Un documentaire sur l’assassin de Rabin suscite la polémique
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Un documentaire sur l’assassin de Rabin suscite la polémique

La ministre de la Culture étudie la suppression du film sur Yigal Amir de l'affiche du Festival international du film de Jérusalem

Yigal Amir, l'assassin du Premier ministre Yitzhak Rabin, comparait devant le tribunal, en 2004. (Crédit : Yoram Rubin/Flash90)
Yigal Amir, l'assassin du Premier ministre Yitzhak Rabin, comparait devant le tribunal, en 2004. (Crédit : Yoram Rubin/Flash90)

Un film documentaire présentant un regard intime sur la vie en prison d’Yigal Amir, l’assassin du Premier ministre Yitzhak Rabin, est à l’affiche du prochain Festival international du film de Jérusalem.

La coproduction israélo-russo-lettonne est en compétition dans la catégorie des documentaires israéliens pendant le festival qui se deroulera en juillet dans les salles de la Cinémathèque. Il a déjà été projeté au festival canadien du film « Hot Docs » 2015, recueillant des critiques généralement positives.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, qui a été vivement critiquée ces derniers jours pour ses menaces de ne plus financer des projets culturels « anti-israéliens », a déclaré dimanche soir qu’elle mettrait en place un comité chargé d’examiner si le film serait accepté festival, a rapporté la Deuxième chaîne.

Le Festival du film est en partie financé par le ministère de la Culture.

Décrivant la relation qui se développe entre Larissa Trimbobler et Amir – le couple marié en prison il y a une décennie – et les histoires qu’il raconte à leur fils par téléphone avant de se coucher, « Beyond the Fear » [« Au-delà de la peur »] a été réalisé par le metteur en scène letton-israélien Herz Frank, qui est mort pendant le tournage du film. Il a été terminé par son épouse, Maria Kravchenko.

Selon la description sur le site internet du festival canadien, le film « va au-delà des titres sensationnels pour sonder les motivations humaines derrière l’acte ultime du péché. Le dernier film de Frank est un exploit de narration qui montre non seulement la capacité d’un homme de distinguer le bien du mal, mais celle de l’ensemble l’humanité ».

Frank, qui est mort à Jérusalem en 2013, fut l’un des documentaristes les plus acclamés de l’Union soviétique et a été l’une des figures fondatrices de l’École de Riga pour le cinéma documentaire poétique. Il a immigré en Israël en 1992.

Yitzhak Rabin a été assassiné le 4 novembre 1995, par Yigal Amir, à la fin d’un rassemblement de masse en faveur de la paix à Tel-Aviv. La place où le rassemblement a eu lieu a été rebaptisée « Place Rabin » suite à l’assassinat.

Amir, qui a aujourd’hui 45 ans, purge une peine de réclusion à perpétuité pour l’assassinat et est détenu en condition d’isolement.

La narration du film est racontée principalement à travers des entretiens avec Trimbobler, qui à un moment donné décrit les actions d’Amir comme « naïves » et « héroïques ». « Je l’ai vu comme un garçon agissant en désespoir de cause. Un idéaliste … qui a commis un acte désespéré et qui se sacrifia », a-t-elle dit aux cinéastes.

Tout en affirmant que le film propose un portrait biaisé d’Amir, le comité de sélection du festival a déclaré que la décision de l’inclure se fondait plus sur la volonté d’honorer le réalisateur que d’offrir l’écran à l’assassin du Premier ministre.

« Beyond the Fear » est la lettre d’adieu du metteur en scène aux paysages et espaces socio-politiques qui l’ont entouré depuis son immigration en Israël », a écrit le comité.

« Notre désaccord avec sa position scandaleuse ne supprime pas les qualités cinématographiques et sa persévérance de longue date », a-t-il ajouté.

« Le film n’est pas dépourvu de décisions morales complexes et controversées, mais nous avons vu une grande importance dans la projection d’un film qui suscite le débat aigu sur les frontières de la représentation dans les films documentaires, car il traite de l’un des tabous les plus douloureux de la société israélienne. »

Itzik Shmuli speaks at the Knesset on Wednesday (photo credit: screen capture Itzik Shmuli/Youtube)
Le député travailliste Itzik Shmuli à la Knesset en 2013 (Capture d’écran YouTube/ Itzik Shmuli)

Le député de l’Union sioniste Itzik Shmuli a appelé Regev et le maire de Jérusalem Nir Barkat à retirer le film du programme du festival et à s’assurer que sa projection ne reçoive pas de financement public.

« Il est inconcevable que quelqu’un puisse avoir le culot d’autoriser un film en essayant de dépeindre l’ignoble assassin Yigal Amir comme un héros idéaliste, et à Jérusalem de surcroît », a déclaré Shmuli dans une lettre, demandant également à ce que le Premier ministre intervienne immédiatement sur la question.

מישהו פה פשוט התבלבל! חופש הביטוי הוא אמנם דבר מקודש בדמוקרטיה אבל אין משמעו להגיד או לעשות מה שבא לך. מה שקורה בשבוע הא…

Posted by ‎איציק שמולי | Itzik Shmuli‎ on Sunday, 14 June 2015

Noa Rothman, petite-fille de Rabin et auteure de scénarios pour la télévision, a qualifié le film d’ « utilisation cynique de la liberté d’expression, destinée à lui nuire ».

« Je ne vais pas enquêter dessus et je ne vais pas l’arrêter », a-t-elle dit au quotidien d’affaires Globes, qui a révélé l’information sur le Festival de Jérusalem. « Mais celui pour qui la démocratie est précieuse devrait avoir peur de cela. »

La semaine passée a vu un débat houleux sur les limites de l’expression artistique en Israël, après que le ministre l’Education Naftali Bennett a ordonné à son ministère de supprimer du catalogue des spectacles pouvant se produire dans les écoles israéliennes une pièce inspirée de la vie d’un Palestinien emprisonné pour avoir enlevé et assassiné le soldat israélien Moshe Tamam, en 1984.

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