Rechercher

Un candidat républicain a joué dans un film dénoncé pour sa distorsion de la Shoah

Doug Mastriano, candidat au poste de gouverneur en Pennsylvanie, a joué un espion américain dans un film qui assimilait avortement, contrôle des armes et nazisme

Capture d'écran d'une vidéo de Doug Mastriano, candidat républicain au poste de gouverneur de Pennsylvanie, en train de jouer dans le film anti-avortement  'Operation Resist.' (Crédit : YouTube. Used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)
Capture d'écran d'une vidéo de Doug Mastriano, candidat républicain au poste de gouverneur de Pennsylvanie, en train de jouer dans le film anti-avortement 'Operation Resist.' (Crédit : YouTube. Used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

JTA — Doug Mastriano, candidat républicain au poste de gouverneur pour l’état américain de Pennsylvanie, qui avait attiré l’attention pour ses liens avec des antisémites, a joué dans un film sur le génocide juif sorti en 2019 et qui a été vivement critiqué par les spécialistes – et par sa star juive – pour ses distorsions de la Shoah.

Le New Yorker et le Washington Post ont évoqué cette semaine « Operation Resist, » qui prétend raconter l’histoire du sauvetage, par des espions américains, de Juifs néerlandais. Mastriano joue l’un de ces espions et il a aidé à financer le film.

Le film – un film de fiction – part de l’idée qu’une société autorisant l’avortement et le contrôle des armes à feu évoluera vers un régime s’apparentant à celui des nazis.

Le film commence par une initiative prise par des libéraux américains, celle de supprimer l’enseignement de la Shoah du programme d’une école – avant de faire un flash-back sur le sauvetage d’une fillette juive néerlandaise, Miriam.

A la fin, le film revient au présent avec un survivant de la Shoah qui se présente devant le conseil d’administration de l’école pour expliquer que Miriam est sa sœur, et il utilise ce qu’elle a vécu pour rejeter l’avortement, le contrôle des armes et des interventions gouvernementales trop fortes.

« Que dire des millions de bébés dont la vie est interrompue aujourd’hui avant même qu’ils ne voient le jour parce qu’ils sont gênants ? Il est temps de dire plus jamais ! », dit le survivant de la Shoah fictif. Certains conservateurs ont effectivement évoqué la Shoah pour rejeter les politiques autorisant l’avortement et restreignant les ventes d’armes, une pratique que les experts du génocide juif ont qualifié de manipulation.

Le candidat au poste de gouverneur de Pennsylvanie républicain Doug Mastriano pendant un rassemblement de campagne à Erie, en Pennsylvanie, le 29 septembre 2022. (Crédit : David Dermer/Associated Press)

Mastriano avait déclaré au moment où le film avait été réalisé que lui et sa famille avaient été « bénis » par leur participation à la collecte du financement nécessaire pour le film. « Ce film enthousiasmant parle d’héroïsme et de sacrifice pendant les horreurs de la Shoah », avait-il écrit sur Facebook.

Plusieurs membres de sa famille avaient fait une apparition dans le long-métrage, Mastriano dans le rôle d’un espion américain et son fils dans le rôle d’un nazi qui s’évanouit, étouffé par l’espion. « Quand tu te réveilleras, Fritz, dis à Hitler qu’il est le suivant », dit le personnage de Mastriano.

Mastriano avait attiré l’attention pour ses liens entretenus avec Andrew Torba, fondateur antisémite de Gab, une plateforme de réseaux sociaux prisée par de nombreux extrémistes de droite. Il avait aussi été critiqué par avoir qualifié son adversaire, le procureur-général de Pennsylvanie, Josh Shapiro, « d’élitiste » parce qu’il envoyait ses enfants dans une école juive.

Le Washington Post a projeté le film à quatre experts de la Shoah, qui l’ont tous critiqué.

« C’est scandaleux d’utiliser la Shoah à des fins politiques, d’en faire une arme, et c’est pourtant ce que fait ce film avec beaucoup de fierté », a commenté Neil Leifert, directeur du Centre d’études juives et de la Shoah à Penn State, auprès du journal.

Le film se trompe également sur les rituels juifs ainsi que sur certains détails de la Shoah ; il imagine une rencontre impossible entre Miriam, le personnage de fiction, Anne Frank et Audrey Hepburn. Il dépeint les nazis massacrant les Juifs par des exécutions massives alors que la plus grande partie des Juifs néerlandais avaient été envoyés dans les camps de la mort.

Ashleigh Burnette, qui joue le rôle de Miriam, est elle-même juive et elle avait été perturbée par le christianisme qui s’exprimait sur le plateau – la journée de tournage commençait par une prière chrétienne – et dans le film, où les sauveteurs faisaient une profession de foi chrétienne alors qu’ils accomplissaient leur mission de secours.

« Peut-être le film consistait-il finalement à mettre en lumière le christianisme ? Une femme chrétienne formidable me venait en aide – alors vive le christianisme ? », a-t-elle dit au Washington Post.

James c, réalisateur du film, avait attribué la responsabilité des inexactitudes apparaissant dans le long-métrage à son budget serré. Le film avait été réalisé dans sa Caroline du sud natale. Moran avait espéré que Burnette et sa mère, qui accompagnait la jeune actrice, auraient corrigé les erreurs commises dans la présentation des rituels juifs.

Moran a aussi défendu les comparaisons faites dans le film entre le nazisme, l’avortement et le contrôle des armes. Il a raconté avoir été inspiré par un article paru dans un journal en Caroline du sud, qui faisait part de la suppression de l’enseignement de la Shoah dans un guide sur les études sociales.

« Ce que j’ai voulu principalement dire dans le film, c’est que nous avons des leçons à tirer de la Shoah en ce qui concerne l’environnement politique d’aujourd’hui », a dit Moran au Washington Post. « Une fois que vous commencez à décider quelles vies comptent réellement, vous avez déjà fait un pas dans l’état d’esprit du nazisme… et c’est quelque chose que je constate aujourd’hui, avec des bébés dont la vie est considérée comme gênante et avec un gouvernement qui cherche à faire disparaître les armes de civils innocents ».

L’article paru en 2017 dans The State établissait clairement que l’omission avait résulté d’un oubli qui, selon le responsable des établissements scolaire de l’état, avait été immédiatement rectifié.

Rien n’indique que la suppression de l’enseignement de la Shoah avait été décidée par les libéraux – certains avaient été indignés par l’incident. Les seules difficultés rencontrées par l’enseignement de la Shoah dans les écoles, ces dernières années, sont venues de la droite et elles ont fait scandale.

Les députés des deux côtés de la sphère politique américaine ont prôné une législation qui impose cet enseignement du génocide dans des dizaines d’états.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...