Un agent de joueurs israélien derrière le transfert du siècle de Neymar au PSG
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Un agent de joueurs israélien derrière le transfert du siècle de Neymar au PSG

Pinhas Zahavi, dit 'Pini', empocherait une commission de 38 M d'euros sur le transfert de la star brésilienne d'une valeur de 222 M d'euros

Pinhas Zahavi (Crédit : Capture d’écran YouTube)
Pinhas Zahavi (Crédit : Capture d’écran YouTube)

L’agent intermédiaire israélien Pinhas Zahavi, 73 ans, était mercredi soir à Paris, après avoir passé une bonne partie de la journée de mardi dans la capitale française. Il devait aider au transfert du siècle d’une valeur de 222 millions d’euros, entre le clan Neymar et l’équipe de football du PSG, propriété du Qatar.

L’attaquant brésilien et potentiel Ballon d’or Neymar da Silva Santos Junior dit Neymar Jr. s’est engagé « pour cinq ans avec le PSG » pour un salaire net de 30 millions d’euros par an, et a donné une conférence de presse à Paris vendredi à 13h00, selon un communiqué le club français, qui réalise le transfert le plus cher de l’histoire du football.

La star du ballon avait résilié son contrat avec le FC Barcelone dans l’après-midi avec le règlement de la clause de cession de 222 millions d’euros.

« J’avais l’habitude d’aller toutes les quatre semaines pour le football en Angleterre avec Reuven Rivlin [actuel président israélien], » confie-t-il à un quotidien anglais, cité par le blogeur Romain Molina, qui le qualifie d’ « agent capable de régir le monde du football ».

On est loin des 300 000 euros qu’avait coûté le premier transfert en 1979 du défenseur israélien Avi Cohen du Maccabi Tel-Aviv à Liverpool négocié par Zahavi, ancien journaliste sportif reconverti dans le trading des joueurs de foot, né à Nes Ziona et qui vit actuellement dans le nord de Tel Aviv.

“Le septuagénaire israélien, vétéran des ‘super-agents’, qui anime les vastes coulisses du foot-business depuis plus de trente ans, demeure l’un des personnages majeurs du football mondial et est aussi secret qu’influent. Pinhas ‘Pini’ Zahavi cultive la discrétion médiatique et fuit obstinément la lumière”, écrivait L’Équipe dans un portrait publié en septembre 2015.

Un pied de nez à ses voisins du Golfe

En pilotant l’arrivée du footballeur brésilien Neymar au Paris Saint-Germain, le Qatar fait aussi un pied de nez à ses adversaires arabes qui tentent de l’isoler depuis deux mois et accroît sa visibilité mondiale, son « soft power », via le sport, estiment des experts.

« Le transfert de Neymar au PSG (propriété du Qatar) a été piloté en haut lieu au Qatar et a servi surtout à déployer une stratégie de communication qui occulte dans la durée le débat sur toute autre question, notamment celle du soutien au terrorisme », juge Mathieu Guidère, professeur de géopolitique arabe à Paris.

« Cela a permis de détourner l’attention et de la focaliser sur un thème consensuel, le sport », ajoute-t-il.

Pour Andreas Krieg, analyste associé au King’s College de Londres, le transfert imminent de Neymar « envoie un signal très fort (du Qatar) au monde sportif » et constitue un acte de « défi » envers l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Le 5 juin, ces deux pays, Bahreïn et l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar et lui ont imposé des sanctions économiques en l’accusant d’entretenir des liens avec des groupes extrémistes et de ne pas prendre assez de distance avec l’Iran.

S’en est suivie une campagne quotidienne visant à isoler Doha sur la scène arabe et bien au-delà. De son côté, le Qatar a rejeté en bloc toutes les accusations, affirmant que ses adversaires cherchaient à placer sa politique étrangère « sous tutelle ».

Petit mais richissime émirat gazier, le Qatar (2,6 millions d’habitants) joue un rôle grandissant depuis une vingtaine d’années dans plusieurs conflits et dossiers sensibles du monde arabe.

