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Un député de la Liste arabe unie va lancer un processus de dissolution de la Knesset

Mais Ahmad Tibi, collègue de Sami Abou Shahadeh, serait en pourparlers avec Lapid pour offrir une bouée de sauvetage à la coalition et prévenir un nouveau scrutin

Les députés de la Liste arabe unie Sami Abou Shahadeh, à droite, et Ahmad Tibi pendant une séance plénière de la Knesset, le 23 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les députés de la Liste arabe unie Sami Abou Shahadeh, à droite, et Ahmad Tibi pendant une séance plénière de la Knesset, le 23 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le député de la Liste arabe unie Sami Abou Shahadeh a annoncé vendredi qu’il soumettrait une législation qui lancera le processus de dissolution de la Knesset la semaine prochaine, suite à la démission d’une législatrice du Meretz de la coalition – ce qui oblige le gouvernement à se serrer les coudes s’il veut pouvoir empêcher un cinquième cycle électoral en moins de trois ans.

Selon les rumeurs, le projet de loi de dissolution du Parlement sera soumis mercredi prochain, presque immédiatement après l’annonce faite par la députée Ghaida Rinawie Zoabi qui a annoncé son départ de l’alliance au pouvoir jeudi – et ce même si un grand nombre avaient présumé que ce serait le parti du Likud, à la tête de l’opposition, qui prendrait cette initiative. Mais alors même que la formation de Benjamin Netanyahu réfléchissait à l’opportunité de présenter un tel texte, et quand l’annoncer, elle a été prise de court par Abou Shahadeh, à la tête de la faction nationaliste Balad au sein de la Liste arabe unie, forte de six sièges.

« Je soumettrai [au vote] la loi de dissolution de la Knesset mercredi prochain. Ce mauvais gouvernement doit tomber », a-t-il annoncé.

Si la démission de Rinawie Zoabi, qui avait été élue sous l’étiquette du Meretz, laisse la coalition avec seulement 59 députés, et que le passage du texte en lecture préliminaire ne nécessite qu’une majorité simple, il aurait besoin d’une majorité absolue de 61 voix pour les trois lectures suivantes – et il est difficile de dire si l’opposition parviendrait à les réunir. Rinawie Zoabi a indiqué jeudi soir qu’elle n’avait pas encore décidé ce qu’elle voterait si le projet de loi devait être présenté la semaine prochaine.

De plus, si Abou Shahadeh a clairement établi qu’il voterait aux côtés de l’opposition dirigée par le Likud – qui est constituée de partis de droite et religieux – pour lancer le processus de dissolution du parlement, des rumeurs laissent entendre que les autres membres de la Liste arabe unie pourraient être désireux d’offrir une bouée de sauvetage à la coalition.

Le bureau du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid est actuellement en négociations intensives avec Ahmad Tibi, qui dirige la faction Taal au sein de la Liste arabe unie, une faction forte de deux législateurs, a fait savoir la chaîne Kan, vendredi.

Le leader de Yesh Atid Yair Lapid rencontre les députés Ayman Odeh, à gauche, et Ahmad Tibi, à droite, à la Knesset, le 19 avril 2021. (Autorisation)

Les deux parties discuteraient actuellement de l’octroi de budgets permettant de paver les routes de villes arabes négligées depuis longtemps en échange de la coopération de Tibi à la Knesset, aux côtés de la coalition. Lapid est représenté par la directrice du bureau du Premier ministre d’alternance Naama Shultz dans ces pourparlers et Shultz consulte, à son tour, des représentants des ministères des Transports et des Finances sur la question. Tibi réclame 200 millions de shekels pour financer ces projets d’infrastructure, a fait savoir Kan.

Semblant confirmer ces informations, le bureau de Lapid a indiqué dans un communiqué que « le gouvernement israélien œuvre actuellement à réhabiliter des infrastructures qui ont été négligées à travers tout le pays. C’est notre travail et contrairement aux gouvernements précédents, nous le mènerons également à bien ».

Le bureau de Tibi a soumis un narratif légèrement différent, disant qu’il avait présenté la requête concernant ces travaux d’infrastructure à la commission de la Knesset et qu’il avait soumis la même demande « il y a longtemps » au ministère des Transports, insistant sur le fait qu’elle n’avait rien à voir avec la dernière crise de la coalition qui a commencé jeudi.

Le parti Yamina du Premier ministre, qui représente la droite de la coalition, a nié avec vigueur toute perspective de coopération avec la Liste arabe unie.

