une marche nationaliste dans la ville ukrainienne de Lviv en arborant des symboles nazis qui commémoraient une unité des Waffen SS avec un grand nombre de volontaires locaux.

La conférence internationale de commémoration de la langue yiddish Czernowitz doit ouvrir ses portes la semaine prochaine à Chernivtsi dans le cadre des journées de la culture juive dans le cadre du festival de Bukovina.

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