Mais il a aussi développé une stratégie d’influence via de gigantesques investissements internationaux dans l’immobilier, l’hôtellerie, l’industrie, le transport aérien, la finance, les médias et le sport.

Les principaux symboles de ce « soft power » sont les chaînes de télévision Al-Jazeera et BeIn Sports, sans parler de Qatar Airways qui était jusqu’à la dernière saison le sponsor maillot du FC Barcelone.

Le Qatar poursuit aussi les préparatifs pour organiser la Coupe du monde de football en 2022, malgré d’innombrables polémiques.

L'émir du Qatar, le cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani, à Ryad, lors de la visite du président américain Donald Trump, le 21 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
L’émir du Qatar, le cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani, à Ryad, lors de la visite du président américain Donald Trump, le 21 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Dans un discours le 21 juillet, l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a lui-même insisté sur la nécessité de développer le « ‘soft power’ au niveau international » avec la participation de « la meilleure expertise nationale, arabe et étrangère ».

L’arrivée de Neymar au PSG constitue indéniablement un « coup de com » pour le Qatar à un moment particulièrement délicat pour lui, estiment des experts.

« Pour le moment, les adversaires du Qatar sont paralysés face à cette stratégie de contournement parce qu’aucun d’eux ne possède un levier de communication aussi puissant dans le domaine du sport international », explique M. Guidère.

« Depuis plusieurs jours, personne ne parle plus de l’image négative mais seulement du transfert de Neymar. En Occident, l’idée du sport l’emporte sur le reste également. Il est clair que le sport sert ici à briser l’isolement politique du Qatar ».

Le porte-parole du gouvernement français Christophe Castaner a abondé dans ce sens, soulignant que la mise en scène du transfert de Neymar au PSG représentait « une opération de communication » pour le Qatar mais que Doha doit toujours « faire toute la transparence » sur une éventuelle implication dans le financement du terrorisme.

Selon M. Krieg, Neymar est « un coup de soft power », alors que le Qatar « doit démontrer au monde maintenant qu’il est robuste ».

« Il a l’économie et la situation financière les plus stables », contrairement à ses adversaires arabes, avec une réserve : « il ne doit y avoir aucune perturbation des exportations de GNL » (gaz naturel liquéfié), dont il est premier exportateur mondial, souligne cet expert.

Pour lui, « avoir le meilleur joueur (de football) montre au reste du monde que si le Qatar est déterminé », il a des moyens illimités dans lesquels il peut puiser à cette fin et pour promouvoir ses intérêts.

« Ils voulaient ce joueur et ils ont utilisé l’argent pour l’acheter à n’importe quel prix », conclut M. Krieg.

L’histoire retiendra que c’est via une forme d’acquisition méconnue en France que le PSG s’est offert Neymar: l’activation d’une clause libératoire, payée par le club parisien pour le libérer du contrat le liant au FC Barcelone, et non par le biais d’une transaction conventionnelle de club à club.

La superstar brésilienne Neymar est attendue dans la capitale française au début de l'année, promettant d'apporter la gloire au Paris Saint-Germain après avoir signé un accord de transfert record du monde avec l'ambitieux club appartenant au Qatar.(Crédit : AFP / LOLA BOU)
La superstar brésilienne Neymar est attendue dans la capitale française au début de l’année, promettant d’apporter la gloire au Paris Saint-Germain après avoir signé un accord de transfert record du monde avec l’ambitieux club appartenant au Qatar.(Crédit : AFP / LOLA BOU)

Depuis le début de la crise avec ses adversaires arabes, le Qatar a cherché à montrer qu’il continuait à faire affaire avec les Occidentaux. Deux importants contrats ont été annoncés, le premier avec les Etats-Unis pour l’acquisition d’avions de combat F-15 (environ 11 milliards d’euros), le second avec l’Italie (sept navires de guerre pour cinq milliards d’euros).

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