Un court-métrage israélien sur les migrants africains nominé aux Oscars
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Un court-métrage israélien sur les migrants africains nominé aux Oscars

Le film de Tomer Shushan, tourné en une seule prise pendant une nuit aborde les préjugés d'une grande partie de la population et de la police à l'encontre des immigrants noirs

Dawit Tekelaeb, à gauche, et Daniel Gad jouent dans le film israélien "White Eye", candidat aux Oscars. (Crédit : Tomer Shushan via JTA)
Dawit Tekelaeb, à gauche, et Daniel Gad jouent dans le film israélien "White Eye", candidat aux Oscars. (Crédit : Tomer Shushan via JTA)

Pour ceux qui suivent le destin des films israéliens à l’approche de la cérémonie des Oscars, les perspectives s’améliorent après une première déception.

Dans la catégorie des films en langue étrangère (rebaptisés « longs métrages internationaux »), le film israélien « Asia » – un film intimiste réalisé par une mère et sa fille sur des immigrants russes en Israël, avec Shira Haas dans le rôle principal – n’a pas été retenu parmi les 15 demi-finalistes parmi les films proposés par 93 pays.

Cependant, même les observateurs professionnels du cinéma israélien ont d’abord négligé un court métrage intitulé « White Eye », qui a a été retenu dans la liste des 10 finalistes parmi 174 candidatures pour le meilleur court métrage international.

(Pour les longs métrages en langue étrangère, l’académie du cinéma de chaque pays inscrit son « meilleur » choix. Toutefois, dans la catégorie des courts métrages – d’une durée maximale de 40 minutes – les producteurs et les réalisateurs peuvent soumettre leurs propres œuvres).

« White Eye », du réalisateur Tomer Shushan, 33 ans, aborde un problème israélien familier aux Américains : les préjugés ouverts ou subliminaux d’une grande partie de la population et de la police à l’encontre des habitants non blancs, en particulier les immigrants.

Tourné en une seule prise – après de nombreuses répétitions – pendant une nuit dans un quartier sordide de Tel-Aviv, le protagoniste de ce film de 20 minutes est Omer, un Israélien de la classe moyenne à la peau claire. Au début du film, il aperçoit son vélo qui vient d’être volé lors d’une sortie à la plage. Alors qu’il tente de reprendre possession du vélo en sciant son cadenas, Yunes, un immigrant érythréen noir qui fait une pause dans son travail dans une usine d’emballage de viande voisine, aperçoit Omer et affirme que le vélo lui appartient et qu’il l’a acheté pour 250 shekels, soit environ 75 dollars.

Omer, interprété par l’acteur Daniel Gad, appelle la police et deux agents – dont l’un porte une kippa – découvrent que Yunes (Dawit Tekelaeb) a dépassé la durée de séjour autorisée par son visa. Cela signifie que lui, sa femme et leur enfant risquent d’être expulsés vers leur pays natal ravagé par la guerre.

Pris de remords, Omar se dirige vers un distributeur automatique de billets situé à proximité et retire 250 shekels, puis remet l’argent à Yunes.

La scène finale – bouleversante – est basée sur l’expérience personnelle de Shushan.

Tomer Shushan, dont le premier film, « White Eye », est l’un des dix films présélectionnés pour la catégorie des courts métrages en prises de vue réelles aux Oscars 2021 (Crédit : Tomer Shushan).

Lors d’un entretien téléphonique, le réalisateur a déclaré qu’il avait choisi le titre du film comme une allusion à « l’œil blanc », une pathologie des aveugles, et qui sous-entend que beaucoup de ses compatriotes israéliens sont aveugles aux préjugés raciaux dans leur pays.

« Bien qu’ils soient moins intenses qu’aux États-Unis », observe-t-il, il existe en Israël des préjugés considérables, notamment au sein de la police, à l’encontre des habitants et des immigrants de couleur.

Près de 70 000 à 80 000 Érythréens et Soudanais vivent en Israël, selon Shushan et les statistiques gouvernementales. La moitié d’entre eux vivent dans la région de Tel Aviv.

Shushan, descendant de juifs marocains, a déclaré qu’il avait fait l’expérience des préjugés, mais moins à Tel Aviv, ville libérale, qu’à Jérusalem.

Se remémorant sa propre expérience, parallèle au film, Shushan a rappelé qu’il s’est senti désolé pour le voleur présumé, a demandé à la police de s’éloigner, a donné 250 shekels à l’immigrant et a repris le vélo. Cependant, l’immigrant a continué à pleurer, disant qu’il avait peur que la police revienne et que tout le monde était contre lui.

À ce moment-là, Shushan a déclaré qu’il « n’aimait plus le vélo » et qu’il lui réservait le sort illustré dans le final du film.

Diplômé de l’école d’art Minshar de Tel Aviv, Shushan a écrit le film en une heure alors qu’il était encore sous le choc de l’incident.

Le film a remporté le prix du meilleur court métrage au Festival international du film de Haïfa en 2019, le grand prix du jury au Festival du film SXSW 2020 ainsi que des prix lors d’un festival de cinéma au Royaume-Uni.

« White Eye » est le deuxième court métrage de Shushan, après son premier film d’étudiant, et il développe actuellement une série télévisée, « Torso », sur un détective privé, ainsi que son premier long métrage, « Between the Sacred and The Secular ».

Le coût total du film s’est élevé à 34 000 dollars – une somme dérisoire au regard des standards hollywoodiens – dont 90 % ont été couverts par la Fondation Makor, soutenue par le gouvernement. Shushan essaie maintenant de réunir des fonds pour un long métrage sur un thème similaire qui s’intitulera « Between Sand Grains ».

Par ailleurs, un groupe d’Israéliens de l’université de Tel Aviv et de la startup Aminom a déjà été nommé lauréat d’un Oscar spécial dans la catégorie sciences et ingénierie. Le groupe a mis au point une technologie vidéo sans fil désormais utilisée par l’industrie cinématographique mondiale.

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