« Le gouvernement ne s’appuiera pas sur la Liste arabe unie indépendamment des circonstances et aucun accord n’a été conclu avec cette faction », a indiqué la formation.

« L’État d’Israël s’inquiète de tous ses citoyens et il y a une ruse, ici, utilisée par des politiciens qui laissent croire que ce qui relève des affaires courantes du gouvernement entre dans le cadre d’un accord politique », a continué Yamina, qui a noté que les partis d’opposition du Likud et du Sionisme religieux ont tenté de présenter toute construction d’une école ou d’un centre communautaire dans les villes arabes comme « une reddition devant les Arabes ».

Vue de la ville arabe israélienne de Kfar Kassem, près de Tel Aviv, en juillet 2013. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Le Likud a réagi au reportage de Kan en disant que « Bennett donne 200 millions de shekels aux soutiens des terroristes tout en rejetant la somme de 50 millions supplémentaires pour nos soldats ».

Le parti faisait ici référence à une législation que la coalition veut adopter et qui permettrait au gouvernement de donner des bourses aux soldats de combat après leur décharge. Après avoir annoncé qu’il ne soutiendrait pas le texte de manière à ne pas donner une victoire à la coalition, le Likud a expliqué, jeudi, qu’il n’apporterait son soutien à la mesure que si elle devait couvrir cent pour cent des frais de scolarité, contre les deux-tiers qui avaient été proposés dans la législation. La demande de la formation impliquerait une dépense gouvernementale supplémentaire de 50 millions de shekels.

D’un autre côté, vendredi, le président du Meretz, Nitzan Horowitz, s’est entretenu avec Rinawie Zoabi de manière à la convaincre de réintégrer la coalition ou d’au moins minimiser les dégâts.

Un haut-responsable de la coalition a confié au quotidien Haaretz que Zoabi avait promis de ne pas participer au renversement du gouvernement – ce qui indique apparemment qu’elle ne voterait pas avec l’opposition sur un projet de loi prévoyant de nouvelles élections.

Toutefois, le responsable a ajouté que le parti s’inquiétait encore de l’éventuelle abstention de la députée rebelle lors du vote de la semaine prochaine qui, s’il est organisé, permettrait au texte d’être adopté en lecture préliminaire et lui donnerait un élan suffisant pour convaincre d’autres membres de la coalition à se prononcer en sa faveur lors des lectures suivantes – ce qui pourrait entraîner son approbation finale et l’organisation d’un nouveau scrutin.

La députée du Meretz Ghaida Rinawie Zoabi en plénière de la Knesset. (Crédit : Danny Shem Tov/Knesset Spokesperson)

Un autre membre éminent de la coalition a confié à Haaretz que les contacts entre Rinawie Zoabi et l’alliance au pouvoir se feraient dorénavant par le biais du président de Raam, Mansour Abbas, au vu des liens tumultueux entretenus par la législatrice avec les autres députés du parti du Meretz.

Abbas a rencontré Rinawie Zoabi à son domicile de Nof Hagalil, vendredi, et il a déclaré devant les caméras de la Treizième chaîne, après son entretien, que la députée « a été élue pour représenter la société arabe. Elle l’a fait et elle continuera à le faire. Elle a endossé une grande responsabilité et je lui fais personnellement confiance ».

Rinawie Zoabi avait entraîné une onde de choc dans la coalition déjà chancelante lorsqu’elle avait annoncé son départ, jeudi matin.

Dans une lettre écrite à Bennett et Lapid où elle leur faisait part de sa démission, elle avait indiqué que cette défection était entraînée par un tournant résolument à droite de la part du gouvernement.

« Malheureusement, ces derniers mois, pour des considérations étroites d’ordre politique, les responsables de la coalition ont fait le choix de préserver et de renforcer sa droite », avait-elle écrit, citant également la conduite de la police pendant les récents affrontements avec les Palestiniens survenus sur le mont du Temple et durant les funérailles, vendredi dernier, de la journaliste d’al-Jazeera Shireen Abu Akleh, tuée pendant des heurts à Jénine – des obsèques où les policiers ont bousculé et frappé les personnes présentes, entraînant presque la chute du cercueil à terre.

Le refus de Rinawie Zoabi de voter aux côtés de la coalition, dont la majorité était déjà mince, sur des législations déterminantes avaient été un casse-tête pour la coalition et elle devait partir à Shangaï pour y occuper le poste de consul-général. Elle a néanmoins elle-même fait savoir qu’elle renonçait à cette nomination quand elle a quitté la coalition, a précisé un porte-parole.

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