Un élu arabe israélien démissionne pour protester contre la loi de l’État-nation
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Un élu arabe israélien démissionne pour protester contre la loi de l’État-nation

Zouheir Bahloul a déclaré que sa conscience ne lui permettait pas de siéger dans un Parlement qui a passé une loi discriminant les Arabes

Le député arabe israélien de l'Union sioniste  Zoheir Bahloul annonce sa démission de la Knesset le 28 juillet 2018 pour protester contre le projet de loi sur l'Etat-nation (Capture d'écran : Hadashot news)
Le député arabe israélien de l'Union sioniste Zoheir Bahloul annonce sa démission de la Knesset le 28 juillet 2018 pour protester contre le projet de loi sur l'Etat-nation (Capture d'écran : Hadashot news)

Samedi, un député arabe israélien de l’Union sioniste a annoncé qu’il démissionnait de la Knesset afin de protester contre la loi récemment adoptée de l’Etat nation, qu’il considère être discriminant contre la minorité arabe d’Israël.

« Ma démission prendra effet après la pause estivale de la Knesset, je vous promets que je ne siégerais plus dans cette Knesset », a déclaré Zouheir Bahloul à Hadashot tv.

Interrogé pour savoir si sa démission n’était pas excessive, Bahloul, un ancien commentateur sportif populaire, a répondu que « la loi de l’Etat-nation était excessive car elle place officiellement et constitutionnellement la population arabe en dehors d’un cadre égalitaire en Israël ».

Selon Bahloul, cette Knesset a récemment voté une série de lois qu’il a qualifiées de « racistes et extrémistes ».

« Je ne peux pas rester sans rien faire, je devrais répondre à mon petit-fils qui me demandera ce que j’ai fait et je lui dirai, ‘j’ai démissionné à cause de cette mauvaise loi qui aurait dû conduire tous les Israéliens à manifester, mais nous n’avons pas compris pourquoi ils ne l’ont pas fait’ ».

Isaac Herzog, le président sortant de l’Union sioniste, a rendu hommage à Bahloul, déclarant que « les voix des minorités devaient être entendues en Israël ».

La loi de l’Etat-nation – qui définit pour la première fois Israël comme « le foyer national du peuple juif » et stipule que le « droit d’exercer l’auto-détermination nationale dans l’Etat d’Israël est uniquement pour le peuple juif » – a entraîné une critique très large de la part des minorités d’Israël, de la communauté internationale et des groupes juifs à l’étranger.

Dimanche, des responsables de la communauté druze d’Israël, y compris trois membres de la Knesset, ont déposé une pétition devant la Haute Cour de Justice contre la loi de l’Etat-nation, déclarant qu’il s’agissait d’un texte « extrémiste » qui discriminait les minorités du pays.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, rencontre Sheikh Muafak Tariff, leader spirituel de la communauté druze d’Israël, le ministre des communications Ayoub Kara, à gauche, et d’autres leaders druzes à son bureau de Jérusalem pour évoquer la loi sur l’Etat-nation, le 27 juillet 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Des ministres israéliens se sont efforcés de rassurer la communauté druze afin de leur montrer qu’ils étaient appréciés à leur juste valeur au sein de la société israélienne. Les ministres ont également proposé une série de mesures pour tenter de les apaiser.

Selon ses partisans, la loi de l’Etat-nation met les valeurs juives et les valeurs démocratiques sur un pied d’égalité. Pourtant, les critiques du texte considèrent que la loi discrimine les Arabes israéliens et d’autres communautés minoritaires.

La loi est devenue une Loi Basique, qui, à l’instar d’une constitution, pose les bases du système légal d’Israël et est plus difficile à abroger qu’une loi classique.

La loi stipule également que Jérusalem est la capitale d’Israël, fixe le calendrier hébraïque comme le calendrier officiel de l’état, reconnaît Yom HaAtzmaut, Yom HaZikaron et les vacances juives. Une clause de la loi rétrograde la langue arabe d’un statut officiel à un statut « spécial », mais stipule aussi, de manière énigmatique, que « cette clause ne nuit pas au statut donné à la langue arabe avant que cette loi n’entre en effet ».

Ce n’est pas la première fois que Bahloul a dit s’être senti mal à l’aise en tant qu’Arabe israélien dans un parti sioniste. L’année dernière, il avait annoncé qu’il ne participerait pas à la cérémonie de la Knesset marquant le 100e anniversaire de la Déclaration Balfour.

Dans la Déclaration Balfour, qui a été publiée le 2 novembre 1917, Arthur Balfour, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, déclarait au chef de la communauté juive britannique Lord Walter Rothschild que le gouvernement de sa Majesté « voyait positivement la création d’un foyer national pour le peuple juif en Palestine ».

Si le législateur avait insisté sur la force de son identité israélienne, il avait souligné son lien tout aussi fort au peuple palestinien. « Et pour mon peuple ?, a-t-il demandé. Vous [le peuple juif] avez reçu le droit à l’auto-détermination avec la Déclaration Balfour, alors que ce même droit est complètement ignoré pour les Palestiniens ».

Le législateur avait ajouté qu’il n’avait aucun problème à devenir un membre d’une faction sioniste, mais qu’il ne pouvait pas accepter de célébrer la dimension sioniste de l’état quand une partie de son identité, en tant que Palestinien, restée ignorée. « Je ne pense pas que cela serait cohérent d’y participer alors que je ne suis pas libre moi-même », avait déclaré Bahloul.

Des proches du président de l’Union Sioniste Avi Gabbay ont déclaré que les remarques de Bahloul « étaient trop extrêmes et qu’il n’avait plus sa place au sein du parti », Ils ont ajouté que cela serait le dernier mandat du législateur sur la liste de la faction, même si Gabbay n’a pas l’autorité d’exclure des membres élus par les électeurs travaillistes.

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