Un député israélien à Mandelblit : enquêtez sur i24News
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Un député israélien à Mandelblit : enquêtez sur i24News

Le chef du Camp démocratique a demandé une enquête sur un changement présumé de couverture des actions de Netanyahu pour que la chaîne obtienne un permis de diffusion en Israël

Des journalistes travaillent dans un studio de la chaîne i24news à Tel Aviv, en Israël, le 28 juillet 2013 (Crédit : AP Photo/Dan Balilty)
Des journalistes travaillent dans un studio de la chaîne i24news à Tel Aviv, en Israël, le 28 juillet 2013 (Crédit : AP Photo/Dan Balilty)

Le président du Camp démocratique Nitzan Horowitz a soumis une requête officielle au procureur-général Avichai Mandelblit dans la journée de vendredi demandant l’ouverture d’une enquête sur la chaîne i24News suite à un reportage d’investigation clamant que le réseau international de télévision avait modifié sa couverture médiatique en faveur du Premier ministre Benjamin Netanyahu – en premier lieu pour recevoir une autorisation de diffusion au sein de l’Etat juif et ensuite pour lancer, plus tard, une chaîne en hébreu.

Ce reportage paru jeudi dans Haaretz affirmait que le directeur-général d’i24News, Frank Melloul, s’était vanté de s’entretenir régulièrement avec Netanyahu concernant les affaires liées à la chaîne. Le Premier ministre tout comme Melloul ont nié cette affirmation qui a été attribuée à plusieurs employés de la chaîne, anciens et actuels.

i24News présente actuellement ses émissions en anglais, en arabe et en français mais, jusqu’à l’année dernière, n’assurait pas ses programmes sur la télévision israélienne. Haaretz explique qu’il y a approximativement deux ans, Melloul et le fondateur milliardaire de la chaîne, Patrick Drahi, auraient commencé à émettre des directives aux journalistes et rédacteurs, leur demandant d’adoucir leur couverture des actions de Netanyahu alors que l’entreprise cherchait à obtenir une autorisation de diffusion en Israël.

Il avait été précisé aux employés concernés que les ordres donnés par la hiérarchie ne seraient plus d’actualité une fois l’autorisation obtenue.

Depuis le mois d’août 2018, les chaînes française et anglaise d’i24News sont accessibles sur le réseau de télévision par câble israélien HOT, propriété de Patrick Drahi.

Le reportage clame toutefois que les journalistes et les rédacteurs ont reçu pour instruction de continuer à adopter une ligne moins critique vis-à-vis de Netanyahu, alors qu’I24News cherchait à lancer une chaîne en hébreu.

Les efforts visant l’obtention de cette chaîne seraient actuellement en suspens en raison de l’impasse politique en cours dans le pays.

Nitzan Horowitz, leader du Camp démocratique, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 12 août 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Horowitz a déclaré que ces informations avaient fait naître le soupçon que la couverture positive du Premier ministre avait été utilisée « pour recevoir des bénéfices significatifs » de la part de Netanyahu.

« Un tel lien entre le Premier ministre et une haute personnalité cherchant à obtenir un intérêt d’ampleur nécessite un examen immédiat », a écrit Horowitz à Mandelblit.

Le chef de la faction de gauche a également mis en exergue l’implication du ministre des Communications David Amsalem ainsi que celle de son prédécesseur, Ayoub Kara, qui ont tous les deux œuvré en faveur d’une licence de diffusion d’une chaîne en hébreu pour i24News.

« Ce détail laisse apparemment soupçonner des relations entachées et inappropriées entre le ministre et les gestionnaires de la chaîne, en échange d’un changement de la couverture adoptée par cette dernière à l’égard de Netanyahu », a écrit Horowitz.

Parmi les efforts livrés visant à obtenir une autorisation pour une chaîne en hébreu, il y aurait eu, selon des informations, des requêtes directes des propriétaires d’i24News auprès des rédacteurs, leur demandant d’adopter un ton plus conciliant vis-à-vis des enquêtes criminelles sur Netanyahu ou des articles dépeignant sous une lumière négative la famille du Premier ministre – voire de ne pas aborder du tout ces sujets.

Plusieurs analystes invités sur les plateaux des émissions qui avaient affiché une ligne plus combative contre la famille Netanyahu auraient été placés sur une liste noire, n’apparaissant plus dans la grille des programmes, et une émission qui, selon Melloul, « penchait à gauche », n’avait tout simplement jamais été diffusée.

Horowitz a aussi appelé Mandelblit à se pencher sur un incident cité dans le reportage. Une ancienne conseillère de Netanyahu, Odelia Carmon, aurait été interdite dans les programmes de la chaîne après avoir dit que le Premier ministre n’avait « aucun contrôle » sur son fils, Yaïr, dans un contexte de tweets critiques, qui avaient été qualifiés d’islamophobes.

Selon plusieurs ex-employés d’i24News interrogés par Haaretz, Melloul aurait ordonné que Carmon ne soit plus réinvitée, disant à un rédacteur qu’il avait reçu un appel téléphonique de Yaïr Netanyahu lui-même dans lequel le fils du Premier ministre l’aurait vertement réprimandé suite à l’apparition de cette dernière.

i24News a nié tout acte répréhensible et a évoqué un reportage récent paru dans l’hebdomadaire de droite Bsheva qui accusait la chaîne de pencher à gauche.

« La gauche considère la chaîne comme étant à droite et la droite considère que la chaîne est à gauche. Et c’est là la meilleure preuve de ce qu’i24News est un média équilibré qui présente une plateforme égalitaire et équitable à toute la sphère politique de la même façon ainsi qu’à une grande variété d’opinions et de publics au sein de la société israélienne », a fait savoir i24News en réponse au reportage de Haaretz.

Le Premier ministre est mis en examen dans trois affaires criminelles. Deux des dossiers concernant des initiatives du Premier ministre visant à s’assurer une couverture médiatique favorable.

Dans l’affaire 2 000, Netanyahu est accusé d’avoir convenu avec l’éditeur du quotidien Yedioth Ahronoth Arnon Moses d’affaiblir un quotidien rival en échange d’une couverture plus favorable de la part du Yedioth. L’accord n’a jamais été mis en œuvre. Le Premier ministre a été mis en examen dans ce dossier pour fraude et abus de confiance.

Dans l’Affaire 4000, le Premier ministre est soupçonné d’avoir fait avancer des décisions régulatoires au profit d’Elovitch en échange d’une couverture positive de ses actions sur le site Walla, propriété de Bezeq. Mandelblit a annoncé que Netanyahu serait inculpé pour fraude, abus de confiance et pots-de-vin.

Netanyahu, qui nie tout acte répréhensible, a fustigé la police et les procureurs suite à l’annonce de sa mise en examen par Mandelblit, clamant qu’il continuerait à diriger l’Etat juif et que les dossiers avaient été montés de toutes pièces pour le déchoir de ses fonctions dans ce qu’il a qualifié de « coup d’Etat ». Il a demandé à ce que les enquêteurs « fassent l’objet d’une enquête » de la part d’un panel indépendant.

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