Un couple arabe israélien inculpé pour avoir rejoint l’EI avec leurs enfants
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Un couple arabe israélien inculpé pour avoir rejoint l’EI avec leurs enfants

Les parents, ont décrit les conditions de vie difficiles à Mossoul, ils font face à des accusations de terrorisme

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Les troupes irakiennes se déploient dans la ville de Sharqat, à 260 km au nord ouest de Bagdad, alors que l'Irak annonce que ses forces ont repris la ville au groupe Etat islamique pendant une opération lancée avant la reprise de Mossoul, le 22 septembre 2016. (Crédit : Mahmud Saleh/AFP)
Les troupes irakiennes se déploient dans la ville de Sharqat, à 260 km au nord ouest de Bagdad, alors que l'Irak annonce que ses forces ont repris la ville au groupe Etat islamique pendant une opération lancée avant la reprise de Mossoul, le 22 septembre 2016. (Crédit : Mahmud Saleh/AFP)

Un couple arabe israélien a été arrêté le mois dernier après leur retour en Israël après une année passée à vivre sous le régime de l’Etat islamique et lutter pour le groupe terroriste en Irak avec leurs trois enfants, ont annoncé les responsables de la sécurité israélienne jeudi.

Wissam, 41 ans, et Sabrin Zabidat, 30 ans, de la ville arabe de Sakhnin, a passé plus d’un an avec le groupe djihadiste avant de finalement s’échapper et de rentrer en Israël, a précisé le service de sécurité du Shin Bet dans un communiqué jeudi tandis que des chefs d’inculpations ont été déposés contre le couple.

Les détails de l’affaire ont été autorisés à la publication tandis que les procureurs ont déposé les actes d’accusation contre le couple à la cour de première instance de Haifa. Les chefs d’accusation comprenaient : le contact avec un agent étranger, l’appartenance à une organisation illégale, l’appartenance à un groupe terroriste, aide à un groupe illégal et suivre une formation militaire illégale.

Le couple a été arrêté à l’aéroport international Ben-Gurion près de Tel Aviv le 22 septembre après leur retour de la Turquie avec leurs enfants âgés de 3, 6 et 8 ans après avoir passé plus d’un an avec l’EI, a expliqué le Shin Bet dans un communiqué.

Pendant l’interrogatoire, ils ont indiqué aux enquêteurs qu’ils avaient décidé de rejoindre l’Etat islamique après avoir vu les vidéos de propagande de l’EI.

Le 16 juin 2015, ils se sont envolés vers la Roumanie avec leurs enfants pour assister à un événement familial. A partir de là, à l’insu des membres de la famille élargie, ils ont continué vers la Turquie où ils sont entrés en contact via Facebook avec un Arabe israélien d’Umm al-Fahm qui avait rejoint l’EI en 2013.

Avec son aide, ils ont été en mesure de contacter des passeurs qui les ont aidés à traverser la frontière vers la Syrie, où ils ont rencontré les membres de l’EI. Leurs passeports israéliens ont été immédiatement confisqués et ils ont été emmenés à la ville syrienne de Raqqa, considérée comme la capitale de l’EI.

Wassim a été séparé de sa famille et envoyé dans un camp en Irak, où il a suivi des leçons sur les études religieuses et sur l’idéologie de l’EI. De là, il a été emmené dans un camp militaire pour suivre une formation sur l’utilisation d’un fusil Kalachnikov, une mitrailleuse PK et des lanceurs anti-char RPG, a signalé le Shin Bet.

Le mari a ensuite pris part à des opérations de l’EI comme garder les installations du groupe à proximité des zones de combat et participer à des raids sur les postes de l’armée irakienne. Au cours d’un de ces raids, il a été blessé à la jambe et envoyé à l’hôpital de Mossoul, en Irak, pour être soigné.

C’est à Mossoul que la famille a finalement été réunie, vivant dans des conditions insalubres, exigues, sans eau courante ni électricité. Ils ont expliqué au Shin Bet qu’ils n’avaient pas accès aux soins médicaux adéquats ni aux médicaments. Leurs enfants n’ont reçu aucune éducation pendant une longue période et ont passé le temps en jouant avec d’autres enfants qui étaient atteints de maladies infectieuses.

Au début de l’année 2016, la région où la famille vivait a été gravement endommagée par des bombardements intensifs. En conséquence, les enfants ont commencé à faire des crises d’angoisse.

Selon le communiqué du Bet Shin, les Zabidat ont indiqué que les combattants de l’EI et leurs administrateurs appliquaient des lois discriminatoires, en particulier contre les femmes, et qu’ils utilisaient des méthodes cruelles de punition telles que les décapitations, les démembrements et les coups de fouet.

A Mossoul, qui fait actuellement l’objet d’une offensive irakienne majeure pour libérer la ville après deux ans sous le joug de l’EI, le couple décrit la pauvreté endémique, les enfants de 8 ans recevant une formation militaire et la police de la moralité chargée, entre autres choses, de faire respecter les codes vestimentaires pour les femmes et la barbe pour les hommes.

Ces récits, qui corroborent d’autres histoires décrivant la vie est sous la domination de l’EI, ont apparemment été autorisés à être publiés par le Shin Bet pour décourager les autres personnes susceptibles d’essayer de rejoindre l’EI après avoir vu de la propagande en ligne.

« D’après les enquêtes sur des Israéliens qui sont revenus de la Syrie et de l’Irak l’image qui émerge est celle des dangers et des conditions de vie difficiles qui y règnent », insiste la déclaration.

En juin 2016, en raison des conditions de vie difficiles, les Zabidat ont décidé de rentrer en Israël. Ils ont contacté les membres de la famille qui ont payé des milliers de dollars à des passeurs et d’autres personnes pour leur permettre de revenir en Israël.

Ils ont tenté de s’infiltrer en Turquie à 10 reprises parfois en droguant leur plus jeune fille pour empêcher l’enfant de pleurer et d’éviter qu’elle n’attire l’attention des autorités.

Un M109 des forces irakiennes tirant vers le village de Tall al-Tibah, à environ 30 kilomètres au sud de Mossoul, le 19 octobre, 2016, lors d'une opération contre les djihadistes du groupe Etat islamique pour reprendre la ville (Crédit : AFP PHOTO / AHMAD AL-RUBAYE)
Un M109 des forces irakiennes tirant vers le village de Tall al-Tibah, à environ 30 kilomètres au sud de Mossoul, le 19 octobre, 2016, lors d’une opération contre les djihadistes du groupe Etat islamique pour reprendre la ville (Crédit : AFP PHOTO / AHMAD AL-RUBAYE)

Après plusieurs tentatives infructueuses de franchir la frontière, y compris en marchant à travers les régions montagneuses dans des conditions météorologiques difficiles et parfois même en étant visé par des tirs des soldats turcs et des combattants de l’EI, ils sont entrés en Turquie, où ils ont été arrêtés et placé dans un camp de détention.

Après quelques jours, ils ont été libérés et renvoyés en Israël, où ils ont été arrêtés à leur arrivée.

Plusieurs Arabes israéliens ont été arrêtés et emprisonnés pour avoir tenté, et dans certains cas réussis, à se joindre à l’EI au cours des dernières années.

L’EI en Israël ne bénéficie pas d’un large soutien, mais l’agence de renseignement du Shin Bet estime qu’une cinquantaine de citoyens arabes d’Israël se sont rendus en Syrie ou en Irak pour rejoindre le groupe au cours de ces dernières années.

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